ASA - SAMEDI 2 SEPTEMBRE 2017 VILLEJUIF- CELEBRATION D’ACTION DE GRACE HOMELIE DE BERNARD BAUDRY

Lecture liturgique : Evangile : Matthieu 16, 21–27.

Frères et sœurs,

Ô croix dressée sur le monde, Ô croix de Jésus Christ !

Vous souvenez-vous de ce chant ancien ?

Nous avons terminé ce mois d’août, une nouvelle fois réservé, consacré au service du frère.
A chaque distribution, à Créteil comme à Villejuif, ce sont des centaines de personnes qu’il nous a été donné d’approcher, de reconnaître parfois depuis l’an dernier, de prodiguer nourriture et favoriser la rencontre.

ASA c’est effectivement une rencontre permanente. C’est la confrontation avec des réalités difficiles ; réalités matérielles avec des personnes qui manquent d’argent pour se nourrir, maladies physiques et morales affrontées dans la précarité. Je pense à cet homme en chimiothérapie qui s’exprime difficilement avec le petit souffle qui lui reste ; il dit ce qu’il vit dans une grande dignité.

 

Ô croix dressée sur le monde

La Croix est dressée devant nous, pas besoin d’aller à Jérusalem ; ces personnes sont le visage de Celui qui s’est donné pour notre salut. Dressée sur le monde : oui, leur diversité représente une véritable humanité souffrante : son dénuement est extrême.

Quelquefois les attentes sont longues et les propositions que nous faisons en fonction des ramasses ne plaisent pas forcément ; mais bien souvent, un sourire illumine le visage, un merci bien sincère accompagne la remise du colis, du pain, des œufs, des légumes et des fruits. Il est clair que pour beaucoup ce merci est le seul présent qu’ils peuvent offrir et c’est bien sûr très riche. L’amour est présent. « La Passion de Jésus est l’œuvre la plus stupéfiante de l’amour de Dieu »

La durée des distributions, le fait de rencontrer plusieurs fois dans le mois des personnes parfois connues des années précédentes, nous fait toucher du doigt un monde ébranlé. Ce monde est marqué par une disparité importante entre les riches et les pauvres. Nous vivons avec cette fracture : nous ne pouvons pas rester indifférents devant cette injustice criante.

Ô croix dressée sur le monde

La croix n’est pas couchée, elle n’est pas vaincue définitivement. La croix est dressée ; elle s’élève comme signe prémonitoire ; elle est espérance de résurrection.

Et donc, un sourire qui survient, est signe que dans cette croix dressée se trouvent déjà les prémisses de la victoire de la croix, de la Résurrection. Malgré l’épaisseur de la souffrance, l’espérance, frêle et discrète peut naître et fleurir.

Ainsi, ces rencontres avec les gens ordinaires comme disait Madeleine Delbrêl, ces rencontres ne sont pas banales. C’est VOUS‐MEMES qui en témoignez :

  • Faire ASA a été l’une des meilleures expériences pour nous, enrichissantes et remplies de personnes exceptionnelles. J’aime ASA et ne cesserai d’y participer.
  • Personnes exceptionnelles, oui. ASA m’a permis d’être en contact avec des personnes exceptionnelles ; partage et amour c’est ce que je retiens de cette expérience.

Il est temps de retourner à l’Evangile du jour, afin de considérer comment, concrètement, nous avons pu le vivre durant ce mois d’août, comment nous avons pu l’accomplir.

Pierre vient d’être instauré chef de l’Eglise naissante après sa profession de foi : Tu es le fils du Dieu vivant, vient-il de dire à Jésus. Jésus, en grand pédagogue, rassemble les disciples et fait la première annonce de la Passion qui le mènera jusqu’au supplice de la croix. Il coupe court à tout rêve de Messie dominateur et annonce la Croix et la Résurrection au bout de trois jours. Pierre entend Jésus dire clairement les souffrances, la mort qui arrive et la Résurrection. Pierre n’accepte pas, comme nous avons pu hésiter nous-même devant l’inconnu, l’insécurité, l’inconfort parfois rencontré dans ASA. Nous souhaiterions que Dieu nous aide pour notre épanouissement personnel tout en secourant le frère.

Un Christ sans croix, dont l’autorité serait reconnue sans souffrance, sans amour serait pour nous un bon modèle ?

Où serait la Croix dressée sur le monde ? Où serait l’Amour de Dieu ?

Il n’en sera pas ainsi et Jésus nous dit que le suivre implique aussi de porter la croix. Nous devons prêcher un Christ crucifié enseignera saint Paul. Mais il ne s’agit pas de se limiter au discours. La prédication doit être aussi pleinement vécue. Porter sa croix n’est pas une option dont on parlerait en belles phrases : c’est un acte qui nous permet dès maintenant de vivre avec le Christ Ressuscité.

Et il y a des signes qui ne trompent pas : nous sommes joyeux, joyeux de cette bonne joie d’avoir vécu simplement comme Jésus nous a demandé en nous promettant de ressusciter avec lui. Vous le dites encore :

Vous me faites penser à Jésus qui écoute chaque personne.

Et aussi : En donnant à manger à qui en ont besoin, je découvre le visage du Christ.

Nous voici donc joyeux. Non pas en faisant les pachas en pensant que nous serions les meilleurs, mais parce que nous avons vécu durant ce mois d’août portés par l’Evangile de ce jour. Et c’est une expérience pascale à laquelle nous prenons part : espérance pour ceux que nous avons aidés et espérance pour nous-mêmes qui avons, avec nos limites humaines, essayé d’imiter Jésus, notre modèle. J’ai eu des conversations avec certains d’entre vous. Ce moment est décisif pour une orientation de vie lorsque l’on réalise qu’aider son frère rend plus heureux que de s’intéresser à soi-même.

Faire ce passage donne un sens décisif, LA clé pour une vie entière, et je pense aux plus jeunes. Oui, secourir son frère suffit à remplir une vie, à la gagner vraiment comme cela nous est promis. Amen.

Bernard Baudry, Diacre permanent