Témoignage des jeunes partis à Auschwitz

«Si comprendre est impossible, connaître est nécessaire, parce que ce qui est arrivé peut recommencer, les consciences peuvent à nouveau être déviées et obscurcies : la nôtre aussi »
Primo Lévi

Avant de laisser la plume aux jeunes qui vont témoigner de leur voyage, j'aimerai préciser quelques points sur ce voyage.

Quelques sont les raisons qui m'ont poussé à proposer ce voyage ?

  • pour essayer de comprendre le rejet de certains sur ces évènements
  • pour que moi aussi, je ne devienne pas un bourreau , pour ne pas rester indifférent.
  • par ma mission ecclésiale, c'est pour réfléchir et faire réfléchir sur le thème de l'exclusion pousser à l'extrême – Qui suis-je pour supprimer mon prochain ?

Les quatre objectifs composent ce projet :

  • Un projet communautaire scolaire regroupant des grands lycéens et des adultes - nous étions 26 adultes et 14 jeunes - .
  • Un projet pour une invitation au dialogue : le groupe se compose des juifs, catholiques et musulmans : la visite de Wadowice - ville natale de Jean Paul II – comme support à l'histoire de ce dialogue.
  • Un projet pour s'impliquer dans un travail de mémoire en allant sur les lieux accompagnés d'un témoin , Madame YVETTE LEVY.
  • Un projet pour une meilleure connaissance du judaïsme – avec l'aide de Madame DANIELLE GUERRIER -

Dans ce groupe de 40 personnes, des personnes de toute génération, de toutes religions ou sans . Chacun est venu avec ses questions, ses interrogations , sa foi - le respect a été le maître mot de ce voyage et en premier, le respect de tous ceux qui sont morts.

Trois journées entières à ce voyage :

  • la journée du mardi 18 février : visite de la Judenrampe, du camp de Birkenau et de la synagogue de Osswiecim
  • la journée du mercredi 19 février : camp de Auschwitz 1 , visite du centre de dialogue et visite de Wadowice
  • la journée du jeudi 20 février : visite du quartier juif Kazimierz de Cracovie , visite du guetto de Cracovie et visite au Plaszow ( camp de concentration de Cracovie).

18 février à BIRKENAU

Témoignages de la journée du 18 février à BIRKENAU par Sarah – Léa – Audrey – Samanah

En partant ce matin, nous appréhendions cette journée qui s 'annonçait particulièrement éprouvante. Notre premier contact avec l'Histoire fut très touchant ; la Judenramp, la marche en silence jusqu'à Birkenau. Bien que nous soyons d'âge et de religions différentes, nous avançions tous dans le même esprit ; essayant de comprendre comment l'Humanité a pu en arriver là. « Essayez d'imaginer ...» répétait Yvette.

Le témoignage d'Yvette permettait de rendre la réalité à ces faits si souvent appris dans mes livres, mais qui toujours me paraissaient lointain. La vue de ces blocs et de ces chambres à gaz a provoqué en nous, un sentiment de haine et de colère envers ces « hommes ordinaires » qui traitaient leurs semblables comme des moins que rien.

A travers son témoignage, nous avons pu ressentir son histoire, ses émotions. Le récit de simples détails nous a touché en plein cœur ; la précision avec laquelle elle se souvenait de chaque nom des personnes de son bloc, de son arrivée et du besoin de se redresser et respirer un grand bol d'air pur et pour ne trouver qu'une odeur insoutenable mais aussi son traumatisme face à la brutalité de leur « accueil » et de l'ordre de se déshabiller.

Ce que nous retenons aussi, c'est l'immensité de ces camps, de la détresse et du silence qui en émanent, des voies de chemin de fer qui n'en finissent pas : on se sent comme anéantis, au milieu de ces corbeaux. Voir l'intelligence humaine, extraordinaire, réduite à rien.

Alors en ces moments là, nous ne pouvons que transmettre et partager, car comme le prêtre Manfred, au centre de dialogue judéo-chrétien , nous l'a dit « il est plus facile de parler à l'autre, que de l'écouter »

19 février au camp de Auschwitz 1 et visite de Wadowice

Témoignages de la journée du 19 février par Antoine, Paul, Nicolas et Evan


La journée de Mercredi fut particulièrement éprouvante, notamment pour nous, les jeunes. La visite du camp principal d'Auschwitz a en effet marqué les esprits des adolescents. A l'inverse du camp de Birkenau (Auschwitz II), la plupart des bâtiments et infrastructures sont intactes. "À Birkenau, nous n'avions vu en grande majorité des ruines, raconte Paul. Aujourd'hui à Auschwitz, nous avons pu réellement nous approprier le lieu pour nous projeter dans les conditions du passé. Ce n'était plus simplement de l'histoire; là on était devant des faits".

Après la visite de plusieurs "blocs" où des objets et des photos étaient exposées, un certain nombre de jeunes sont venus nous parler de leur ressenti et de leurs impressions. L'exposition des 2 tonnes de cheveux arrachés aux déportés a été une des plus marquante. "Ce qui m'a particulièrement choqué, c'est l'exposition des cheveux et des affaires d'enfants", témoigne Magalie. "Ça m'a donné un aperçu de l'horreur et du massacre de tant d'innocents...".

Au long de la matinée, la visite des blocs s'enchaîne. Objets, photos... Plus d'un jeune est troublé par ce qu'il voit. "Horrible", gémit Antoine P. "Les photos des prisonniers nus et amaigris... Je suis écœuré". "J'ai été plus marqué par les photos d'enfants et l'exposition des valises. Ça permettait de mettre quelques noms et un aspect personnel sur des dizaines de milliers de personnes". On pouvait, on retiendra cette petite phrase de François qui a toujours le mot pour détendre l'atmosphère : "Eh ben! Y a des chaussures d'été, d'hiver, y a de tout !".

La visite du camp est également marquée par la visite des cachots. "Quand on pense que parfois 30 personnes étaient enfermées dans la même cellule, sans lumière... La lumière, c'est l'espoir..." viendra déclarer Baptiste, troublé par l'étroitesse de ces geôles de trois mètres carrés.

Enfin, l'entrée dans le Krematorium I. L'atmosphère, entretenue par un éclairage incandescent sur des lampes d'époque, est pesante. Sur les murs de la chambre à gaz, des traces de griffures sont encore visibles. En fait, elles semblent dater d'hier. Ces sont ces traces, sombre témoignage des dernières résistances des déportés dans un ultime sursaut de désespoir, qui ont marqué à vie les membres de notre groupe, telles des peintures de l'enfer. Les jeunes en particulier, sont choqués. "J'ai failli pleurer dans la chambre à gaz", avoue Antoine. "C'est comme si on ressentait tout ce qui s'est passé là-dedans. Ça m'a vraiment pris aux tripes". "Je me souviendrai de cette image toute ma vie" nous dit Nicolas. Le témoignage de Samanah est un des plus marquant: "La vue de tout ça m'a remplie de tristesse parce que les gens qui ont fait ça étaient devenus des bêtes. On les a tellement humilié, déshumanisé qu'ils n'avaient plus qu'une seule idée en tête: survivre. C'est comme si le mur était griffé par des animaux, des animaux qui étaient des hommes".

Après un déjeuner copieux, le groupe est invité dans les locaux du Centre for Dialogue and Prayers in Oświęcim [Centre de dialogue et de prières d'Auschwitz] et reçoit les explications du père et docteur Manfred Deselaers, auteur de plusieurs ouvrages sur l'extermination des juifs à Auschwitz, notamment un essai sur le commandant du camp, Rudolf Hoss, intitulé And your conscious never haunted you ? [Et ta conscience ne t'as jamais hanté?], paru en 1997*. "C'est facile de parler aux gens", déclare-t-il à propos du dialogue judéo-chrétien, "mais c'est moins facile de faire parler les gens entre-eux". Durant une heure, il nous résume l'histoire du centre et ses activités. Le Dr. Manfred en est aujourd'hui le vice-président, et a reçu plusieurs récompenses pour son engagement et ses actions, notamment en faveur de la réconciliation germano-polonaise. Nous retiendrons sa dernière phrase, que beaucoup ont retenu comme un symbole d'espoir: "Faites un monde meilleur".

*Une nouvelle version est parue en 2001 sous le titre God and Evil [Dieu et le Mal], ndlr.

jeudi 20 février au quartier juif Kazimierz de Cracovie , visite du ghetto de Cracovie

Témoignages de la journée du 20 février par Antoine, Philippine, Magalie et Antoine


Ce matin, nous avons vu la vieille synagogue, on nous a raconté l'histoire du quartier « il y a eu un incendie , on a accusé les juifs et ils ont été rejetés » .
On a vu une autre synagogue et le cimetière : « joli, intéressant, impressionnant »
Au cimetière : le fait que les pratiquants se « lavent » les mains en sortant du cimetière car ils se purifient après avoir accédé à l'âme d'un défunt.
Le mur avec les pierres tombales qui ont été détruites mais dont certaines ont été retrouvées à la fin de la guerre.
Le fait que les tombes ne soient pas fleuries mais soient garnies de pierres. Pour les juifs, les fleurs ne sont pas éternelles contrairement aux pierres.

A l'usine de Schindler, des personnes étaient déçues de ne pas la visiter ( faute de temps) .

Nous avons aussi visité la pharmacie de l'aigle, un lieu émouvant.
La place en face de la pharmacie avec les chaises qui représentent les juifs partis. On ressent un vide, quelque chose qui manque.

La différence de grandeur, de décoration des synagogues. Certaines sont hautes, comme la synagogue Haute et d'autres sont décorées comme la synagogue Rémuh à coté du cimetière à la différence de la vieille synagogue.

Malgré les années passées, on ressent toujours une certaine présence dans le ghetto de Kazimierz.

Le camp de Plaszow nous a beaucoup marqué notamment le monument représentant les juifs avec un trou à la place du cœur. Au camp de Plaszow, Pierre m'a avoué qu'au Mémorial, il s'est rendu compte qu'on était « si petit par rapport aux 6 millions de juifs assassinés ». Yvette a apporté une question « si la terre pouvait parler, que nous dirait-elle ? »