Paroles d’évêque

Dans la joie de Pâques

Nous voici à l'aube de la Grande semaine qui, des Rameaux à Pâques, récapitule le cœur de notre foi chrétienne : la victoire du Christ sur la mort. Ce «passage» rejoint la réalité de chacune de nos vies, comme de celle des communautés chrétiennes, à travers le monde. Certaines, en Asie, Afrique ou Amérique latine, connaissent aujourd'hui la liesse des Rameaux, la joie du Jeudi Saint. D'autres, au Proche et Moyen-Orient ou ailleurs : les souffrances du Christ jusqu'au supplice de la Croix. D'autres encore, dans nos pays de vieille chrétienté : le doute, le silence, le grand vide du Samedi où Jésus descendit aux Enfers.

Notre synode diocésain invite chacun de nous, de nos mouvements et services, de nos paroisses ou communautés, à vivre la réalité qui est la sienne, dans une même espérance du matin de Pâques et le désir confiant d'un nouveau printemps pour notre Eglise en Val-de-Marne. Déjà des milliers d'entre vous ont expérimenté, au sein des équipes synodales, que la Parole de Dieu peut nourrir notre rencontre avec des frères et sœurs, croyants ou non, parce qu'elle est Parole universelle d'humanité ; beaucoup ont pris conscience, à cette occasion, de leur commune appartenance à notre Eglise diocésaine que j'appelle à imaginer des chemins nouveaux pour la mission.

Il est temps, encore, d'ouvrir d'autres équipes synodales pour que vos délégués paroissiaux, soient réellement à l'image d'un peuple aux mille visages, heureux de marcher avec confiance à la rencontre de son Seigneur.

Michel Santier
Evêque de Créteil

Homélie de Mgr SANTIER lors de la Messe chrismale

Comme chaque année, ce soir, nous sommes rassemblés en peuple, en Eglise diocésaine.
Comme l'exprime le Pape François dans la joie de l'Evangile (N°114) :
« Etre Eglise, c'est être Peuple de Dieu en accord avec le projet d'amour du Père. C'est un appel à être le ferment de Dieu au sein de l'humanité. »
Les événements tragiques du mois de janvier à Paris ont coûté la vie à des journalistes et à des membres de la communauté juive, qui s'apprête à célébrer la Pâque, nous pensons bien à eux. Des événements de même nature se sont produits à Copenhague et à Tunis et se produisent en permanence en Irak et en Syrie, au Nigéria, où les chrétiens sont chassés de leur terre et obligés de s'exiler, où la population dans son ensemble, chrétiens comme musulmans, sont victimes des luttes pour le pouvoir entre sunnites et chiites, entre pays environnants.

Ces événements font que dans la population de notre pays et de l'Europe montent la peur et l'angoisse par rapport à l'avenir ; à cela s'ajoute les difficultés économiques, la montée du chômage. Le peuple a besoin de réponses qui redonnent courage et espérance.

« L'Eglise doit être le lieu de la miséricorde gratuite où tout le monde peut se sentir accueilli, aimé, pardonné et encouragé à vivre selon l'Evangile. »
Nous sommes un peuple de baptisés aux mille visages, très diversifié sur le plan culturel, où se vit une complémentarité de vocations : laïcs mariés et célibataires, religieux et religieuses, diacres, prêtres, évêque. Le baptême est notre vocation commune. Au cours de cette célébration, la consécration du Saint Chrême nous le rappellera.

Nous prierons pour les petits-enfants qui reçoivent l'onction après le baptême, pour les jeunes qui seront confirmés dans les différents secteurs et paroisses au cours de l'année, pour les 142 adultes qui seront baptisés à Pâques, dont un détenu à la prison de Fresnes, et confirmés à la Pentecôte.

Comme l'exprime la prière de consécration du Saint Chrême : « après être renés dans l'eau du baptême, qu'ils soient fortifiés par l'onction de l'Esprit, et rendus semblables au Christ, ils participent à sa fonction prophétique, royale et sacerdotale...Répand largement les dons du Saint-Esprit sur nos frères que cette onction va imprégner. »

Comme le dit la lettre aux Hébreux :
« Jésus-Christ qui vous a délivrés de nos péchés par son sang a fait de nous un royaume de prêtres pour son Dieu et Père, à lui la gloire. »

Cette onction fait de nous tous des disciples missionnaires de l'Evangile, à la suite de Jésus-Christ qui est celui qui a reçu l'onction de l'Esprit en plénitude.
« L'Esprit du Seigneur est sur moi, il m'a consacré par l'onction et il m'a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres. »

Baptisés, confirmés, nous sommes envoyés vivre la Bonne Nouvelle de l'Evangile au sein de nos familles, en cette année de préparation de la deuxième session du synode des évêques à Rome sur la vocation et la mission de la famille, au sein de nos lieux de travail et dans notre vie de quartier.

Cette année nous sommes invités à rendre grâce pour la vie consacrée. Dans notre diocèse cohabitent des congrégations très anciennes, d'autres qui sont nées dans l'essor missionnaire considérable du XIXème siècle, d'autres encore sont des « communautés nouvelles ». Chacune a développé son caractère propre, notamment dans l'éducation des enfants et des jeunes ou dans le domaine de la santé, sans compter les communautés contemplatives qui assurent une présence dans la prière depuis bien longtemps. Nous sommes souvent témoins de l'influence qu'ont pu avoir tel religieux ou religieuse dans une commune ou un quartier, où ils finissaient par connaître toute une population sur plusieurs générations. Le paysage religieux de notre diocèse a été façonné par la présence des congrégations apostoliques ou de prière, cela reste ancré dans notre mémoire diocésaine.

La vie consacrée a, pour la vie de notre diocèse et des chrétiens qui y témoignent, de nombreux atouts prophétiques. Je voudrais en souligner trois.

Le premier : la vie fraternelle. Des premiers chrétiens, on disait : « Voyez comme ils s'aiment. » La vie fraternelle, dans un monde dur où l'on ne se choisit pas, est non seulement un signe prophétique mais constitue aussi un témoignage missionnaire. La vie communautaire n'est pas toujours simple à vivre, mais celle qui existe dans les cloîtres des monastères, dans les petites communautés de nos quartiers urbains, aide notre Eglise diocésaine à témoigner que l'Evangile peut être vécu au quotidien ; nos différences culturelles ne sont pas un obstacle, mais des richesses à partager.

Le second : les vœux prononcés par les religieux et religieuses : vœux de pauvreté, chasteté et obéissance. Par ces vœux, ceux et celles qui les prononcent prennent ce chemin pour suivre le Christ. Dans la société contemporaine, ces vœux expriment une grande liberté devant toutes les attirances de la publicité, de la consommation et de la mode.

Le troisième : l'aspect universel de la vie consacrée. La plupart des communautés implantées le diocèse sont internationales. Cela leur permet de relativiser les problèmes propres à chaque culture. Il faut reconnaître aussi que c'est une chance pour ces congrégations, dont certaines ne verraient d'avenir possible s'il n'y avait pas de vocations dans les pays de mission. Pour une Eglise diocésaine, la dimension universelle de nombreuses congrégations constitue une grâce qui peut nous aider à ne pas nous replier sur nous-mêmes et nos difficultés propres.

L'an dernier, le diocèse connut la grande joie de vivre l'ordination de huit diacres permanents et de quatre prêtres. Cette année, dans la même célébration le 4 octobre, dans la nouvelle cathédrale déployée, seront ordonnés deux diacres permanents et un prêtre.

Les diacres, au cours du synode diocésain, nous rappellent par leur ministère que le prendre soin les uns des autres, que le service de la charité auprès des malades, des exclus, a sa source dans l'abaissement du Christ qui a lavé les pieds de ses disciples et donné sa vie sur la Croix.

Les prêtres, en lien avec leur évêque, parce qu'ils président l'Eucharistie, ont la responsabilité d'exercer le service de la communion entre les laïcs, les foyers, les personnes seules, les enfants, les jeunes, les consacrés et les diacres. Cette communion est aussi une communion missionnaire afin que les paroisses ne se replient pas sur elles-mêmes mais participent à ce souffle de « l'Eglise en sortie » imprimée par le Pape François et exprimé dans le synode romain sur la famille et dans le synode diocésain. Il n'est pas trop tard pour entrer dans l'élan du synode diocésain. Déjà 810 équipes se sont déclarées au secrétariat du synode, nous pouvons donc dépasser le chiffre annoncé de 1.000 équipes synodales. Dans les remontées apparaissent déjà de nombreux fruits.

Je désire vous inviter, au moment où les prêtres vont renouveler leur engagement dans leur ministère, ainsi que les diacres, à prier sans relâche pour eux afin qu'ils se sentent soutenus par l'ensemble du Peuple de Dieu.

Je vous demande aussi avec insistance de prier pour les vocations spécifiques de prêtres, diacres et de consacrés, car le Seigneur ne peut pas rester insensible à la prière des fidèles. Notre Eglise en a besoin, prions pour que ceux que le Seigneur appelle parmi nous osent répondre librement à cet appel.

Réjouissez-vous, tel est le titre de la première circulaire sur la vie consacrée datée du 2 février 2014. Cette expression qui rejoint le titre de l'exhortation apostolique du Pape François, La joie de l'Evangile, nous invite à rendre grâce pour la vie consacrée, et à la considérer comme partie prenante de la vie de l'Eglise diocésaine.

+ Mgr Michel SANTIER
Evêque de Créteil

Le Carême !

eveque-pape-francoisQuand nous entendons ce mot, il résonne en nous comme un temps difficile, triste. Nous voyons les ornements violets, les offices recueillis mais sans chants festifs. Dans ce mot Carême est contenu le chiffre 40 ; il renvoie aux quarante années de la traversée du désert par le peuple juif, depuis la sortie d'Egypte jusqu'à l'entrée de la Terre Promise. Il renvoie aux 40 jours que Jésus a passés au désert après son baptême, avant son départ vers le lac de Tibériade où il a commencé à proclamer la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu, l'Evangile.

Pour nous chrétiens aujourd'hui, le mot Carême représente notre marche vers la fête de Pâques qui est la grande fête de l'Eglise où nous célébrons le cœur de notre foi : la mort et la résurrection de Jésus, le mystère pascal. Quarante jours, ce n'est pas trop pour nous préparer le cœur à cette grande fête.

En résumé, nous pourrions dire que le Carême est un temps de grâce, un temps qui nous est donné pour nous convertir, pour nous retourner vers le Seigneur.
Durant le temps de Carême, pour nous préparer à la fête de Pâques, nous sommes invités à entrer dans le combat spirituel à la suite de Jésus : prier avec lui, jeûner avec lui, partager avec nos frères avec lui. Comme Jésus au désert a résisté à Satan par trois fois, nous aussi nous pouvons être vainqueurs des trois tentations de l'oralité, du pouvoir, de nier l'espace et le temps, nos limites humaines, en écoutant et méditant la Parole de Dieu de chaque jour, qui est très riche en ce temps liturgique du carême.

Ce discernement, ce combat spirituel ne peut se vivre que dans la prière, une relation vivante avec Jésus, qui le premier a été plus fort que Satan.
Pour aviver notre attention dans ce combat, nous sommes invités à jeûner pour ne pas nous laisser submerger par notre besoin d'oralité, de consommer, car : « l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » Dt 8,3

Le but du jeûne n'est pas seulement la privation, mais le partage, l'aumône ; ce que nous avons économisé nous sommes invités à le donner à ceux qui jeûnent tous les jours, car ils n'ont pas de quoi s'acheter à manger. Ils sont des millions dans le monde et des milliers en France !

Mais comme l'exprimait la parole des pauvres au rassemblement à Lourdes « Servons la Fraternité Diaconia », à l'ascension 2013 : « Nous ne sommes pas que des estomacs ». Ce qui exprime que les hommes, les plus pauvres, ont une dignité, une vie spirituelle, et des richesses intérieures à partager, dans la fraternité, car, comme le dit le message final de Lourdes : « Nul n'est trop pauvre pour n'avoir rien à partager».Ce combat spirituel du détachement de soi-même, de la réponse à cet appel à suivre Jésus jusqu'au don de nous-mêmes, ne peut se vivre que par l'écoute de la Parole de Dieu, chaque dimanche et chaque jour de carême. En méditant la Parole dans le silence, en éteignant la télévision ou la radio, en évitant d'être trop dépendant du Smartphone, nous sommes en union avec les catéchumènes qui sont appelés officiellement au baptême le premier dimanche de Carême par leur évêque dans la célébration de l'appel décisif. Les catéchumènes, dans cette marche de 40 jours vers Pâques, vers la Vigile Pascale où ils recevront les sacrements de l'initiation chrétienne, baptême, confirmation, eucharistie, vivent un combat, ils se disent : « est-ce aussi important que cela de devenir chrétien » Certains font l'expérience que ce choix les sépare de leur famille.

Ils ont besoin que nous les soutenions dans ce combat par notre prière, notre amitié fraternelle. Il nous est révélé ainsi qu'en Jésus-Christ nous formons un seul corps, nous sommes tous enfants d'un même Père, nous sommes tous frères. Nous sommes concernés par le cheminement de nos frères catéchumènes, nous sommes solidaires, leur foi neuve ravive notre foi, la nôtre les enracine dans l'Eglise. Ainsi le carême n'apparait plus seulement un chemin individuel, même si le Père voit ce que nous vivons dans le secret, mais aussi un cheminement communautaire, ecclésial.

Tout au long des dimanches de Carême, les étapes des catéchumènes sont ponctuées par les scrutins, qui sont vécus au sein des communautés paroissiales. La Transfiguration de Jésus, que nous revivons le deuxième dimanche de Carême, nous fera accueillir la lumière de la Résurrection qui nous donnera la force d'accompagner Jésus jusqu'à Jérusalem. Jésus a pu aller jusqu'au bout de l'amour en donnant sa vie sur la croix parce qu'il avait accueilli au plus profond de son être la Parole du Père : « Tu es mon Fils bien-aimé, en toi j'ai mis tout ma tendresse ». Ce chant d'amour du Père l'a accompagné dans son combat, sa marche jusqu'à Gethsémani, jusqu'au Golgotha.
Il en est de même pour nous. Habités par la Parole de Dieu, si nous savons écouter, comme l'exprime le chant « Ecoute la voix du Seigneur, prête l'oreille de ton cœur », nous entendrons l'Esprit murmurer en nous « Viens vers le Père ». Même si d'autres mélodies parviennent à fausser l'harmonie, elles ne parviendront pas à faire taire ce chant de joie de notre baptême, car « cette joie, nul ne peut nous la ravir » Jn 16,22

Après avoir accompagné Jésus dans son entrée à Jérusalem aux Rameaux, participé à la Cène, à l'Eucharistie le Jeudi Saint, monté avec Lui au Golgotha le Vendredi Saint, dans la nuit de Pâques, avec tous les nouveaux baptisés, nous renouvellerons les engagements de notre baptême, pour une vie nouvelle, et nous chanterons l'Exultet, l'Alleluia Pascal, en tenant nos cierges allumés, par lesquels Jésus ressuscité illuminera nos visages.
Puisse à travers nous se répandre la Joie de l'Evangile, comme la lumière se répand de cierge en cierge.

+Michel Santier
Evêque de Créteil

Portés par l'espérance !

mgr-santier-esperance-diocese-creteilNotre pays en quelques jours a vécu des événements sans précédents : la tuerie au sein même du Journal Charlie Hebdo, le meurtre en pleine rue de la jeune policière municipale durant ses fonctions à Montrouge, et la prise d’otages sanglante dans l’épicerie de la Porte de Vincennes.

Mais dans le même temps, les yeux rivés sur la France, ( qui redisait dans une marche digne son adhésion profonde aux valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité ), le monde entier s’est levé et a fait corps. Je veux voir dans cet élan commun, une source d’Espérance, si nécessaire après les jours odieux.J’ai redit à nos frères juifs et à nos frères musulmans, notre fraternel soutien. Nous savons nous retrouver autour des principes fondamentaux qui façonnent notre société et nous pouvons travailler ensemble, dans le respect de chacun.

Car désormais, nous devons avoir le courage de nous interroger sur les raisons profondes qui poussent certains de nos compatriotes à se radicaliser dans la haine, jusqu’à cette violence sanglante.
Je fais mienne la déclaration des évêques du conseil permanent de la CEF : « Enracinés dans l’Evangile, portés par l’Espérance, nous devons nous interroger sur notre projet de société. Quelle société voulons nous bâtir ensemble ? ».
J’invite donc tous les catholiques à poursuivre leur engagement dans la vie familiale, la vie associative, dans le domaine de l’éducation et plus généralement dans la vie publique pour faire progresser notre société dans la justice et la paix.
Je vous assure de ma prière.
Michel Santier
Evêque de Créteil
Le 15 janvier 2015