Le « genre »… que faut-il en penser ?

Le concept de genre (ou gender) date des années 50 mais en France il a surtout interpelé l'opinion avec la réforme dans les lycées des programmes de SVT (2011), suivie d'un rapport de l'Inspection Générale de l'Education Nationale (2012) pointant les différences de traitement entre filles et garçons. Cet état des lieux a débouché sur la signature par six ministères d'une convention pour l'égalité entre filles et garçons et l'ABCD de l'égalité, testé notamment depuis la rentrée 2013 dans des établissements publics du Val-de-Marne.

L'impact de ces mesures a été accentué par des propositions éducatives de certains syndicats enseignants (SNUIPP-FSU). C'est devenu l'une des préoccupations majeures de la Manif pour tous et le plan VigiGender a été mis en place en 2013 pour sensibiliser les parents et les encourager à agir. Les Associations Familiales Catholiques (AFC) ont, quant à elles, distribué un document d'information aux parents : Le genre à l'école : parents, êtes-vous informés ?

Plus spécialement dans notre diocèse, le collectif Familles 94 s'est créé en 2013 pour alerter les parents. Plusieurs conférences ont eu lieu localement, à l'initiative des AFC, de groupes issus de La Manif pour tous ou encore d'Alliance Vita qui traite ce thème dans le cadre d'une réflexion sur l'écologie humaine.

Face aux nombreuses réactions suscitées, le service diocésain de la pastorale des familles de notre diocèse propose de dépasser un positionnement « pour/contre le genre » et d'essayer de comprendre les enjeux éducatifs et pastoraux. Pour nous, parents, éducateurs chrétiens, il ne s'agit pas d'avoir peur mais de se poser les bonnes questions, sur quelques points d'attention :

  • L'égalité entre homme et femme est mis en avant par les tenants des théories du genre : en effet, à l'école, dans le travail, dans la vie familiale, il y a des conditionnements qu'il est bon de remettre en cause régulièrement : pourquoi réserver certains métiers à des hommes ou à des femmes ? La répartition des tâches familiales est-elle équitable ? La promotion professionnelle et le salaire sont-ils traités de manière juste, à compétence égale ? Etc.

Nous avons été créés homme et femme, à l'image de Dieu, sans hiérarchie, parés d'une même dignité inaliénable, ainsi que nous le lisons dans la Bible : « Dieu créa l'homme à son image (...) mâle et femelle il les créa. » (Gn 1, 27). On peut redécouvrir notamment avec des jeunes que c'est cette humanité sexuée qui est déclarée image de Dieu. Cela nous engage au respect de chaque être, unique. Il n'y a ni supériorité, ni infériorité, la différence n'est pas l'inégalité.

  • Alors que les théories du genre conduisent à une indifférenciation des sees, nous pensons que la différence sexuelle est fondatrice, et qu'elle permet la relation : dans une anthropologie chrétienne, cette différence ouvre à la fécondité. Etre différents, c'est bien, mais encore faut-il se comprendre en prenant le temps de reconnaître les difficultés et richesses d'une humanité sexuée qui contribuent à la beauté de notre monde. Au CLER, des formations aux jeunes filles avec leur mère (Cycloshow) et aux garçons avec leur père (XY Evolution) expliquent à des adolescents comment mieux habiter leur corps et comprendre leur sexualité. De plus, des interventions en établissements scolaires permettent aussi de mieux appréhender ce qui se joue dans une relation homme/femme et les différences qui sont constitutives de leur être sexué.
  • Alors que les théories du genre opèrent dans le développement de la personne humaine une dissociation entre nature et culture, il faut redire que l'être humain n'est jamais achevé, qu'il se construit au travers de l'altérité, l'autre découvert comme un mystère et mystère de la relation où chacun est unique. La personne ne peut se comprendre à travers les seuls mécanismes biologiques et elle est appelée à unifier, selon Xavier Lacroix, trois dimensions : nature, culture et liberté, pour pouvoir vivre la communion à travers les différences. Au cours des préparations au mariage, les fiancés sont amenés à découvrir l'autre, don de Dieu, qui garde en lui sa part de mystère et de liberté. Ensemble, ils sont appelés par leur don réciproque à être image de Dieu.

Alors, dans ce contexte, nous pensons que la famille est le premier lieu éducatif de l'enfant et du jeune. Elle devrait être ce lieu où la parole puisse être dite, dans un climat de confiance et de pardon. Toute personne est une personne unique, singulière : mon frère, ma sœur en humanité. Cela engage à un dialogue en profondeur sur la vie, la personne, ses choix ... Cette éducation doit permettre à l'enfant, au jeune de se construire dans l'amour et non dans le rejet. Notamment, à propos des personnes homosexuelles, il est important d'avoir le souci d'une parole adaptée.
Alors que dans la société actuelle où le relativisme, les relations sexuelles sont souvent banalisées, il est important de donner des repères. On ne peut pas nier que les débats actuels sur le genre risquent de créer des malaises, voire même des angoisses chez des jeunes qui se sentent obligés de choisir une identité à un moment où ils sont en pleine construction.

Soyons dans la confiance, chacun de nous a une place singulière et irremplaçable aux yeux du Seigneur. Ecoutons-les et portons sur eux un regard toujours émerveillé pour les aider à se construire ... au besoin en se faisant aider : pastorale des familles, mouvements familiaux, chantiers éducation des AFC, CLER Amour et Famille, conseillers familiaux et conjugaux, etc. N'oublions pas aussi de faire confiance à d'autres lieux où l'enfant, le jeune peuvent trouver des repères : les mouvements de jeunes, les aumôneries, l'enseignement catholique...

A l'ère du genre, il est temps de réconcilier homme et femme, égalité et différence !
C'est pourquoi l'Enseignement catholique, le CLER Amour et Famille, les AFC, le service diocésain de la pastorale des familles proposent le 3 avril 2014 un temps de réflexion et de recul avec les regards croisés de :

  • Catherine Denis, médecin théologienne moraliste et
  • Jean Caron, philosophe, diacre.

Nous vous attendons nombreux pour cette conférence qui sera suivi d'un temps d'échange avec les intervenants.

Isabelle Haniquaut et Odile Rannou