PELERINAGE A MONTMARTRE LE 6 FEVRIER : INTERVENTION DE MGR SANTIER

DIEU EST MISÉRICORDE
Intervention de Monseigneur Michel SANTIER
Pèlerinage à Montmartre
Le samedi 6 février 2016

Chers pèlerins,

Je voudrais vous remercier parce si vous êtes venus c’est parce que plusieurs d’entre vous, dans leur paroisse, vivent des temps d’adoration. Ce n’est pas encore possible partout, à travers le diocèse, mais je voudrais vous remercier de veiller dans la prière et de vivre l’adoration. Pourquoi ? L’adoration dit tout simplement que ceux qui adorent le Seigneur ne comptent pas uniquement sur leurs seules forces pour bâtir le Royaume, pour annoncer l’Évangile. Vivre ce temps gratuit devant le Seigneur signifie que notre Église vit aujourd’hui du don de Dieu, du don de l’Esprit et qu’elle n’est pas simplement une construction humaine.

Ceci est essentiel. Je vous invite à continuer, à persévérer dans cette adoration gratuite de l’amour du Seigneur, en priant pour notre diocèse qui est en synode, en priant pour les prêtres, les diacres, les consacrés (aujourd’hui nous avons vécu dans la cathédrale la clôture de l’année de la vie consacrée), les foyers chrétiens. Toutes ces vocations sont en symphonie, en complémentarité. Que cette symphonie continue à se vivre.

Pourquoi le pape François a-t-il voulu cette année du jubilé de la miséricorde ?
Je ne sais pas si vous vous souvenez de la première sortie du pape, qui nous dit que l’Église doit ‘’être en sortie’’, comme Jésus qui a quitté Capharnaüm pour aller au dehors. Le premier geste que le pape a fait, c’est de se rendre à Lampedusa où débarquent au péril de leur vie beaucoup de gens contraints de fuir leur pays. Il a parlé alors de l’indifférence, de la globalisation, de la mondialisation de l’indifférence. La miséricorde, c’est tout le contraire.
En latin, dans le mot misericordia, vous avez le mot ‘’miserere’’, prends pitié et le mot ‘’cordis’’, le cœur. La miséricorde, c’est le cœur de Dieu qui prend pitié, qui a compassion. Le cardinal Kasper, qui a écrit un beau livre sur la miséricorde, dit avec force que la miséricorde n’est pas un attribut de Dieu ; c’est l’être même de Dieu, c’est le nom même de Dieu. Dans le livre de l’Exode (34,6-7) quand Moise demande au Seigneur ‘’Fais-moi voir sa gloire’’, le Seigneur lui répond :

Tu me verras de dos et le Seigneur crie son nom : Dieu de miséricorde, de tendresse, lent à la colère, plein de fidélité. Là, ce sont des attributs de Dieu mais le nom même de Dieu est miséricorde, c’est l’être même de Dieu.

Quand le pape François décide cette année de la miséricorde, il veut que le nom de Dieu, l’être même de Dieu soit révélé à notre monde, notre monde contemporain. Or, notre société française est une société sécularisée, laïque, un monde sans référence à Dieu, un monde où l’on cherche souvent à vivre sans Dieu, à mettre Dieu en marge de la société. Mais alors même que l’on affirme cela, on n’a jamais autant parlé de Dieu, des religions. Mais quand on parle de religion, à la TV notamment, on en parle souvent comme si elles étaient facteur de guerre. J’avoue avoir été transpercé par la question d’un enfant de CM 1 lors d’une visite pastorale qui m’a posé cette question : pourquoi les religions sont-elles facteur de guerre ? C’est cela qu’il avait retenu. Le pape perçoit qu’à travers ce jubilé de la miséricorde, il s’agit de révéler le vrai visage de Dieu. Comme l’ont redit les papes Jean-Paul II, Benoit XVI et François, se servir du nom de Dieu pour justifier la violence est une négation totale de Dieu et de l’homme. Il s’agit de révéler le vrai visage de Dieu.

Souvent, malgré des années de catéchèse qui ont insisté sur l’Évangile, sur Jésus, qui révèlent l’amour, la bonté, le visage de miséricorde de Dieu, nos contemporains sont habités par de fausses images de Dieu, un Dieu qui juge, qui condamne, qui fait peur car s’il demande un peu il demandera tout ; un Dieu qui demande des comptes ! Et cela montre que le paganisme continue à monter dans notre pays, ce sont car là des images païennes de Dieu. Et le pape, en décrétant cette année de la miséricorde, veut révéler au monde le vrai visage de Dieu qui est miséricorde.

Dans la bible, par exemple, lors de la scène du buisson ardent quand Dieu se révèle à Moise le Seigneur dit lui-même (Ex 3) : J’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte. J’ai entendu son cri devant ses oppresseurs ; oui, je connais ses angoisses. Je suis descendu pour les délivrer de la main des Égyptiens’’. C’est un texte fondamental. Dieu n’est pas indifférent à la souffrance, à la misère ; Dieu, au contraire a un cœur ouvert, compatissant, vis-à-vis de son peuple et il voit et il entend. Je me souviens de ce que disait le père Loew, qui a fondé à Marseille la mission Saint Paul, disait ‘’Qu’est-ce qu’un pauvre ?’’ Un pauvre, c’est quelqu’un que personne n’écoute.

Et Dieu est celui qui nous écoute, qui voit les souffrances de son peuple, qui entend son cri.

Il y a un autre beau passage dans l’AT qui nous permet aussi d’entrer dans la compréhension de ce qu’est la miséricorde ; c’est le livre du prophète Osée qui nous parle de l’alliance entre Dieu et son peuple à travers l’image d’une femme qui n’est pas restée fidèle, comme le peuple qui n’est pas resté fidèle à l’Alliance et qui s’est prostitué à travers le culte rendu aux idoles. Le prophète est toujours celui qui rappelle ce que Dieu a fait pour son peuple. (ch. 11). Quand Israël était jeune je l’aimais et, d’Égypte, j’ai appelé mon fils. Ici, Osée rappelle au peuple, en quelques mots, son origine. Dieu l’a appelé ; c’est le début de la création du peuple ; et je l’aimais. Ici comme le verbe est à l’imparfait, cela signifie que cela dure dans le temps. Dieu n’a jamais cessé d’aimer son peuple.

Israël était jeune, je l’aimais et d’Égypte, j’ai appelé mon fils. La sortie d’Égypte pour Osée est un appel parce que cette sortie, cette libération de l’esclavage, va être la fondation du peuple ; et Osée rappelle au peuple cette fondation, cet appel. Le peuple n’est plus esclave aux yeux de Dieu. Mais là est décrite la situation que voit Osée à son époque.
Mais plus on les appelait, plus ils s’écartaient ; aux Baals ils sacrifiaient, aux idoles, ils brûlaient de l’encens.
Osée constate que les croyants se sont détournés du Seigneur pour se tourner vers les idoles.
Et le prophète rappelle ce que Dieu a fait pour son peuple. Nous avons de très belles images :
Et moi, j’avais appris à marcher à Israël. Je les prenais par les bras et ils n’ont pas compris que je prenais soin d’eux.
Il y a parmi vous des parents et grands-parents ; j’ai remarqué cela à Noël alors que j’étais en famille : un enfant faisait ses premiers pas et l’on voyait la joie des parents ! Oui, c’est le Seigneur qui avait appris à marcher à Israël, avec cette belle image. Mais, malgré cette tendresse, ils n’ont pas compris que je prenais soin d’eux. Prendre soin, c’est une expression proche de la miséricorde.

Je les menais avec des attaches humaines, avec des liens d’amour.
Ici parait une nouvelle image de Dieu. Il y a une image maternelle après une image paternelle :
J’étais pour eux comme ceux qui soulèvent un nourrisson tout contre leur joue, je m’inclinais vers lui et je le faisais manger.
Voici cette belle image d’un Dieu père et mère.

Ensuite, Il ne reviendra pas au pays d’Égypte mais Assur sera son roi. Situé entre la Syrie et l’Égypte, le peuple d’Israël mettra son salut tantôt vers l’Égypte, tantôt vers la Syrie ; mais cela se retournera contre eux : Puisqu’il a refusé de revenir à moi l’épée sévira dans ses villes, elle anéantira ses verrous, elle dévorera à cause de leurs desseins.

Vous nous parlez de la miséricorde, allez-vous me dire ! Et ici, on nous montre au contraire la colère de Dieu comme si elle s’opposait à la miséricorde ! Mais il n’y a pas de colère en Dieu. Cela est un sentiment humain. La colère n’est pas un ‘’affectum’’ disait saint Thomas, mais un ‘’effectum’’ en l’homme. La colère n’est pas un sentiment que l’on peut attribuer à Dieu, mais l’homme qui est séparé de Dieu à cause de ses fautes, ressent finalement cet éloignement de Dieu comme s’il était l’objet de sa colère.

Et Osée poursuit : Mon peuple est cramponné à son infidélité. On les appelle en haut, pas un qui se relève ! Et voilà que dans les versets suivants apparait ce qui se passe en Dieu : Comment t’abandonnerai-je, Éphraïm, te livrerai-je Israël ? La logique voudrait que Dieu abandonne son peuple !

Comment te traiterai-je comme Adma, te rendrai-je semblable à Ceboyim ? Mon cœur en moi est bouleversé, toutes mes entrailles frémissent. Je ne donnerai pas cours à l’ardeur de ma colère, je ne détruirai pas à nouveau Éphraïm car je suis Dieu et non pas homme ; au milieu de toi, je suis le Saint et je ne viendrai pas avec fureur.

Et le cœur de ces paroles, c’est La seconde partie du verset 8 : Mon cœur en moi est bouleversé, toutes mes entrailles frémissent. En hébreu, ici, nous avons le mot rahamin, les entrailles d’une mère ; ce qui donne la vie, c’est un mot proche du mot ‘’utérus’’. Les entrailles, le cœur de Dieu est bouleversé et retourné comme celui d’une mère lorsque l’on touche à son enfant. Vous savez que, lorsqu’on fait du mal à l’un de ses enfants, une mère est totalement retournée. Voilà l’image du Dieu de miséricorde, de Dieu totalement bouleversé de voir le peuple s’écarter de Lui et se tourner vers les idoles.

Dans ce mot miséricorde, il nous est dit qu’il ne s’agit pas seulement de l’effacement du péché ; dans sa miséricorde, son amour, Dieu nous réengendre à la vie. Sans doute le pape François a-t-il été frappé, lorsqu’il était archevêque de Buenos-Aires mais aussi dans sa situation actuelle, de voir les forces de mort à l’œuvre dans le monde. Ce que le pape souhaite en remettant l’accent sur l’être même de Dieu c’est que les baptisés, les chrétiens, ceux qui vont découvrir Dieu, soient réengendrés à la vie et découvrent leur vocation profonde : la vocation d’être créé à l’image et à la ressemblance de Dieu ; la vocation pour les baptisés d’être fils et filles bien-aimés du Père, d’être enfants de Dieu. Et que ceux qui croient qu’ils ne sont pas dignes d’être aimés, qu’ils n’ont pas leur place dans l’Église, puissent découvrir leur dignité et qu’ils ont leur place dans l’Église.

Vous savez aussi, c’est ce que je perçois comme évêque à travers beaucoup de rencontres, que les hommes et les femmes d’aujourd’hui, comme les enfants, ont besoin de reconnaissance. Je disais au début que l’un des maux de notre époque, c’est l’indifférence ; qu’est-ce qui va pouvoir aujourd’hui répondre à ce mal ? C’est la reconnaissance ; faire en sorte que chacun soit reconnu, réengendré à l’amour et à la vie. J’ai reçu une lettre il y a quelques jours. Vous savez comment, à la sortie d’une célébration, les mamans aiment à présenter leur enfant à l’évêque ; alors, je les bénis et, comme le pape François à la demande de la maman, j’ai embrassé le bébé ; dans sa lettre cette femme me disait ce que cela avait représenté pour elle : ‘’quelque chose de très fort ; pour moi, c’est l’amour de Dieu et de sa miséricorde’’. Une expérience pour elle et son enfant de la miséricorde de Dieu.

C’est à cela que veut nous inviter le pape en cette année de la miséricorde parce que, pour lui, l’annonce de l’Évangile, la proclamation du Royaume de Dieu, ne se fait pas seulement à travers des paroles. Jésus proclamait l’amour de Dieu par des paroles, mais aussi par des signes, des guérisons ; et, pour le pape François, Jésus est le visage miséricordieux du Père. Si nous voulons contempler la miséricorde du Père, il nous faut contempler Jésus dans l’Évangile. Pour le pape, Jésus avait des mains et il proclamait cette miséricorde par des gestes. Il a imposé la main au lépreux qui était un intouchable, exclu du village ; et si Jésus lui demande d’aller se montrer au prêtre qui devait constater la guérison et le reconnaitre guéri ; il pouvait alors être réintégré dans la communauté de la synagogue. C’est là un geste de salut. On voit aussi que Jésus bénissait et imposait les mains aux enfants ; il a aussi fait des gestes vis-à-vis de l’aveugle de Siloé, des sourds.

C’est une invitation que le pape a dans son cœur, que nous aussi chrétiens, nous posions à la suite de Jésus des gestes de miséricorde parce que nous avons des mains. Un des passages que vous connaissez tous, l’appel de Lévi dans l’évangile de Matthieu (9,9) :

En passant, Jésus vit un homme assis au bureau de la douane, appelé Matthieu, et il lui dit : ‘Suis-moi’. Et se levant, il le suivit.

Si vous êtes allés à Rome et que vous avez visité Saint Louis des Français, vous avez vu ce magnifique tableau du Caravage. Vous aurez remarqué le geste de Matthieu qui se sent appelé par le Seigneur. Et finalement, à travers sa miséricorde, Dieu nous appelle et appelle chacun.

Comme je le disais à propos de la reconnaissance, lorsque nous vivons une rencontre vivante et personnelle avec le Seigneur, nous nous disons : c’est bien moi ? C’est toi que j’appelle. Et cette parole ‘’Suis-moi’’ est une parole très forte que l’on trouve dans l’Évangile. C’est la parole qui crée le disciple ; quand Jésus parle, sa parole accomplit ce qu’elle dit. Dans cet appel, ‘’Suis-moi’’, cela transforme sa vie et marque un tournant. Ensuite, Jésus se trouve à table dans la maison. Il est là avec des publicains (Mt 9,9) :

Comme Jésus était à table à la maison, voici que beaucoup de publicains (c’est-à-dire des collecteurs d’impôts) et beaucoup de pécheurs vinrent prendre place avec lui et ses disciples. Voyant cela, les pharisiens disaient à ses disciples : ‘Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs ?’ Jésus, qui avait entendu, déclara : ‘Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Allez donc apprendre ce que signifie : c’est la miséricorde que je veux et non le sacrifice. En effet, je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs’.

Comment nous, aujourd’hui, pouvons-nous signifier que Jésus appelle les publicains et les pécheurs ? Comment pouvons-nous signifier cette parole : ‘’C’est la miséricorde que je veux’’ ? Que voit-on quand on regarde l’effet de cette parole dite à Matthieu, assis à sa table et accomplissant son métier ? La force de cette parole le fait se lever, quitter son bureau, tout abandonner et suivre Jésus ! Qu’est-ce qui va être pour des hommes et des femmes aujourd’hui qui, dans notre société où la sécularité a créé un grand vide, qu’est-ce qui va faire que des personnes vont pouvoir trouver une source qui va combler ce vide ? C’est la miséricorde, répond le pape. Ce sont les gestes de miséricorde que, comme chrétiens, nous pouvons poser.

Il y a aussi ce beau passage de l’évangile de Luc (19,1-9) que vous connaissez par cœur et j’espère aussi par le cœur.

Entré dans la ville de Jéricho, Jésus la traversait. Or, il y avait un homme du nom de Zachée ; il était le chef des collecteurs d’impôts, et c’était quelqu’un de riche. Il cherchait à voir qui était Jésus, mais il ne le pouvait pas à cause de la foule, car il était de petite taille.Il courut donc en avant et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui allait passer par là. Arrivé à cet endroit, Jésus leva les yeux et lui dit : « Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. Vite, il descendit et reçut Jésus avec joie. Voyant cela, tous récriminaient : « Il est allé loger chez un homme qui est un pécheur. » Zachée, debout, s’adressa au Seigneur : « Voici, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. » Alors Jésus dit à son sujet : « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham. En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. »

Il était de petite taille ! Il avait, bien que riche, une faiblesse : il était petit de taille ! Tous, nous avons une faiblesse, des limites, mais c’est souvent une grâce parce que c’est par cette faiblesse que Dieu peut agir dans nos vies.

Il courut donc en avant et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui allait passer par là. Paradoxalement, c’est Jésus qui le voit en premier ; c’est Jésus qui lève les yeux vers lui. La miséricorde, c’est cela ; elle nous fait découvrir que le premier geste de Dieu envers nous, c’est la miséricorde, c’est Dieu qui nous aime le premier. Les parents savent bien que leur amour est premier et que, si un jour l’enfant peut répondre à un sourire, c’est parce qu’il se sait aimé ; alors, il peut lui aussi donner de l’amour. Et ici, c’est Jésus qui porte son regard vers Zachée. Celui-ci n’a pas mérité que Jésus porte sur lui son regard d’amour. C’est là le paradoxe de l’Évangile ; souvent, ce sont les malades qui vont vers Jésus, mais c’est Jésus qui va au-devant des pécheurs. Et là, Jésus leva les yeux et lui dit : Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. Jésus fait un geste et dit une parole. Je perçois combien il est important que des personnes puissent accueillir.

Vite, il descendit et reçut Jésus avec joie. Mais tous disaient : Il est allé loger chez un homme qui est un pécheur. Voilà l’attitude de ceux qui regardent de l’extérieur et n’ont pas été touchés par la miséricorde, par ce regard de Jésus ; lui, Zachée a été touché, il a fait une rencontre et c’est cela qui fait qu’il change de comportement. Jésus ne lui a fait aucune remarque, aucun reproche. Et Zachée dit :

Voici, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus.

C’est la miséricorde de Jésus, qui est le visage de la miséricorde du Père, qui a touché le cœur de Zachée et qui provoque en lui la conversion, une transformation, qui provoque un changement. Un changement qui touche quelque chose de très profond, c’est l’attachement à l’argent, au pouvoir de l’argent. C’est l’attitude de Jésus, les gestes de Jésus, son regard, qui provoquent la conversion.

Le visage de la miséricorde de Dieu, ce n’est pas le ‘’laisser-tout-faire’’. Quand Dieu manifeste sa miséricorde, c’est pour la conversion du pécheur, c’est pour notre conversion. La difficulté, c’est que nous faisons souvent l’inverse. Nous croyons que la conversion est le fruit de nos efforts ou le fruit des efforts que nous pourrions demander aux autres. Non ; voici ce qui nous est révélé ici : c’est quand se vit la rencontre avec le Christ qui nous conduit à Dieu le Père, que se produit en nous un changement, une conversion. Et Dieu désire cette conversion ; il ne veut pas que nous demeurions dans un état de médiocrité ! Et si le pape a voulu cette année de la miséricorde, c’est qu’il espère dans notre monde, dans le cœur des chrétiens, des changements profonds, une conversion ; des changements profonds dans la relation avec Dieu, des changements profonds dans les relations entre les hommes, des changements au niveau de la société. Ce n’est pas une année de plus pour occuper le temps !

Le pape, cette année, désire que nous vivions une conversion, des changements dans notre vie. Le pape François, dans une interview répondait à la question ‘’qui êtes-vous ?’’ : ‘’Je suis un pécheur pardonné’’ ; c’est une réponse étonnante. ‘’Je suis un pécheur miséricordié’’, celui qui a fait l’expérience de la miséricorde de Dieu. Cela est très important et à travers l’appel de Jésus à Matthieu, on entend cette parole du prophète Osée (6,6) : Allez apprendre ce que veut dire : c’est la miséricorde que je veux.

A travers cela, le pape perçoit aussi que l’une des tentations qui existe au sein de l’Église, c’est le légalisme : mettre la loi avant la conversion. Et je vous ai dit que la miséricorde, ce n’est pas faire n’importe quoi ; c’est la miséricorde afin que celui qui est ‘’miséricordié’’ se convertisse et réponde aux exigences de l’Évangile et se mette à marcher à la suite du Christ. Peut-être que certaines personnes pensent qu’il suffit de rappeler la loi ; la loi est importante, mais elle ne suffit pas. Et le pape nous dit que si nous accueillons pour nous-mêmes la miséricorde de Dieu (et c’est pour cela qu’il souhaite qu’en cette année, beaucoup redécouvrent le sacrement du pardon), et que l’ayant accueillie, nous dépassions le légalisme, nous dépassions nos indifférences et que, comme Dieu, nous ayons un cœur qui prend soin, qui prend pitié, qui a compassion pour tous ceux qui souffrent. A celui qui souffre, la réponse n’est pas tant un discours que d’être à son côté, de l’accompagner sur sa route, sur son chemin.

Alors Seigneur, donne-nous un cœur de miséricorde. Viens nous visiter en cette année de la miséricorde. Viens nous donner la grâce d’en faire l’expérience, peut-être en cette nuit d’adoration. Que nous en soyons les témoins et que nos transformations nous fassent sortir de l’indifférence. Fais que notre monde en soit renouvelé et transformé.

La miséricorde du Seigneur, à jamais, je la chanterai

+ Michel SANTIER
Évêque de Créteil