témoignage de Didier Bourdon, diacre et médecin

J’aime souvent rappeler la définition que donnait le professeur Leriche : La santé, c’est la vie dans le silence des organes. Malheureusement à tout moment et a fortiori avec le grand âge, certains organes se mettent « à parler ». Cela entraîne le plus souvent une douleur, une gêne, une souffrance et parfois un drame.

Devant la maladie le médecin que je suis, cherche à apporter une réponse médicale adaptée en vue d’une possible guérison même si en médecine il y a beaucoup de maladies que l’on ne guérit pas mais que l’on sait, par contre, bien contrôler.
Seulement s’arrêter à une réponse « médicale pure », autrement dit « technique », est notoirement insuffisant car nous ne sommes pas qu’un assemblage d’organes. Nous avons conscience de notre existence, et à la douleur ou à la gêne physique de la maladie s’ajoute peu ou prou une souffrance morale et un questionnement spirituel.

En effet la maladie nous démontre que notre organisme n’est pas sans faille ni sans limite et nous renvoie à notre finitude. J’en ai fait tristement l’expérience l’année dernière en découvrant la douleur intolérable, l’impotence fonctionnelle entraînant la situation de handicap et de dépendance. Heureusement l’acte « technique » du chirurgien a été merveilleux et m’a sorti d’affaire ! Mais je n’oublierai jamais aussi le sourire d’une des infirmières au bloc opératoire ni le petit geste gratuit et tout simple d’un infirmier, une nuit.

Outre le soin médical il s’agit donc d’accompagner la personne malade. Le Synode avec son décret 34 nous y invite. Il ne s’agit pas d’expliquer ou de rechercher l’origine du mal. Dans l’Évangile, le Christ ne fait aucun discours sur ce sujet mais on le voit en permanence être attentif, bouleversé, pris de pitié. Il pleure parfois. Il entre en dialogue, il provoque la confiance, il relève, il guérit. Autant de gestes et d’attitudes à imiter.

On le voit aussi replacer au centre de la synagogue le malade à la main desséchée et réintégrer dans la société les lépreux guéris. La maladie exclue et isole. C’est pour cela que je suis heureux et que je tiens à ce que les personnes malades viennent à Lourdes au cœur du pèlerinage diocésain et non au cours d’un pèlerinage « de malades ». C’est en lien avec une des prières de la messe pour les malades : « Tu prends soin de nous Seigneur Jésus, en nous offrant ton propre corps pour demeure ; Viens au secours de nos frères malades : qu’ils retrouvent, s’il est possible, la santé et puissent rendre grâce avec toi en reprenant dans ton corps leur place parmi nous ». A Lourdes ils ne sont pas isolés ; ils reprennent leurs places et font Église avec les pèlerins du Val de Marne et leur évêque.

Si l’on reprend l’image du corps développé par St Paul, il est clair que le corps est touché lorsque l’un de ses membres est atteint. Le Synode invite nos communautés à être attentives à chacun de ses membres car elles sont immanquablement touchées par la maladie et la souffrance de l’un d’eux. Même si les équipes du Service Évangélique des Malades portent ce souci, c’est à chacun de nous d’être attentifs, ne serait-ce que pour prendre des nouvelles de la personne malade et lui donner des nouvelles de la communauté.

Mais nous pouvons aller au-delà par la prière, la personne malade bien sûr, seule ou entourée, mais aussi en communauté par exemple à la messe, car la foi et la prière nous permettent de découvrir « un Dieu de tendresse et de pitié lent à la colère et plein d’amour ». Ce Dieu-là ne peut pas abandonner la personne malade, au contraire Il la soutient et l’accompagne.

C’est une de mes découvertes à Lourdes : l’apaisement et la confiance que l’on perçoit dans les yeux des personnes qui viennent y prier. L’Amour et la Tendresse de Dieu en deviennent presque palpables ! J’en ai fait également l’expérience l’an dernier où seul, la nuit, dans un lit d’hôpital, la prière m’a permis de me sentir aidé, soutenu et accompagné ; je n’étais pas vraiment seul ...

Je terminerai par un dernier témoignage car j’ai souvent accompagné des prêtres pour l’onction des malades. C’est un sacrement pour les vivants où le Christ se rend présent pour « réconforter, pardonner, sauver et relever ». Là aussi le regard lumineux et apaisé des malades qui reçoivent ce sacrement est un réel témoignage et une réelle évangélisation. La bienveillance et le soutien fraternel dont parle le décret synodal passent aussi par une proposition plus facile et une célébration plus visible de ce sacrement par et au sein de nos communautés paroissiales.

Pour conclure : « avec Lui, prendre soin » est une manière éminente de témoigner de l’Évangile et de vivre cette parole du Christ : « J’étais malade et vous m’avez visité »

Didier Bourdon