Les Semaines sociales de France

Réinventer le travail... pour assurer l’emploi

 

La 88e session des Semaines sociales de France s’est tenue, les 22, 23 et 24 novembre, conjointement à Strasbourg, Villeurbane et au Parc Floral de Vincennes(*) où le diocèse de Créteil était une nouvelle fois bien présent et où Mgr Michel Santier a présidé l’Eucharistie du dimanche.

On confond généralement les deux termes d’emploi et de travail, alors que l’emploi définit le nombre de postes de travail rémunéré disponibles, tandis que le travail définit, lui, le contenu des postes.

Les deux sont aujourd’hui en crise : l’emploi à travers l’existence d’un chômage massif et durable, et le travail à travers la précarisation et un certain nombre de «souffrances» au travail. A cela il convient d’ajouter, selon les propos de Jérôme Vignon, Président des Semaines sociales de France, que «le travail est de moins en moins accessible aux plus fragiles qui, pourtant, constitue pour eux le meilleur abri contre la précarité.»

Les différents intervenants ont constaté qu’en France, obsédés que nous sommes par la question, cruciale, de l’emploi, nous avons délaissé le thème du travail. Or, il est illusoire de prétendre régler la question de l’emploi, donc du chômage, si on ne règle pas parallèlement la question du travail : du sens du travail, de sa finalité, de ses modalités...

Le propos peut sembler un peu complexe mais un exemple peut aider à comprendre. L’économiste Bernard Gazier analyse qu’entre 1994 et 2012 nos voisins Allemands ont créé quatre millions d’emplois nouveaux, ramenant le taux de chômage Outre-Rhin à 5% (contre 10% en France). Or, sur la même période, le nombre d’heures travaillées en Allemagne (de l’ordre de 56 milliards) n’a pas bougé.

Ce qui signifie que la «rigueur» allemande a su créer de l’emploi, mais pas du travail et donc qu’il y a bien eu «partage contraint» du travail et des rémunérations, et «montée» d’une forme de précarité.

Que faire, se sont interrogés les intervenants ? Il faut d’abord reconsidérer le sens du travail au service de l’homme et de sa dignité, et non comme une simple variable d’ajustement de l’économie libérale. Pour le reste, les réponses ne sont pas simples et font rarement l’unanimité. C’est le cas par exemple de la notion de «croissance» jugée nécessaire par certains, utopique par d’autres, comme la sociologue Dominique Méda qui appelle à une «reconversion écologique de notre économie», idée que l’on retrouve peu ou prou dans Caritas in veritate du pape Benoît XVI.

En revanche, il existe des points de convergence pour demander, par exemple, une meilleure adaptation de la formation initiale des jeunes, la recherche d’une meilleure flexibilité sur le marché du travail compensée par la sécurisation des parcours professionnels, ce que permet désormais la loi de juin 2013 ; mais aussi la réintroduction de la notion de bienveillance dans l’entreprise et la prise en compte des aspirations des salariés à mieux concilier vie personnelle et vie professionnelle, comme celles des jeunes à créer leur propre activité professionnelle.

Dernier aspect des choses, il est apparu à beaucoup que seul le développement, en parallèle, d’une économie sociale et solidaire, était à même de réintégrer dans le monde du travail, des personnes fragilisées par les accidents de la vie.

Une nouvelle fois les Semaines sociales de France ont montré combien la doctrine sociale chrétienne n’était pas figée, mais en maturation permanente, lorsque des croyants veulent bien confronter les exigences de l’Evangile aux évolutions rapides de nos sociétés.

 Homélie du Père SANTIER