Les vitrines

 

Le ventre noué et les larmes bloquées dans mon âme
J'imagine leur faim et leur dénuement.
Casseroles rouillées et cuvettes cabossées,
Tendues par des mains décharnées de chagrin,
Elles s'entassent dans un cimetière dérisoire.
Une vitre les protègent. De quelle envie malsaine?

Regarde bien, ô visiteur
Ces bagages de voyageurs
Qui ne savaient plus rien
Que leur nom bafoué par un tatouage.

Regarde bien, ô visiteur,
Cette vitrine inique
Où les pauvres cheveux blancs
Signent d'un trait infâme
L'énormité.

Reliques minuscules d'enfants sacrifiés,
Leurs chaussures n'avanceront plus.
Elles ne courront plus au soleil ni se balanceront.
Les volutes noirâtres des fumées nauséabondes
Ont envoyé leurs pieds roses et potelés
Dans l'enfer.

Brosses à dents, rasoirs, blaireaux, peignes et brosses
Tout est là pour nous dire
Que c'était des hommes
Que c'était des femmes
Qui ne sont plus.

Alors, regarde, toi le visiteur d'un autre monde,
Le coeur soulevé par ces visions,
Regarde tous ces objets que tu as toi aussi
Et dis-toi bien qu'un jour peut-être
Des bourreaux intelligents et organisés
Pourraient te les prendre
Et te tuer
Et te brûler

Tu ne serais plus que lambeaux
Tu n'aurais plus ni enfants ni famille
Tu ne serais plus qu'un chiffre
Gravé dans ta chair
Qu'un cadavre décharné prêt pour la mort.

Fais bien attention à toi et aux autres.
Racisme et xénophobie sont des inventions humaines.
Le bouc émissaire n'est jamais loin.
C'est à toi qu'il appartient
De dire
De refuser pour qu'il n'y ait plus jamais ça.

Annick Febvre