UN CONTEXTE PORTEUR POUR L’ŒCUMENISME

Contrairement à ce qu’on entend dire parfois, en Europe comme au niveau mondial l’œcuménisme, loin de s’essouffler, se porte plutôt bien.

Le dialogue théologique connaît de spectaculaires avancées depuis une vingtaine d’années et au dialogue de la charité des débuts a succédé le dialogue de la vérité qui permet d’aborder des questions longtemps très conflictuelles. Avec les Réformés, on réexamine ainsi la place de Marie et la nature même de l’Eglise. Avec les Orthodoxes, on n’a plus peur de discuter des Eglises catholiques orientales récemment rattachées à Rome dans des territoires traditionnellement orthodoxes, ou encore du rôle dévolu à l’évêque de Rome dans la communion de l’Eglise universelle.

D’importants documents sont les fruits de ces dialogues bilatéraux et multilatéraux. Comment ne pas citer ici l’extraordinaire « Déclaration commune sur la Doctrine de la Justification », signée au plus haut niveau entre l’Eglise catholique et la Fédération luthérienne mondiale en 1999 ? On peut encore mentionner le texte de convergence émanant en 2013 de la cellule « Foi et Constitution » du Conseil Œcuménique des Eglises et intitulé « L’Eglise – vers une vision commune », ou encore, à l’approche du 5ème centenaire de la Réforme, le rapport de la Commission luthéro-catholique romaine sur l’unité, publié en 2014 et intitulé « Du conflit à la communion. Commémoration commune catholique – luthérienne de la Réforme en 2017 ».

Avec ce dernier document, voici que le dialogue œcuménique ne mobilise plus seulement des exégètes et des théologiens, mais encore des historiens. On découvre ainsi que de nouveaux points de vue sur Martin Luther et la Réforme permettent de dépasser les herméneutiques traditionnelles, anti-protestante ou anti-catholique pour trouver une façon commune de se remémorer les événements passés. Ce travail est essentiel aujourd’hui car, dans l’histoire des séparations chrétiennes, aux motifs théologiques se mêlent toujours beaucoup de facteurs non théologiques, essentiellement d’ordre culturel et politique.

Dans le dialogue entre les chrétiens, il faut donc passer du temps à redécouvrir ce qui nous est commun et isoler les différences séparatrices, pour voir comment elles expriment ou non la foi commune que nous confessons tous dans le Credo de Nicée-Constantinople.

En marge des débats doctrinaux et des accords théologiques, les responsables des diverses Eglises chrétiennes ont su également poser, ces dernières années, des gestes de réconciliation hautement symboliques.

La visite du pape François en Suède, le 31 octobre dernier, le jour même de la fête de la Réformation chère à tous les Protestants, pour marquer le début des commémorations de la Réforme de Luther fait partie de ces gestes éloquents.

Autre signe : Qui aurait pu imaginer, il y a seulement quelques années, que parmi les invités au récent synode romain sur la famille, - invités comme « délégués fraternels » et non plus comme simples « observateurs » -, une femme pasteur baptiste puisse prendre la parole devant le pape et les évêques ?

Dans le monde orthodoxe, qui aurait parié sur la tenue effective d’un concile panorthodoxe promis depuis si longtemps et toujours différé ? Et pourtant, il eut bien lieu !

La rencontre du pape François et du patriarche Cyrille de Moscou, le 12 février 2016 à Cuba, fut aussi, de l’avis même de ses protagonistes, un « événement œcuménique d’une portée historique » et un grand pas pour réparer le schisme de 1054. Elle faisait d’ailleurs suite à de nombreuses rencontres entre le pape de Rome et le patriarche œcuménique de Constantinople.

A ces marqueurs officiels et médiatiques d’un œcuménisme bien vivant, il faut aussi ajouter un œcuménisme de terrain dont nous pourrons signaler quelques expressions sur notre diocèse.