Non

Non, je n'y arrive pas.
Je n'arrive pas à apaiser en moi
Ce noeud funeste qui m'étreint.
Comme une douleur latente et tenace
Ma vie s'arrête.
C'est comme une montre déréglée
Qui m'aurait plongée dans un temps
Que je n'ai pas connu
Mais que je sais.

Où sont-ils tous?
Où sont ces enfants qui chantaient sur le chemin
En ignorant que leur avenir n'était plus ?
Où sont ces femmes agrippées à leurs fils,
Le regard affolée par l'inconnu, l'angoisse au ventre
Rongées par la certitude du malheur ?
Où sont ces hommes décharnés et puants
qui charriaient les cadavres calcinés
En sachant que bientôt
Ce serait leur tour ?

Je n'y arrive pas.
C'est comme un cri douloureux
Qui ne renonce pas et me lacère.
J'ai la bouche en cendres et le regard déformé.
Il me semble qu'un monstrueux caléidoscope
Me déforme même les gestes les plus simples.

Comme une lithanie, une sombre comptine,
Une phrase s'écrit en lettres brûlantes :
Faites, Mon Dieu, que plus jamais
Non, plus jamais,
Des générations futures viennent visiter
Des amas de briques noircies par un feu
D' apocalypse,
Des murs lacérés de griffes d'agonie,
Des fours dont la bouche de fer
Gardent encore vaguement
L'odeur des chairs calcinées,
Des vitrines emplies de tous ces riens
Qui deviennent dénuement
lorsqu'ils vous sont pris.

Faites, Mon Dieu
Que l'homme vous ressemble enfin.

Annick FEBVRE