ASA 2016 : lieu de rencontres

Cette campagne 2016, quatrième en Val-de-Marne, s’achève et je sens le besoin de vous en confier un des aspects : celui des rencontres improbables que l’on y fait. Elles sont nombreuses et diverses, toutes uniques et personnelles. Voici l’histoire de Mahnia comme illustration.

L’assassinat odieux du Père Jacques Hamel a bien sûr profondément marqué notre action de distribution, tout d’abord parce qu’il a été commis quelques jours avant le début août ; et ensuite, nos liens avec les bénévoles musulmans bien établis en ont été renforcés et nous en avons beaucoup et souvent parlé : répondre par un supplément de fraternité.

Et voici donc que Mahnia, dans sa propre foi, entend l’appel du CFCM (Conseil Français du Culte Musulman) de se rendre à une messe le dernier week-end de juillet. Elle ressent profondément le besoin de solidarité et le samedi 30 juillet, elle ose ce qu’elle n’avait jamais fait une seule fois de sa vie : elle entre dans une église et c’est St Cyr Ste Julitte à Villejuif. Elle assiste alors à la messe et entend à la fin un appel de Jacques Béchet, diacre, faisant une annonce pour rechercher des bénévoles ; ASA va commencer le lundi et nous savons que nous manquons un peu de bénévoles. Elle n’a jamais entendu parler de ASA mais comprend à demi-mot qu’il se joue quelque chose.

Elle chemine en retournant chez elle avec Sœur Lucienne : elles habitent à côté l’une de l’autre. Elle veut en savoir plus et l’interroge ; c’est quoi ASA ? Lucienne explique et Mahnia, comprenant les enjeux, souhaite faire demi-tour et elles reviennent à l’église.

La rencontre avec Jacques se fait et elle sera là dès le 1er aout et tous les jours de distribution.
Je lie rapidement une relation fraternelle avec elle, au milieu des petits pots pour bébés. Je l’invite au temps de prière commun prévu à Créteil le 17. Elle y vient, bien que peu en forme ce jour-là en se faisant accompagner par une amie. Elle se lève ; devant l’assemblée chrétienne et musulmane, elle témoigne et explique : « Je me suis rendue à la messe célébrée pour le père Hamel. C’est comme ça que j’ai entendu parler de l’association. »

En fin d’après midi, elle retourne à Villejuif et reprend la distribution.
Elle me confie : « Pourquoi rester devant la télé ; là, je suis heureuse d’être avec tout le monde, les bénévoles, les accueillis. Je sers pour la solidarité. Et mes fils sont très contents que je fasse cela. ». L’an prochain, elle souhaite revenir.

Des ressemblances avec le récit des disciples d’Emmaüs me marquent bien sûr dans cette rencontre : l’interrogation initiale sur ce qui s’est dit, le cheminement à deux, le retour vers le lieu de célébration, la compréhension et l’engagement. Je crois réellement que, déjà le Père Hamel intervient pour nous qui sommes restés sur Terre. Cette merveilleuse rencontre avec Mahnia, dans sa foi, est pour moi un signe résurrectionnel qu’il nous envoie avec générosité et miséricorde.

Bernard Baudry, diacre