Le service du frère prend source dans l’Eucharistie

Depuis longtemps, l’Eglise en Val-de-Marne a le souci d’être au service du frère détenu, un service enraciné et nourri par et dans l’Eucharistie. Ainsi nous parle Mgr Santier.

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« Le service du frère auquel nous sommes appelés dans la liberté n’est pas extérieur à la relation que nous avons avec le Christ. Dans le service même de l’accueil, de l’écoute, de l’accompagnement du détenu, nous buvons à la coupe du Christ, Il nous associe à sa passion et à sa mort, vécue dans la souffrance du détenu comme dans celle de leurs victimes.

La compassion envers eux n’est pas seulement une notion affective, elle est la manifestation de la compassion du Christ qui a partagé notre vie, nos souffrances, notre mort, pour que ceux qui souffrent ne se sentent jamais éloignés de Dieu.

De même, la rencontre avec ceux qui traversent la souffrance de la privation de liberté, le Christ nous rejoint au plus profond de notre cœur, nous détache de nous-mêmes, nous grandissons avec eux dans l’amitié avec le Christ et dans la liberté.

Le service du frère, dimension essentielle de la vie chrétienne, a sa source dans l’Eucharistie qui rend présent le don que Jésus a fait de sa vie en rançon pour la multitude. »

Mgr Santier

C’est pourquoi, cette année encore, Monseigneur Santier célèbrera Noël à Fresnes, avec tous les prisonniers qui le voudront. Sa présence est un message de réconciliation et de paix, paix avec soi-même, avec l’autre et avec Dieu :

"Vous voyez dans l’Evangile que Jésus, après sa résurrection, apparaît à ses disciples, il ne leur fait aucun reproche, alors qu’ils l’ont trahi, abandonné, laissé seul dans sa Passion. Il les salue en leur disant « La Paix soit avec vous », ce qui va leur permettre de se réconcilier avec eux-mêmes, et il va à nouveau leur faire confiance, leur confier son message d’amour pour le transmettre à tous les hommes".

Mgr Santier 

 

Etre Eglise au cœur du réel de l’humanité

A la Maison d’Arrêt de Fresnes, une équipe d’aumônerie, d’une douzaine de personnes, se relaie auprès des détenus pour être présence du Christ parmi eux. Mgr Santier a confié au père Marc Ellul le soin d’accompagner cette équipe dans l’accomplissement de sa mission, à savoir permettre aux hommes et aux femmes, enfermés derrière les murs de leur prison, de rester en lien avec l’Eglise et avec la Parole de Dieu tout au long de leur détention :

Ma mission consiste à faire le lien entre le Conseil épiscopal et l’Aumônerie de Fresnes :

Les détenus sont le sujet d’une forte préoccupation pour notre Evêque : ces hommes et ces femmes sont des diocésains à part entière, mais leur détention les met en situation de séparation et de rupture de liens.

Par voie de conséquence, ils se trouvent habités par de grandes attentes : attente du jugement dont ils ne connaissent pas le délai, attente de leur sortie avec toutes les problématiques de réinsertion, attente plus fondamentale de dignité à retrouver au travers d’une réconciliation sociale, humaine et spirituelle. Les écouter, c’est les aider à reconstruire cette dignité.

Il existe en prison une très grandes disparité économique et certains sont pauvres parmi les pauvres. Les besoins sociaux sont énormes : l’équipe d’Aumônerie dont chacun des membres est missionné par l’Evêque, en lien avec l’Aumônerie catholique des prisons de la Conférence des Evêques de France, travaille en partenariat avec le Secours Catholique et les organismes sociaux pour contribuer à la fédération de tous les efforts d’humanisation de la prison, humanisation d’autant plus nécessaire que la surpopulation est une problématique que l’Institution a du mal à résoudre.

Pour notre Evêque, il est important de répondre à ces attentes dans le respect de la laïcité autant que du dialogue interreligieux et de permettre aux détenus, séparés de tout, de rester en lien avec l’Eglise diocésaine, les paroisses, les mouvements, les chrétiens.

Bien plus, il s’agit de leur permettre d’être toujours en lien avec la Parole de Dieu : il y a une très forte demande de Bible et de partage de prières. Une difficulté pour répondre à cette demande est le multilinguisme et nos aumôniers doivent être polyglottes. Nous aimerions bien trouver quelques personnes parlant des langues étrangères, qui auraient des compétences de musicien, de chanteur pour une chorale, ou raconter, gestuer la Parole de Dieu. Elles faciliteraient ainsi l’expression, la communication, l’intériorisation de la Parole.

Le service de la prison éveille beaucoup de vocations et je rencontre les « postulants » pour les aider à discerner la cohérence de leur démarche. Je suis émerveillé par la profondeur spirituelle de ces candidatures et cela m’est une expérience très enrichissante. La mission de l’Aumônerie est une mission difficile qui demande une grande capacité d’écoute, beaucoup de patience, le sens de l’équipe, le respect de l’institution publique, et l’expérience personnelle de la miséricorde de Dieu.

La prison semble être un lieu coupé du monde, mais en réalité elle est au cœur du monde, au cœur du réel de l’humanité. Elle est le lieu où Jésus est allé. Comme dit le pape François : « Jésus est avec chaque détenu dans sa cellule, à ses côtés ». Les Sœurs de l’Annonciade l’ont bien compris : elles prient en lien permanent avec les femmes détenues qui, par l’intermédiaire de l’aumônerie, leur confient leurs prières.

Père Marc LULLE,
Vicaire épiscopal auprès de l’Aumônerie des prisons de Fresnes

Etre Aumônier de prison, c’est être apôtre

Daniel Roblot nous explique ce que cela signifie pour lui :

aumonier-prison-diocese-creteilComment répondre à la question : "être Apôtre, pour moi c'est quoi ?" Je crains fort de ne pas être très original et je m'en tiendrai à l'expérience qui est la mienne en tant que diacre permanent, aumônier à la maison d'arrêt de Fresnes.

Tout commence par une interpellation : avoir été appelé, avec toutes les conséquences qui en découlent : m'être interrogé sur la réponse à donner à cette interpellation, l'avoir accueillie, après avoir pris conscience qu'il s'agit de devenir "témoin de l'Evangile" et de ne plus se contenter d'être un "bon petit Kto pratiquant", d'accepter en somme de vivre l'Evangile "autrement". C'est ensuite (si je puis m'exprimer ainsi) "y aller", en sachant quelles sont mes fragilités, mes faiblesses, mes limites.

Quel a été mon cheminement ?
Après bien des années passées à faire partie des "consommateurs", j'ai très modestement apporté ma contribution à la vie de l'Eglise : d'abord, dans le "convivial", puis à l'E.A.P. de ND du Rosaire à St Maur ... jusqu'au moment où j'ai été interpellé par le Père Michel ROGER en vue du diaconat permanent.

Un choc énorme, qui a débouché sur une interrogation : "après tout ce que j'ai reçu, ai-je le droit de dire NON, alors qu'il m'est seulement proposé (ainsi qu'à Michèle, mon épouse) un temps de discernement, avant une hypothétique entrée en formation ? La réponse, vous la connaissez ... mais elle n'est pas venue tout de suite. A la différence des Apôtres choisis par Jésus, qui n'ont pas hésité une seconde à le suivre, j'ai attendu (je devrais dire "nous avons attendu, Michèle et moi") pas loin de 4 ans pour annoncer à nos enfants ce à quoi nous nous préparions.

Peu de temps avant l'ordination diaconale, qui a eu lieu en octobre 2004, s'est posée la question de la mission principale qui me serait confiée. Le Père Daniel Labille a souhaité que je rejoigne l'équipe d'aumônerie de la MA de Fresnes. Cette mission, je n'y étais en rien préparé : j'ignorais tout (ou presque) du milieu carcéral et je dois avouer que ce que vivent les détenus ne faisait pas partie de mes préoccupations premières ... avant d'aller à Fresnes. C'est la raison pour laquelle j'avais accepté cette mission sous réserve de faire le point au bout d'un an. Ce délai s'est avéré un peu trop court pour prendre un engagement de longue durée : il a fallu près de 6 mois pour l'obtention d'une carte d'aumônier bénévole me permettant d'entrer en détention sans être accompagné et quelques mois supplémentaires pour l'insertion dans une équipe d'aumônerie déjà constituée et qui n'attendait pas nécessairement un nouveau venu sans aucune expérience de la prison. Mais, en dépit des difficultés rencontrées dans les premiers temps, très tôt s'est imposée à moi l'idée que ma place était peut-être là et qu'un cadeau m'avait été fait. En d'autres termes, l'acceptation d'une mission "en terre inconnue" a fait suite à l'acceptation de l'appel initial. Et il me semble que cela fait partie de la réponse apportée à la question : "pour moi, c'est quoi être apôtre ?"

Mais il ne s'agit là que d'un élément de réponse. La vraie question, elle est ailleurs : "être apôtre, c'est quoi ?" Là, il faut à la fois être très modeste et, surtout, ne pas chercher à répondre à une autre question : "Apôtre, pour quoi faire? " ... même si doit être évoqué ce que l'aumônier est appelé à faire.

Le rôle de l'aumônier, toutes religions confondues, est défini par le Code de Procédure Pénale comme "un rôle d'assistance spirituelle et morale auprès des détenus". Le juriste de formation que je suis se doit d'y faire référence, tout en admettant que la formule est susceptible de diverses interprétations. Pour l'aumônier catholique, il s'agit, en premier, de témoigner de l'Evangile auprès d'hommes (ou de femmes) profondément marqués par l'échec et l'exclusion (peu importe qu'ils en portent la responsabilité ou non).

Comment, très concrètement, se réalise ce témoignage ?
Il se réalise pour l'essentiel à travers des rencontres individuelles qui ont lieu le plus souvent dans les cellules, ainsi que lors des réunions de groupes rassemblant plusieurs détenus ou encore des célébrations eucharistiques (auxquelles je ne participe que deux fois par an, à Noël et à Pâques, lorsqu'elles sont présidées par notre Evêque).

  • Les rencontres individuelles se font à la demande des personnes qui sont incarcérées. Annoncer la Parole de Dieu consiste alors à aller vers celui qui en fait la demande, à l'écouter, à l'accueillir tel qu'il est, à le laisser s'exprimer, dire ce qu'il a envie de dire et taire ce qu'il ne veut pas dire, à le rejoindre là où il en est, sans l'interroger, ni surtout le juger, et à essayer de répondre à ses demandes (dans la mesure où rien ne s'y oppose). Ces demandes sont souvent très concrètes, voire très matérielles : demandes de participation au culte, de croix ou de chapelets, ou encore de timbres, par exemple. Et puis, parmi les demandes, il en est une qui est rarement exprimée d'emblée, mais très profonde : celle du pardon de Dieu. C'est, me semble-t-il, notre mission première d'aumônier de dire (et de redire) à ceux que nous rencontrons en prison jusqu'où va l'Amour de Dieu pour eux, comme pour tout homme, et qu'il est toujours possible de se réconcilier avec Lui, ce qui passe aussi par la réconciliation avec les autres et avec soi-même. C'est un message que certains ont du mal à entendre. Mais, à ceux qui reconnaissent leur faute et qui la jugent impardonnable, il faut redonner confiance et leur rappeler les paroles de Jean-Paul II (aux JMJ de 1997) : chaque individu, quels que soient les actes qui l'ont conduit en prison "vaut plus que les actes qu'il a commis et rien ne peut lui enlever sa dignité de fille ou de fils de Dieu". Et puis, quand la demande en est faite, il est possible d'accompagner la personne détenue, de l'aider à se reconstruire (si tant est que l'on soit en mesure de le faire) et à grandir dans sa foi. "Accompagner", c'est "être à ses côtés", ce n'est pas "être de son côté" : il n'est pas question d'oublier les victimes ; l'aumônier peut aussi parfois aider le coupable à prendre conscience des conséquences de ses actes.

 

  • Une autre manière de témoigner de l'Evangile consiste à animer un groupe biblique qui rassemble, en général une fois tous les 15 jours, de 15 à 25 personnes, voire un peu plus. Pour ma part, je vais un dimanche matin sur deux pendant 1h30, le jour où les détenus n'ont pas accès à l'eucharistie. Au lieu d'aller en promenade, certains d'entre eux préfèrent venir s'imprégner des textes que propose la liturgie du dimanche. Ce n'est pas, au sens strict, un "lieu de parole", mais un lieu où la "Parole est accueillie". C'est l'occasion pour moi d'être, auprès d'eux, signe de la présence de l'Eglise, d'une Eglise fraternelle, d'être passeur de foi et d'espérance et d'insister sur le message d'Amour que nous a transmis Jésus-Christ. C'est l'occasion pour moi d'essayer de leur redonner espoir dans la vie et surtout de faire en sorte que l'espérance les habite ... Et c'est là qu'il faut beaucoup d'humilité et de modestie : accepter d'abandonner à Dieu le résultat.


Mais, comment ne pas se réjouir lorsque, après un cheminement plus ou moins long, certains détenus demandent le baptême ou le sacrement de confirmation ? Ou bien, tout simplement, lorsque, en entrant dans une cellule, il m'arrive d'apercevoir le "Prions en Eglise" en bonne place, parfois même ouvert à la page du jour, ou encore de surprendre la personne visitée en pleine lecture de la Bible ? C'est une des très belles découvertes que j'ai pu faire à Fresnes : la présence de la Parole de Dieu en détention ; et cela va de pair avec de très beaux gestes de solidarité entre détenus dont j'ai parfois été témoin et qui témoignent que la Parole de Dieu y est mise en pratique.

Je terminerai sur quelques paroles de personnes détenues, glanées ça et là : "prendre la Parole de Dieu en prison me console et me donne de l'espoir en la vie" ; "c'est l'Evangile qui m'a permis de devenir un homme en prison" ; "l'échange que nous avons au groupe biblique est un moment de paix avec soi-même ; il y a quelque chose qui change en nous : je me suis remis en question sur plein de choses " ... à quoi , j'ajouterai : "eh bien, moi aussi ! "; et enfin ce merci qui s'adresse à l'ensemble des aumôniers : "la rencontre avec l'aumônier est une rencontre pleine de grâce, car je sens, par eux, l'amour de Jésus-Christ". Deo gratias !

Daniel ROBLOT

Plus que jamais, en prison, l’Esprit-Saint est esprit d’amour

Marie-Paule témoigne ici de sa mission à la Maison d’Arrêt des Femmes de Fresnes :

"J’exerce la mission d’aumônier à la Maison d’Arrêt des Femmes de Fresnes depuis 3 ans. J’ai découvert, en grandissant, en vieillissant, que « s'il me manque l'amour, je ne suis rien » Corinthiens,13. J’en ai été comblé… tout le monde n’a pas eu cette chance….Les personnes incarcérées, elles, ont souvent l’impression de « n’être plus Rien »!

C’est donc vers ce monde carcéral où j’ai eu envie, dès le début de ma retraite, d’apporter tout ce que j’avais reçu moi-même d’amour, non seulement l’amour des miens, mais aussi celui que je reçois à chaque instant sur le chemin que me montre le Christ.

Etre là, écouter, regarder avec compassion, échanger, peut-être prier, si elles le veulent … tel est le rôle de l’aumônier de prison.

annonciades-diocese-creteilPrier : parfois bien difficile à ces femmes de trouver la force, les mots… depuis 3 ans, les Sœurs de l’Annonciade aident les femmes incarcérées à faire monter vers le Seigneur les prières qu’elles écrivent et déposent, au cours de la messe, dans un petit sac posé sur l’autel…. Et remis régulièrement au monastère… Merci aux sœurs !

C’est une mission exigeante, mais riche. Ma foi se sent souvent très pauvre devant la détresse incommensurable de certaines personnes… .. A d’autres moments, elle se renforce devant l’action mystérieuse de l’Esprit qui fait renaître, qui renouvelle le cœur de ces personnes en quête de sens à leur vie bouleversée. Bien évidemment, nous rencontrons des coupables qui peuvent être aussi des victimes… Avec elles, nous n’en oublions pas pour autant Leurs victimes…

La personne que je rencontre pour la première fois est avant tout une personne qui est, qui porte un prénom, un nom, sonnée de se retrouver là …. Je ne sais pas toujours ce qu’elles ont commis, mais qu’importe : aucune personne ne peut être réduite à l’acte qu’elle a commis.

Cette mission m’a été confiée. Je la vis avec humilité mais avec le souci de prendre soin de toutes celles qui font la demande de venir à l’aumônerie, de participer au culte une fois par semaine, le samedi, et d’être visitée individuellement en cellule. L’aumônerie n’intervient jamais sans avoir été sollicitée.

Je me sens libre car, avec Dieu, je n’ai pas « d’obligation de résultat ». Je l’implore, devant des situations difficiles, comme Etty Hillesum le faisait dans son camp de concentration, non seulement « de ne pas s’éteindre en moi ni dans le cœur de ces femmes en souffrance », mais croire, avec ces femmes, que l’on peut « tenir dans l’obscurité en osant croire que c’est Dieu lui-même que l’on aide à tenir ! »

Marie Paule LLORENS

CREDO des femmes de Fresnes
(composé exclusivement de paroles de femmes de Fresnes)

Je crois en Toi, Dieu notre Père, notre Père Tout-Puissant d’Amour. Tu es mon soutien. Je sais que Tu es avec moi, toujours et partout, même ici en prison, derrière nos barreaux. Je sais que tu es là et Je me sens aimée de Toi, écoutée, pardonnée… là où moi-même j’ai du mal à me pardonner…

Je crois en Toi, Jésus-Christ, le Fils de Dieu notre Père. Tu es venu pour me sauver. En ayant vaincu la mort, et par ta résurrection, Tu me permets d'avoir confiance en l'avenir. En écoutant l'Evangile, l'histoire de ta vie, j'oublie ma haine envers ceux qui m'ont blessée, je peux te dire toutes mes souffrances. Je sais que Toi, tu me comprends, car Toi aussi tu as souffert. Comme moi, tu as été jugé… Mais Toi, Tu ne juges pas, Tu ne condamnes pas. Tu me libères de toutes mes angoisses. Avec Toi, je me sens soulagée, apaisée, libérée.

Je crois en Toi, Esprit Saint, car je sais que, sans Toi, on ne peut pas survivre en prison. Tu es pour moi vital. Tu souffles sur moi le courage qui me permet de tenir debout et de garder ma dignité. Ton souffle d'Amour et de Paix nous permet de nous accueillir malgré toutes nos différences. Grâce à Toi, même en prison, je peux me sentir utile à mon prochain et croire que rien n’est impossible.

Je crois en l'Eglise que nous formons ici en prison, car c'est l'Eglise Universelle avec nos diversités de langues et de cultures. Riches de nos différences, on ne fait plus qu'un lorsque l'on prie et chante ensemble. Riches de nos différences et ensemble, nous sommes plus forts pour découvrir la Parole de Dieu, pour vivre la fraternité en actes, pour travailler à ton Royaume de Paix et d'Amour.

"Nul n’est trop pauvre pour n’avoir rien à donner, nul n’est trop riche pour n’avoir rien à recevoir »

Diaconia-diocese-creteilDiaconia aussi se vit à la prison de Fresnes dans laquelle intervient Gabrielle Gaspard.

J’y ai été appelée, au moment de ma retraite de prof. d’école pour enfants en difficulté en ZEP, par Michel Dupont, alors aumônier à Fresnes.

J’ai découvert la prison parce qu’un de mes amis y avait été détenu, et, lorsque j'allais le voir, je me sentais jugée moi aussi. Par contre, depuis que je suis auxiliaire d’aumônerie, je constate que le regard de l'administration pénitentiaire est autre et je me sens plus décontractée et par conséquent plus disponible.

Aujourd’hui, avec Elizabeth, j’assure une fois tous les quinze jours un groupe où se retrouvent une quinzaine d’hommes pour échanger, lire des textes bibliques, chanter, prier. Après avoir attendu souvent une heure, ils se rencontrent librement, poursuivent leur recherche sincère de Dieu, car ils n’ont rien à gagner en venant, vis-à-vis de la justice.

Ils nous disent : « ce qui est primordial, c’est que vous veniez de l’extérieur ».

Nous ne vivons pas la même situation, mais le partage est réel au sein de ce groupe ; il y a un enrichissement réciproque, car on est tous en recherche, partageant nos savoirs humains et religieux. Je constate que les partages sont semblables à ceux que je vis ailleurs.

Les personnes sont certes détenues mais comme nous tous, il n'est pas question de les réduire à leurs actes. Je crois profondément que tout être humain peut évoluer. Je ne sais pas pourquoi ils sont en détention ; j’accueille simplement ce qu’ils ont envie de dire dans les moments de discussions plus personnelles entre nous pendant la pause.

Dans ce groupe, ils se sentent reconnus, respectés par nous qui venons de l’extérieur, par les autres qui partagent la détention grâce à une écoute mutuelle aussi rare en détention que… dehors !

Je tiens à partager avec eux une partie de ma vie : activités civiques, soucis familiaux, vie de l’Église. Je trouve très important de les aider à prendre conscience qu’ils sont l’Église dans cette paroisse un peu particulière, au même titre que les chrétiens dans leurs paroisses habituelles. La présence de l'Evêque aux célébrations de Noël et de Pâques facilite cette prise de conscience.

Je ne manque pas d’être le relais de ce que je vis dans d’autres lieux d’Église, en parlant, en apportant tracts d’invitations, réflexions venant de la paroisse ou de Chrétiens dans l’Enseignement Public ; dernièrement je leur ai demandé de penser à nous à 20h, heure de notre rencontre chrétiens-musulmans sur les solidarités et, là, ils ont exprimé leur solitude à 20h !

Si je tiens à leur apporter l’Église vécue à l’extérieur, réciproquement, je tiens à les faire exister là où je suis: par exemple j’apporte une rose venant de la célébration de Fresnes lors des offrandes pour la veillée pascale dans ma paroisse; je dis autour de moi quelque chose que je trouve beau : comme ce fait de Jean-Paul achetant pour Arnaud des produits de première nécessité, fait connu lors de la lecture de l’Évangile de Mathieu 25 « …Ce que vous faites à l'un des plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous le faites !».

Si je continue à m’investir avec les autres membres de l’aumônerie dans ce milieu déshumanisant, c’est pour que ceux qui le désirent, ou le peuvent, puissent prendre la parole, le propre de l’homme !

Sortir de la détention est à chaque fois un grand soulagement ! Heureusement, je ne m’habitue pas à cet univers, même si ce temps passé avec ces Hommes est un temps, certes difficile, mais tellement fort pour moi.

Gabrielle GASPARD