Paroles d’évêque

Rencontre sur la pastorale en monde ouvrier, Assemblée plénière des évêques de France à Lourdes

Vendredi 7 novembre 2014, Intervention de Mgr Michel SANTIER

Dans le diocèse de Créteil qui compte 1 million 300 mille habitants, 98 nationalités, et de toutes cultures, confessions chrétiennes, juives, et musulmanes, le monde populaire, le monde ouvrier est très présent.
Il est concentré dans des villes très peuplées, dont les habitants habitent surtout des immeubles, des cités, où se vivent la pauvreté, les précarités, le chômage, l'étroitesse des logements.
La vie des personnes au travail est très marquée par la longueur des trajets en transports en commun, et par la souffrance au travail lui-même.

Défis 

Même si la paroisse demeure, selon les témoignages entendus, un premier lieu d'intégration dans la cité, cette population se sent marginalisée et peu prise en compte.
L'Eglise, dans les paroisses et par la présence de chrétiens et de communautés religieuses au sein de leurs cités, est source d'espérance et offre une possibilité de parole ; quand ils peuvent prendre la parole ils sont quelqu'un.
La contemplation du regard du Christ sur les personnes rencontrées leur a permis de se relever ; les chrétiens, dans l'Evangile médité personnellement ou partagé en équipe, peuvent porter ce regard positif sur les personnes qui les entourent, en menant un dialogue constructif et réciproque.
Les membres des missions ouvrières locales vivant en proximité, comme d'autres acteurs, permettent aux habitants de ces cités de se raconter, d'inscrire ce qu'ils vivent dans une histoire et de repérer ce qui a pu les construire ou les blesser.
Cela aussi peut se vivre dans des fraternités, dans des cités, dans des communautés religieuses qui ouvrent leur porte, partagent leur prière, dans des communautés de proximité.
Tisser des liens de fraternité est un des défis essentiels face à la solitude de beaucoup de personnes, face à la peur de ceux qui sont différents ou d'une religion différente.
Lorsque des habitants des cités partagent l'Evangile avec leurs mots, celui-ci se révèle d'une forte actualité et transforme leur vie et leurs relations. Ce regard vécu en révision de vie ou relecture va permettre de découvrir la présence du Christ dans ces personnes, ainsi leur propre foi est transformée.

Enjeux

Dans ces quartiers à la population très diversifiée, l'enjeu pour l'Eglise n'est pas tant de chercher à faire nombre, mais de faire signe, et faire que la population ne se sente pas abandonnée, car la vie en Eglise comporte plusieurs cercles : celui des chrétiens à la foi chevillée, celui de ceux qui ne se sentent pas disposés à venir à l'Eglise et pourtant en recherche, ceux vers qui nous devons aller pour les rencontrer car ils n'ont aucune culture chrétienne, à qui une première annonce peut être faite à travers des événements personnels qui les touchent, ou des événements de leur cité ou plus largement du monde.
Un des enjeux au milieu de cette grande diversité n'est plus seulement la présence enfouie mais aussi une présence plus visible où on est invité par la rencontre avec ceux qui ne vient pas notre foi à un approfondissement, une affirmation respectueuse de cette foi qui nous fait vivre.
Il est essentiel que les chrétiens, les acteurs pastoraux, dans la Nouvelle Evangélisation, soient attentifs aux conditions de vie et de travail des personnes de milieu ouvrier et populaire, car c'est la condition pour entendre leur aspiration à une vie plus humaine, plus juste et à l'éveil des questions fondamentales sur le sens de la vie.
Dans notre diocèse, cette pastorale envers le milieu ouvrier et populaire est très intégrée à la vie de la paroisse et du diocèse, cela s'exprime particulièrement dans l'accompa-gnement des catéchumènes (enfants, jeunes et adultes), l'école de prière pour les enfants, les semaines de prière accompagnée, les pèlerinages qui rejoignent nos amis antillais, africains et portugais.

+ Michel Santier
Evêque de Créteil

Le synode est ouvert

Célébration d'ouverture du synode diocésain
Dimanche 12 octobre 2014 - au Palais des Sports de Créteil

Homélie de Monseigneur Michel SANTIER

Cette célébration ouvre officiellement le synode du diocèse de Créteil, elle se vit en communion avec le synode des évêques à Rome sur la famille.
Un synode est avant tout une célébration. Le mot signifie « faire route avec, faire route ensemble ». Ce vivre ensemble n'est possible que si nous accueillons le don de l'unité et de la communion. Célébrer un synode, c'est célébrer Jésus-Christ qui est mort pour unir les enfants de Dieu dispersés, c'est accueillir par lui le don la communion. Par lui, dans l'Esprit-Saint, nous sommes reliés au Père, nous sommes tous ses enfants, nous n'avons qu'un Père, nous sommes tous frères et sœurs.

Message de Mgr Santier sur les questions de politique familiale

Créteil, le 2 octobre 2014

Dans la société actuelle et les décisions prises par les responsables politiques au
plan sociétal, au plan familial, la référence unique est l'individu ; chacun est
préoccupé de son bien-être, et ceux qui ne peuvent y accéder sont mis à la marge.
Il devient alors très difficile de faire prévaloir le bien commun, l'intérêt général sur les
intérêts individuels.

Le souffle, l'âme manquent pour se mobiliser sur l'avenir de la société ; des
décisions sont prises et des lois sont promulguées qui, tout en se présentant comme
voulant le bien de tous, ne favorisent que les intérêts d'un petit nombre au risque de
déliter le vivre ensemble, le lien social.

La famille est la cellule de base de la société, le lieu que les jeunes considèrent
comme le plus important pour leur bonheur. Or les projets de lois sur la GPA et la
PMA, ainsi que les dernières dispositions de réduction du congé parental, du congé
de maternité, risquent de déstabiliser encore la famille.

Les chrétiens qui s'engagent sur ce terrain sont des veilleurs qui attirent notre
attention sur la véritable dignité de la personne humaine et de la famille ; elles ne
peuvent pas être soumises à des intérêts qui sont issus de la société ultralibérale.
Que l'Esprit-Saint les soutienne dans cette mission de vigilance et qu'ils soient
assurés de la prière de leur évêque.

+ Michel SANTIER
Evêque de Créteil

RECTIFICATIF AU COMMUNIQUE CONCERNANT LE MESSAGE DE Mgr SANTIER

Dans le communiqué adressé le 2 octobre dernier concernant le message de
Monseigneur Michel Santier, évêque de Créteil au sujet des réformes
sociétales et familiales actuelles, il était écrit : « La famille est la cellule de
base de la société, le lieu que les jeunes considèrent comme le plus
important pour leur bonheur. Or les projets de lois sur la GPA et la PMA, ainsi
que les dernières dispositions de réduction du congé parental, du congé de
maternité, risquent de déstabiliser encore la famille. ».

Monseigneur Santier tient à préciser que ce communiqué a bien été écrit
avant les annonces du premier Ministre, dans le quotidien La Croix faisant
part de son opposition à de tels projets de lois et précisant que la GPA "est et
sera interdite en France ».

Il reconnaît que cette concomitance pouvait prêter à confusion et tient à
présenter ses excuses aux personnes qui auraient pu s'en étonner.

Créteil le 9 octobre 2014

 

 

le 12 octobre, nous entrons en synode

Chers amis du Val-de-Marne,

Chers diocésains du diocèse de Créteil,

affiche-synodeL'Eglise catholique ne vit pas pour elle-même, pour ses structures et son organisation ; par vocation elle est tournée vers le monde, à l'écoute de Dieu mais aussi des hommes et des femmes de ce temps. Elle aspire à la rencontre avec la société, avec les chrétiens des autres confessions, avec les croyants de toutes les religions, avec l'ensemble des cultures, à travers la diversité des générations.

Pour y parvenir, elle est conviée au dialogue et au débat en son sein. C'est l'expérience que nous allons vivre, ensemble, à travers un synode diocésain. Je vous invite à venir l'ouvrir solennellement, avec moi, le dimanche 12 octobre prochain, à 16h30, au Palais des Sports de Créteil.

Le mot synode, spécifique du langage ecclésial, signifie « faire route ensemble », parce que la foi ne se vit pas seul mais avec d'autres, en Eglise. Une Eglise ouverte à tous ceux qui, plus largement qu'elle, s'interrogent sur le sens de la vie.

Si le diocèse a déjà vécu, dans un passé récent, des démarches synodales comme « A la croisée des chemins », « Compagnons d'humanité », ou des dynamiques telles qu'Ecclesia et Diaconia, le synode diocésain auquel je vous convie est une expérience d'Eglise unique où l'évêque donne la parole à tous les baptisés. Aujourd'hui j'ai besoin que chacune, chacun d'entre vous, sous la conduite de l'Esprit saint, m'aide à imaginer le meilleur pour l'annonce de l'Evangile en Val-de-Marne. Car comment pourrions-nous renoncer à faire connaître Celui qui nous fait vivre ?

Le thème choisi pour ce synode est « Avec Lui, prendre soin les uns des autres et partager à tous la joie de l'Evangile.» C'est l'invitation même du pape François dans son exhortation sur la nouvelle évangélisation. « Nous tous les chrétiens, petits mais forts dans l'amour de Dieu, comme saint François d'Assise, nous sommes appelés à prendre soin de la fragilité du peuple et du monde dans lequel nous vivons» (EG. 216)

Cette expérience d'Eglise, de fraternité, se déroulera en deux temps : d'abord au sein des équipes synodales, partout à travers le diocèse, puis, plus solennellement, lors de l'assemblée synodale qui réunira vos délégués.

Elle se concrétisera donc d'abord au sein des équipes synodales où vous êtes tous invités à convier des amis, des voisins, des collègues de travail, croyants ou non-croyants. Vous pourrez y échanger entre vous sur ce que vous avez déjà vécu du « prendre soin les uns des autres » dans vos familles, dans les quartiers, le milieu de travail, en paroisse et dans la société. Vous pourrez aussi réfléchir à la manière dont l'Esprit invite notre Eglise à aller encore plus loin sur ce chemin.

Dans cette expérience, il ne s'agit pas de se précipiter vers des solutions toutes faites mais d'abord de se laisser interroger par ceux qui traversent des épreuves. Car écouter celui qui souffre et qui pleure, c'est faire la rencontre de Jésus lui-même : « A chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces petits qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait » Mt 25, 40.
Au cœur des équipes synodales, nous allons être conduits à vivre une véritable expérience spirituelle et une expérience de la fraternité dont la source est l'Evangile : « C'est à l'amour que vous aurez les uns pour les autres qu'on vous reconnaîtra pour mes disciples » Jn 13, 35. Cette expérience vous la vivez déjà au sein de vos paroisses, dans vos mouvements, groupes de spiritualité ou de prière.

Elle s'appuie sur une longue tradition de présence évangélique des chrétiens dans l'Est parisien. C'est pourquoi j'ai choisi de faire coïncider le lancement de notre synode diocésain avec les célébrations du 50e anniversaire de la mort de Madeleine Delbrêl, grande figure spirituelle du XXe siècle, témoin du Christ dans notre diocèse, dont le procès en béatification est engagé. A son école, je nous invite à retrouver le sens du témoignage de vie évangélique dans une société déchristianisée.

Ce que vous allez partager ainsi, jusqu'à l'été 2015, sera recueilli par le secrétariat général du synode qui, avec d'autres, cherchera à en faire apparaître les points de convergence, les audaces prophétiques, les appels à aller de l'avant et à ouvrir des pistes nouvelles pour faire découvrir à nos frères et sœurs en humanité qu'ils sont aimés de Dieu.

Cette relecture servira de base de réflexion à l'assemblée synodale proprement dite qui se réunira à partir de l'automne 2015. Elle sera composée de membres élus des paroisses, mouvements et services ainsi que de membres de droit dans la diversité de la communion qui se vit dans notre Eglise.

Les trois sessions de l'assemblées synodales, portées par notre prière commune, offriront à ses membres, à travers une grande liberté de parole et une écoute attentive les uns les autres, de discerner ce que l'Esprit-Saint dit aujourd'hui à notre Eglise et ce qu'il nous invite à entreprendre. A charge pour l'assemblée synodale de le traduire en orientations diocésaines qui seront votées et soumises à votre évêque.

« Le monde est en feu, disait sainte Thérèse d'Avila, ce n'est pas le moment de s'occuper de choses insignifiantes ». Oui, le monde est en feu et il a besoin d'hommes et de femmes qui se laissent rejoindre personnellement par le Christ, pour proposer à leurs frères de partager la «Joie de l'évangile» qui transformera leur vie. Et cela, en participant à la construction d'un monde plus juste, un monde de paix, un monde plus fraternel.

Le synode auquel je vous invite culminera le 16 octobre 2016 dans une grande fête qui marquera le 50ème anniversaire de la fondation du diocèse de Créteil. Au cours de cette célébration, seront annoncées les orientations diocésaines, issues de la réflexion des équipes et de l'assemblée synodale. Elles traceront notre chemin commun pour les années à venir et seront mises en application dans les secteurs, paroisses, mouvements et services.

Le synode, c'est l'affaire de tous les baptisés qui ont donné leur foi au Christ et de tous ceux qui veulent partager leur espérance. Aujourd'hui je vous y invite. J'ai besoin de vous pour qu'il porte beaucoup de fruits.

Monseigneur Michel Santier
Votre évêque