Paroles d'accompagnateurs

LA JOIE D'UN PASTEUR

Ces dernières années, mon Eglise a enfin pris à bras le corps la réalité du divorce. Après le Père Labille qui avait encouragé la création de groupes de paroles pour « les fidèles divorcés », leur permettant de cheminer, de se reconstruire et de se réconcilier, notre évêque le Père Santier demanda à la Pastorale familiale d'organiser chaque année une journée diocésaine de partage, de rencontre et de prière pour les personnes divorcées, séparées, remariées, en promettant d'y participer. Je me souviens de ma joie d'annoncer et de faire annoncer cette « bonne nouvelle » dans les paroisses de mon secteur pastoral : ces personnes n'étaient pas rejetées puisque l'Eglise organisait une journée pour elles et avec elles.

L'année suivante, c'était moi l'intervenant. Le thème de la journée était la confiance, cette confiance si souvent détruite par une rupture, et j'ai parlé sur l'évangile de Bartimée : « Confiance, lève-toi, il t'appelle ! » (Mc 10, 49) Quelle joie de transmettre cet appel aux quatre-vingt personnes qui étaient venues et qui avaient donc commencé à répondre à l'appel de Jésus. Joie aussi de les entendre partager dans les carrefours, l'expérience des unes libérant les autres. Mais joie surtout de vivre cette célébration présidée par notre évêque au cours de laquelle il a appelé et envoyé en mission toute une équipe pour « la pastorale des personnes divorcées, séparées, remariées ». Elles ont en effet toute leur place à prendre dans l'annonce de l'amour de Dieu, non pas malgré leur divorce, mais bien à cause de cette épreuve qui a fait exploser leur vie en mille morceaux et qui leur a fait expérimenter leur fragilité et leur besoin d'être sauvées par un amour inconditionnel.

Jean-Pierre Roche, prêtre

 

Etre une main tendue

L'image de la main tendue est devenu pour moi et plus particulièrement dans ce que je vis avec les divorcés, séparés, divorcés remariés le symbole de ce que nous devons essayer de vivre sur ce chemin de reconstruction .
Etre accompagnant : je vais vers ... il est mon frère en Christ, il souffre, il est isolé, il me faut lui parler, qu'il n'est pas seul. Je sais aussi qu'il va me bousculer dans mes certitudes ; mes repères dans la foi. J'ai peur d'être maladroit, de lui faire du mal en voulant lui faire du bien. Il faut créer un lien entrer en communication, tout en comprenant que je dois me taire, être accueil en silence , la main ouverte, être silencieux mais présent.

Garder une certaine distance, pas d'amitié fusionnelle ; garder une certaine distance afin qu'il garde toute sa personnalité, lui laisser toute sa liberté. Je ne fais rien, je suis patient. Se sentir instrument dans la main de Dieu. On se sait vulnérable, devant ses doutes ses interrogations quelle attitude pour que celui qui se sent exclu, marginalisé, mal aimé sente et comprenne qu'il n'est du dehors et que quelqu'un lui fait confiance Alors lorsque j'ai découvert que la main qui lui avait été tendu dans le silence , ce mot je t'écoute avaient été perçus par celui qui se pensait exclus comme un geste de tendresse humaine qui l'ouvrait à la tendresse de Dieu.

Découvrir que celui que j'accompagne m'aide à faire un pas cde plus dans la Foi, que son histoire me bouscule dans ma vie de chrétien. On a toujours envie d'aller un peu plus loin mais il faut savoir s'arrêter pour découvrir que finalement c'est peut être l'accompagné qui a donné plus que l'accompagnant.

Michel Calmels