homélie de Mgr Santier lors de la Messe en souvenir des aïeux morts en esclavage

Lectures liturgiques : Ac 1, 12-14 ; 1 P 4, 13-16 ; Jn 17, 1b-11a.

Chers amis de la Guyane, de la Martinique et de la Guadeloupe,
Vous êtes très fidèles à célébrer chaque année la mémoire de vos aïeux qui ont vécu l’esclavage.

Faire mémoire, ce n’est pas seulement se souvenir du passé mais le rendre présent, actuel, pour que cet avilissement de la condition humaine soit combattu et pour que soient arrachés, jusqu’à la racine, ces réflexes du racisme, de l’antisémitisme, toute haine entre croyants de toute religion ou entre des cultes différents.

A chaque Eucharistie nous faisons mémoire, comme ce soir, des souffrances, des humiliations qu’a subies Jésus, de sa mort et de sa résurrection, comme le faisaient les apôtres et les femmes avec Marie au Cénacle, qui persévéraient dans la prière.

L’apôtre Pierre ose dire dans la seconde lecture :

Dans la mesure où vous communiez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin d’être dans la joie et l’allégresse quand sa gloire se révélera.

 

Dans cette eucharistie, nous communions aux souffrances du Christ qui se sont poursuivies dans toutes les souffrances que vos aïeux ont vécues, que vous continuez de vivre d’une autre manière ; qui se poursuivent dans les souffrances des victimes de la violence et de la haine, des attentats de Manchester contre des enfants et des jeunes comme au Bataclan ou contre les chrétiens coptes en Egypte.

Votre présence à cette célébration ce soir, où vous exprimez votre foi par des chants joyeux et rythmés, montre que jamais vos aïeux, comme vous, ne se sont résignés à subir le mépris, l’injustice ainsi que l’ont révélé les évènements, la manifestation récente en Guyane.

De même, les habitants de Manchester veulent continuer à vivre, à demeurer unis, pour faire face à ceux qui cherchent à les opposer entre citadins de culture et de foi différentes ; ils veulent manifester que la haine et la violence n’auront pas le dernier mot, mais l’amour et la paix.

Jésus est en prière auprès de son Père, nous dit l’Evangile. Il continue de prier pour ses disciples d’aujourd’hui dont vous faites partie :

Père, j’ai manifesté ton nom aux hommes que tu m’as donnés.

Cela signifie que Jésus a révélé aux hommes le nom même de Dieu, Père. Ce mot revient souvent sur les lèvres de Jésus dans l’Evangile de Jean. Dans ses lettres retentit plutôt le mot amour.

Père ou Amour, Miséricorde, c’est le nom même de Dieu. Son nom que nous, les hommes, nous n’aurions su ni osé inventer ; un nom qui est le fruit d’une révélation, d’un don. Jésus, dans sa prière, est saisi d’émotion ; il exprime sa reconnaissance à son Père de l’avoir envoyé pour aimer l’humanité, ses disciples, tous les hommes, chacun et chacune d’entre nous. Et il ajoute plus loin, avec admiration :

Ils ont gardé ta Parole. Je leur ai donné les paroles que tu m’avais données.

Chers amis antillais, cette prière de Jésus est pour vous, vous qui avez une foi vivante et joyeuse au cœur même de vos difficultés et de vos souffrances. La foi n’est pas pour vous ce qui vous permettrait de subir les humiliations, mais une force, une énergie, une joie qui vous permet de les affronter, de les surmonter parce que, par votre foi comme le dit l’apôtre Pierre : L’Esprit de Dieu repose sur vous.

Jésus en quittant ses disciples leur dit qu’il leur laisse le trésor de la Parole de Dieu : Je leur ai donné ta Parole et ils l’ont gardée. Cette Parole, je vous invite à l’accueillir, à la prier et à la partager avec d’autres, à la maison, dans vos familles, avec vos enfants et vos jeunes, avec des voisins, des personnes seules ; ce que l’on appelle dans le diocèse les ‘’Maisons d’Evangile’’
J’ai rencontré récemment dans un pèlerinage douze femmes qui habitent une ville de notre diocèse ; elles se retrouvent régulièrement pour prier, partager l’Evangile ; elles me disent que toutes s’expriment et disent des choses profondes sur leur vie à partir de la Parole de Dieu.

En effet, si vous prenez le temps de l’accueillir, de la partager ensemble, de prier avec elle, cette Parole vient toucher votre cœur ; elle vous invite à vous tourner vers Dieu, à entrer dans une relation vivante avec lui.

Ces femmes m’ont dit aussi qu’un lien très fort s’est créé entre elles. Je vous invite à entrer dans ce mouvement missionnaire du synode en créant autour de vous des ‘’Maisons d’Evangile’’. En effet, c’est la Parole que Jésus nous a donnée qui est source de notre espérance. Si nous ne partageons pas la Parole, nous n’avons pas les mots pour exprimer et partager à d’autres notre foi ; nous restons muets !

Dans mes différentes rencontres le dimanche, dans les paroisses, je me réjouis de voir et d’entendre beaucoup d’entre vous à l’œuvre, en train de chanter les louanges du Seigneur à la chorale ; mis aussi d’accompagner des enfants et des jeunes dans la catéchèse, d’autres dans le service évangélique des malades, dans les équipes d’animation paroissiale. Je vois que, de plus en plus, vous participez aux journées de formation autour de la Parole de Dieu, dans vos paroisses et au niveau diocésain. Je ne peux que vous encourager à être plus nombreux à vous former pour prendre des responsabilités.

Comme évêque, je vous fais confiance ; je compte sur vous pour participer à l’élan missionnaire du synode :

Avec lui, prendre soin les uns des autres
et partager à tous la joie de l’Evangile.

+ Mgr Michel Santier
Evêque de Créteil