Messe du 16 octobre

50ème anniversaire du diocèse de Créteil et clôture du synode diocésain
Homélie de Mgr Michel Santier, dimanche 16 octobre 2016 – Stade Duvauchelle à Créteil

Lectures bibliques : Dt 30, 10-14 ; Psaume 18 ; Ph 2, 1-4 ; Mc 6, 30-34

Quelle joie de vous voir rassemblés si nombreux pour cette eucharistie, cette action de grâces pour les 50 années de notre diocèse !
Vous êtes cette grande foule que Jésus regarde avec compassion avec miséricorde en cette année jubilaire de la Miséricorde voulue par le Pape François. Ce regard de Bon Pasteur transforme cette foule en un peuple qu’il enseigne et qu’il nourrit.
Une foule est anonyme, dans un peuple aux mille visages comme aujourd’hui chacun peut trouver sa place, qu’il soit jeune, adulte, personne ayant un handicap, enfant ou personnes aux cheveux d’argent. Chacun peut apporter ses dons, ses talents au service de tous. Chacun peut y vivre ses responsabilités comme laïcs, sa vocation familiale ou vocation religieuse, la vocation au ministère diaconal ou vocation de prêtre.
Chacun peut aller à a rencontre de l’autre, de celui qui est différent.
Des textes de la Parole que nous venons d’entendre proclamer, je retiens trois expressions :
1) « Cette Parole est dans ta bouche et dans ton cœur »
2) « Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de ses propres intérêts ; pensez aussi à ceux des autres »
3) «Donnez-leur vous-mêmes à manger»

1) « Cette Parole est près de toi, elle est dans ton cœur »
Vous n’avez pas oublié l’expérience que vous avez vécue au sein de l’une des 1087 équipes synodales. Vous avez partagé ensemble la Parole de Dieu ; pour certains c’était la première fois et ce fut un émerveillement de voir comment chacun la recevait personnellement, comment elle venait rejoindre la soif de Dieu présente en chacun.
Et beaucoup ont désiré que cette expérience se poursuive.
En tant qu’évêque, je désire que dans le diocèse la Parole de Dieu ruisselle dans vos maisons et vos cœurs. La Parole de Dieu ne peut être réservée aux lieux de prière et de culte. Elle doit être comme une lampe, une lumière, celle de l’Espérance qui peut pénétrer dans vos maisons, vos familles, vos quartiers. Elle peut renouveler nos relations familiales, professionnelles et ecclésiales. Méditée, ruminée, la Parole de Dieu devient notre nourriture quotidienne.
C’est la raison pour laquelle, comme l’a souhaité l’Assemblée synodale, je vous invite à développer des Maisons d’Evangile, des fraternités de quartier. Vous ferez l’expérience que ceux qui partagent la même parole deviennent des frères. Partager la parole et ce que l’on vit à un frère, c’est lui faire un cadeau. Si vous le faites avec les plus fragiles ou diminués votre foi grandira, elle ne sera plus une somme d’interdits, mais une joie, car la Parole de Dieu n’est pas seulement un message, mais un visage, celui de Jésus de Nazareth, elle nous établit dans une relation vivante avec Lui.

2) « Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de ses propres intérêts, pensez aussi à ceux des autres »
L’élan du rassemblement « servons la fraternité » et l’approfondissement du thème synodal a élargi l’espace de votre tente, vous a fait sortir de vous-mêmes pour aller à la rencontre des autres, et particulièrement des plus faibles.
- Vous avez organisé les TOP, les tables ouvertes paroissiales,
- Vous avez participé pendant l’été à ASA, Août Secours Alimentaire,
- Vous êtes bénévole au Secours Catholique ou au Restos du Cœur, à la Société Saint-Vincent de Paul, à l’Ordre de Malte, au CCFD-Terre Solidaire.
- Vous soutenez l’AED, l’Aide à l’Eglise en Détresse,
- vous accompagnez les réfugiés, les migrants, les Roms
- Vous visitez les personnes seules chez elles, les malades dans les hôpitaux, les personnes dans les maisons de retraite,
- Vous luttez pour que les droits des travailleurs et des plus pauvres soient respectés, et pour la protection de notre planète.
A travers ces services votre regard, vos préjugés changent, vous faites l’expérience de la fraternité, vous recevez plus que vous donnez en accompagnant les petits.
Cette expérience de la communion, de la fraternité vous l’avez faite au sein des équipes synodales. « Ayez les mêmes dispositions, le même amour, recherchez l’unité. »
Cette expérience, selon les témoignages de ceux qui ont participé aux équipes synodales et aux assemblées synodales, vous a profondément touchés, vous avez vécu une expérience d’Eglise en vous écoutant les uns les autres, et vous avez vu comment ont pu émerger le consensus, la communion entre tous, les orientations synodales.
Cette expérience ne peut s’arrêter, l’Eglise, selon le Pape François, vit de la synodalité dans les équipes pastorales de secteur, les équipes d’animation paroissiales, les services et les mouvements. En Eglise personne ne peut prendre une décision seul, mais en se mettant à l’écoute de l’Esprit de Dieu à travers les frères.
Cette fraternité, cette communion ne peut pas seulement se vivre au sein de notre communauté paroissiale, elle s’élargit à tous, aux chrétiens des autres confessions, aux croyants d’autres religions – ils sont là parmi nous –, avec des non-croyants. Le synode a conforté le visage de l’Eglise catholique en Val de Marne : une Eglise qui ne se situe pas en surplomb ou en opposition avec la société, mais en dialogue avec elle, avec les élus qui sont nombreux avec nous aujourd’hui.
Que l’Esprit Saint souffle sur notre assemblée, pour que nous vivions de l’Evangile là où nous sommes, et pour que nous allions encore plus loin sur le chemin de la fraternité et du dialogue avec tous : c’est à ce signe qu’on vous reconnaîtra comme disciples du Christ.

3) Le récit de la multiplication des pains suit l’Evangile de ce jour. Jésus va associer les disciples à sa mission, et leur demander « Donnez-leur vous-mêmes à manger »
Là encore nous entendrons comme un écho du thème du Synode « Partager à tous la Joie de l’Evangile. »
Le synode, dans sa réflexion, a fait résonner l’urgence de l’initiation chrétienne des enfants et des jeunes, qui rejoint aussi les familles.
Il ne s’agit pas d’abord de prendre des initiatives pour eux, mais d’abord aller à leur rencontre, vivre l’écoute, la présence, entendre leur soif de Dieu, leur soif d’aimer et d’être aimé. Il ne s’agit pas de faire pour les jeunes, à leur place, dans ce cas ils ne se mettront pas en route, mais de faire avec eux, de leur faire confiance, et ils s’ouvriront à l’Amour de Dieu.
Si nous vivons cette conversion pastorale, nous deviendrons tous des disciples missionnaires, grâce qui s’enracine dans notre baptême.
Notre société doit honorer cette soif spirituelle chez les jeunes, sinon elle ne doit pas s’étonner de susciter des comportements radicaux. Nous pouvons nous soutenir les uns les autres et travailler ensemble pour répondre à cette urgence, à cet appel des jeunes qui cherchent à donner un sens à leur vie.
Les familles doivent être soutenues dans l’éducation de leurs enfants et de leurs jeunes.
Le monde est en feu, ce n’est pas le moment de parler de choses insignifiantes, l’urgence est de transmettre aux jeunes des paroles qui font vivre, comme le faisait Jésus en s’adressant aux foules de Galilée.
Peuple de Dieu,
- Jésus t’aime, accueille sa Parole
- Lève-toi, prends soin de tes frères
- Donne des raisons de vivre à ta jeunesse

+ Mgr Michel Santier
Évêque de Créteil