Les Diacres

Diacre : pour qui ? Pour quoi ?

L'institution des diacres remonte aux premiers temps de l'Eglise, où, les communautés naissantes grandissant, il fallait bien un minimum d'organisation. Les Actes de Apôtres, au chapitre 6, en témoignent. Aux Apôtres la prière et la Parole, aux diacres (même si le mot n'est pas employé) le service, l'intendance dirions-nous… Et aujourd'hui.

Aux premiers siècles, les diacres étaient directement lié à l'évêque pour des tâches au service des pauvres, des indigents, et partant de l'administration matérielle des biens de l'Eglise locale. Entrant en compétition avec les prêtres, ils vont vouloir sous-traiter leurs fonctions, et se cantonner à l'action liturgique ; c'est ce qui va les perdre, et le diaconat ne restera alors qu'une étape temporaire pour les candidats au sacerdoce.

A Vatican II, il a fallu attendre le deuxième schéma sur l'Eglise pour voir apparaître ce qui allait devenir le n°29 de Lumen Gentium consacré aux diacres.

Ce texte dit clairement que les diacres sont « ordonnés, non pas en vue du sacerdoce, mais en vue du ministère », et il faut comprendre que « ministère » veut dire « service ». Les diacres sont au service du Peuple de Dieu dans la « diaconie de la liturgie, de la parole et de la charité ».

Leurs fonctions sont minutieusement décrites ensuite en une longue liste (« administrer solennellement le baptême, conserver et de distribuer l’Eucharistie, assister, au nom de l’Église, au mariage et le bénir, etc... ») dans un cadre général de consécration aux « offices de charité et d'administration » comme aux premiers siècles de l'Eglise. Toutefois, et depuis 50 ans, la société n'étant plus la même, l'exercice du ministère des diacres permanents a montré des figures très diverses, éloignées de celles des premiers temps de l'Eglise. C'est en partie l'intérêt de ce ministère de « débroussailler » et d'inventer.

Jean-Pierre Baconnet
diacre permanent

LES DIACRES, HIER ET AUJOURD’HUI

Le diaconat est institué dès le Nouveau Testament. Mais tout au long de l’Histoire, sa mission n’a cessé d’évoluer. Le Père Jean-Pierre Roche, délégué au diaconat permanent nous présente ici cette évolution depuis les premiers temps de l’Eglise à nos jours …

Les ministères, dans le Nouveau Testament, portent des noms très variés : il y a les Douze et les Sept, les Apôtres, les Prophètes et les Docteurs (ceux qui enseignent la doctrine, on dirait aujourd’hui les théologiens), selon 1 Co 12,28, les Evangélistes, les Pasteurs et les Guides, mais aussi les Surveillants (épiscopes), les Anciens (presbytres) et les Serviteurs (diacres).

LE NOUVEAU TESTAMENT : Les diacres doivent eux aussi mériter le respect, n'avoir qu'une parole, ne pas s'adonner à la boisson, refuser les profits malhonnêtes, garder le mystère de la foi dans une conscience pure. On les mettra d'abord à l'épreuve ; ensuite, s'il n'y a rien à leur reprocher, on les prendra comme diacres. Pour les femmes, c'est la même chose : elles doivent mériter le respect, n'être pas médisantes, mais mesurées et fidèles en tout. On choisira comme diacre l'époux d'une seule femme, un homme qui mène bien ses enfants et sa propre famille. Les diacres qui remplissent bien leur ministère sont très estimables et peuvent avoir beaucoup d'assurance grâce à leur foi au Christ Jésus.
Saint Paul, 1° lettre à Timothée 3, 8-13.

Dès le deuxième siècle, les églises locales ont à leur tête un évêque qui est entouré d’un Conseil de presbytres et souvent de sept diacres, qui sont surtout chargés des biens matériels et des pauvres.

LA DIDASCALIE (III° siècle) : Les diacres, dans leur conduite, prendront modèle sur l’évêque (…) Ils rendront à tous les services dont ils ont besoin, aux personnes âgées qui n’ont plus de force, comme aux frères et aux sœurs qui sont malades. La femme (diacre) s’occupera activement du service des femmes et l’homme, diacre, du service des hommes. Il sera prêt à accomplir et à exécuter l’ordre de l’évêque. En quelque lieu qu’il soit envoyé pour servir ou pour dire quelque chose à quelqu’un, il travaillera et prendra de la peine.(…) Il vous faut donc, diacres, visiter tous les indigents, et faire connaître à l’évêque ceux qui ont besoin.

Les diacres vont exercer des pouvoirs importants car ils sont auprès de l’évêque, en particulier avec la figure de l’archidiacre qui était une sorte de « vicaire général » représentant son évêque au Concile, gérant les biens du diocèse, formant les jeunes clercs et administrant le diocèse en cas de vacance. Mais progressivement, le diaconat ne sera plus qu’une fonction liturgique et deviendra une simple étape vers la prêtrise. Malgré l’exemple de François d’Assise qui refuse la prêtrise mais est ordonné diacre pour pouvoir prêcher, le diaconat permanent va disparaître pendant presque un millénaire.

VATICAN II : Le ministère ecclésiastique, institué par Dieu, est exercé dans la diversité des ordres par ceux que, déjà depuis l’antiquité, on appelle évêques, prêtres, diacres (Lumen gentium n° 28). Selon les dispositions prises par l’autorité qualifiée, il appartient aux diacres d’administrer solennellement le baptême, de conserver et distribuer l’Eucharistie, d’assister au nom de l’Eglise au mariage et de le bénir, de porter le viatique aux mourants, de donner lecture aux fidèles de la Sainte Ecriture, d’instruire et exhorter le peuple, de présider au culte et à la prière des fidèles, d’être ministres des sacramentaux*, de présider aux rites funèbres et à la sépulture. Consacrés aux offices de charité et d’administration, les diacres ont à se souvenir de l’avertissement de St Polycarpe : « être miséricordieux, zélés, marcher selon la vérité du Seigneur qui s’est fait le serviteur de tous ». Comme la discipline actuellement en vigueur dans l’Eglise latine rend difficile, en plusieurs régions, l’accomplissement de ces fonctions extrêmement nécessaires à la vie de l’Eglise, le diaconat pourra dans l’avenir être rétabli en tant que degré propre et permanent de la hiérarchie. (…) Si le Pontife romain y consent, ce diaconat pourra être confié à des hommes mûrs, même mariés, ainsi qu’à des jeunes gens aptes à cet office, mais pour lequel la loi du célibat doit demeurer ferme. (Lumen gentium n° 29)
*Sacramentaux = rites non sacramentels comme les bénédictions

Le Concile Vatican II va « rétablir » le diaconat comme un ministère « permanent », distinct du ministère presbytéral, pour des raisons essentiellement pastorales, comme l’indiquent les textes. Si la diminution du nombre des prêtres a beaucoup joué dans cette décision, on découvrira vite que ce rétablissement est une chance pour l’Eglise et sa mission. Ordonnés non pas à la présidence des communautés, mais pour le service des hommes, et surtout de ceux qu’on risque d’oublier, les diacres vont être signes et sources de renouveau pour les chrétiens qui redécouvrent que la diaconie est essentielle à la foi chrétienne parce qu’elle est « le service de la fraternité ».

LES EVEQUES FRANÇAIS (1970) : Les évêques français marquent leur préférence pour des diacres qui, quotidiennement en contact des hommes grâce à leur situation familiale et professionnelle puissent, en pleine vie, témoigner du service que le Peuple de Dieu doit rendre aux hommes à l’exemple du Christ. Les premiers diacres ont été choisis en tenant compte de leurs engagements en différents secteurs de la vie des hommes et de leur appartenance à des unités pastorales déjà engagées dans la même action missionnaire. Les diacres permanents participeront aussi d’une manière qui leur sera propre à l’effort de l’Eglise hiérarchique pour rencontrer l’incroyance et la misère et se rendre plus présente au monde. Ils garderont leurs engagements antérieurs compatibles avec le ministère diaconal. (Rénovation en France du diaconat permanent).

Les évêques français ont donné une orientation missionnaire à ce nouveau ministère en insistant sur l’engagement des diacres dans la société et sur la vocation de tout le peuple de Dieu à servir les hommes à l’exemple du Christ, plutôt que sur le service des communautés chrétiennes.

JPR

Comment devient-on diacre ?

Et aujourd’hui, comment devient-on diacre ? On ne décide pas tout seul de ce service, on est appelé ! Suivent alors des étapes de discernement et de formation.

Le temps de l’interpellation. Habituellement, on ne se propose pas pour être diacre. L’Eglise de France a fait le choix de prioriser « l’interpellation ». Cela veut dire qu’un jour, un responsable de l’Eglise vient voir un couple et lui demande s’il est prêt à prendre du temps pour réfléchir à la question du diaconat avec d’autres à qui on a posé la même question. Cela veut dire aussi que leur nom a été retenu lors de la réflexion d’une Equipe Pastorale de Secteur ou de l’Equipe diocésaine d’un service ou d’un mouvement qui s’est demandé : qui peut-on interpeler en vue du diaconat ? On repère des hommes, le plus souvent mariés, dont la vie est marquée par le service des autres, dans la société et dans l’Eglise, en particulier le service des « plus petits ». Mais d’autres ont été interpelés de manière plus spontanée par d’autres chrétiens, par un diacre ou un prêtre qui leur a posé la question, et cela les a suffisamment bousculés pour qu’ils en parlent à leur curé qui, dans ce cas, présentera (ou non) le couple au délégué diocésain au diaconat.

Le temps du discernement. Ceux qui ont été interpelés ou présentés sont invités à former pendant un an une « Equipe de recherche et de discernement ». Il s’agit, d’une part, de découvrir l’essentiel de ce qu’est le « diaconat », grâce à des rencontres et des documents, et d’autre part, de permettre à chaque couple de relire leur histoire pour y discerner les signes de l’appel de Dieu, c’est-à-dire les différents appels auxquels ils ont déjà répondus, personnellement et en couple. Au terme de cette année, ceux qui le souhaitent écrivent à l’évêque pour dire qu’ils sont prêts à entrer en formation, si leur candidature est acceptée par le Conseil d’appel et par l’évêque lui-même.

Le temps de la formation. Commence alors l’aventure de la formation qui se fait en région et qui dure quatre années, à raison de quatre week-ends par an. On se forme non seulement au plan biblique, théologique, pastoral, mais on se familiarise progressivement à l’idée d’avoir à vivre et à habiter un « ministère », grâce aux partages avec les autres, aux témoignages de diacres et d’évêques, aux temps de prière, aux « reprises » de chaque week-end sur le diocèse. Naturellement, le discernement continue, tant du côté des couples que du côté de l’Eglise, si bien qu’il arrive que certains arrêtent leur cheminement, ce qui justifie une certaine discrétion. Au cours de la deuxième année, chaque couple (ou célibataire) met en place une « équipe d’accompagnement » composée d’une dizaine de personnes qui font partie de leur environnement (famille, travail, association, paroisse, mouvement…) pour réfléchir avec eux à toutes les questions que se posent les uns et les autres.

Le temps de l’appel et de l’ordination. Un an avant l’ordination, il est demandé à chaque candidat d’écrire à nouveau à l’évêque pour lui partager le chemin parcouru et lui dire sa disponibilité pour être ordonné diacre, car on n’est pas diacre tant qu’on n’a pas été appelé et choisi par l’évêque et tant qu’on n’a pas été ordonné diacre. Une consultation est organisée auprès d’une trentaine de personnes signalées par chacun et le Conseil d’appel se prononce. L’appel de l’évêque est rendu public et il est célébré au cours de « l’admission » : le couple est alors présenté à la « fraternité diaconale » composée de l’ensemble des diacres et des épouses et il reçoit un « parrain ». Une étape intermédiaire, qu’on appelle les « institutions », permet de mettre en valeur le service de la Parole et le service de l’Eucharistie des futurs diacres qui sont institués lecteurs et acolytes. L’ordination se prépare avec tous ceux qui les ont accompagnés et avec ceux avec qui ils font Eglise. Le jour de leur ordination, au milieu de l’assemblée des fidèles qui prient pour eux, l’Evêque impose les mains sur eux pour qu’ils reçoivent le don de l’Esprit Saint : ils deviennent diacres de l’Eglise au service des hommes, au nom du Christ serviteur. Ils reçoivent une mission particulière ce jour-là, mais si le ministère est permanent (pour toute la vie), la mission confiée peut changer.

Le temps du ministère. Enfin, c’est l’exercice même du ministère qui permet à chacun de « devenir diacre », grâce à des « équipes de reprise du ministère », à la formation permanente, à la retraite annuelle et aux journées fraternelles, mais surtout grâce à la rencontre des hommes et des femmes qui font appel à leur ministère.

JPR

Jean-Clément Pouillart … ordonné en juin 2012

Jean-Clément Pouillart est le dernier diacre (pour l’instant !) à avoir été ordonné. Il nous témoigne de ce qu’il a vécu le 17 juin dernier.

Né à Clichy La Garenne, il y a 55 ans. J’ai grandi à Bobigny où mes parents vivent aujourd’hui. Marié depuis 30 ans à Dominique, nous avons un fils Alexandre. Facteur depuis 30 ans, d’abord à Paris puis à Saint Maur.

Nous vivons à Jonville-le-Pont, le père Bernard Biéri, curé de notre paroisse, m’a interpellé en vue du diaconat. Plusieurs années de formation, de partage m’ont conduits jusqu’au jour de mon ordination par Monseigneur Michel Santier. Naturellement inquiet, pourtant on m’avait dit : « laisse-toi porter ! ». Facile à dire, connaissant mon tempérament…

Dans la cathédrale, j’eus la surprise de voir le Père Antony, d’origine Indienne ayant résidé quelques années à Joinville, spécialement venu pour cette cérémonie durant ses vacances ; à l’invitation de Dominique avec la complicité du Dr Mathalin-Rivoire paroissien, ami très cher d’Antony. Cela m’a profondément touché.

Voir toutes les personnes ayant répondu à mon invitation ; les diacres avec qui nous avons suivi la formation, Sr Dominique Devillers, figure emblématique de la formation interdiocésaine pour le diaconat , les paroissiens de différents secteurs, les amis de province, les personnes handicapées, les collègues, les clients, les voisins, les commerçants, chrétiens ou non, tous venus m’entourer, sous le regard du Seigneur.

Des témoins ont partagé ce que je vivais avec eux, preuve que nous ne sommes pas chrétien tout seul. C’est ensemble que nous avançons dans la foi au quotidien. Le témoignage d’Alexandre, l’acceptation de Dominique, nous nous aimons, nous partageons tout. Nous avons élevé Alexandre avec beaucoup d’attention, recevoir en ce jour d’ordination ses mots d’amour, de remerciements a été un merveilleux cadeau.

L’Eucharistie, aux côtés de notre évêque, entouré de tous les prêtres, de l’ensemble des diacres du diocèse, je l’ai ressentie comme une grâce avec le sentiment d’être « pierre vivante » de l’Eglise.

Cette ordination me rend involontairement plus visible, un autre regard se pose sur moi, une grande émotion au moment de la prostration ; s’abaisser, se donner au Seigneur, laisser la prière vibrer dans son corps. « Donnez et vous recevrez » : ce 17 juin j’ai reçu bien plus que ce je ne pourrais donner.

Jean-Clément Pouillart
Diacre permanent

Diacre pour quelles missions ?

Restauration du diaconat permanent certes, mais pour quelles missions ? D’ailleurs on dit mission ou ministère ? Daniel Roublot et Alain Smith, deux diacres permanents nous entraînent dans les fondements mêmes du diaconat.

Mission et ministère
Le ministère diaconal est un ministère ordonné, ce qui fait du diacre un "homme d'Eglise" au milieu des autres hommes et partageant leurs conditions de vie ; tout en conservant sa place dans la société et dans son métier, il se trouve associé d'une façon particulière et permanente au service de la communauté des chrétiens et de tous ceux qu'il est amené à rencontrer : il est "au service" non seulement de l'Eglise, mais des hommes dans leur ensemble.

Lors de son ordination, le diacre reçoit le don de l'Esprit et se voit conférer par son Evêque une mission, laquelle est rendue publique dans une lettre qui est lue devant l'assemblée. Mais ce qui est important, c'est bien évidemment le sacrement lui-même et non la mission. En d'autres termes, il faut éviter d'identifier le diacre à cette mission, d'autant plus que la mission initialement attribuée au diacre peut être modifiée par la suite.

Ordonnés "pour le service", les diacres doivent être à l'écoute des aspirations des communautés chrétiennes, mais ils doivent aussi témoigner de la volonté de l'Eglise d'être proche des gens et de prendre soin de ceux qui souffrent dans leur corps et/ou dans leur cœur ou qui sont les plus éloignés d'elle. L'attention à tous ceux qui vivent des pauvretés sociales, affectives, morales et/ou religieuses est au cœur même du ministère diaconal. Ce ministère a une triple dimension puisque le diacre est à la fois ministre de la Parole, ministre de la liturgie et ministre du service, la difficulté étant souvent pour lui de trouver un juste équilibre entre ces trois aspects de son ministère.

En tant que ministre du service, le diacre, au-delà des missions spécifiques qui peuvent lui être confiées par son Evêque, doit collaborer avec tous ceux, chrétiens ou pas, qui œuvrent en faveur de la justice, du respect de la dignité de tout être humain et de la paix. Collaborateur de l' Evêque, il a une mission dont le champ dépasse en général celui d'une paroisse et doit avoir pour souci premier les "pauvres", quelles que soient les formes de pauvreté, et ceux qui sont le plus loin de l'Eglise, avec une présence active au monde qui ne doit jamais être négligée.

Daniel Roublot
Diacre permanent

Le ministère du diacre, un ministère à deux mains

La main gauche du diacre : c’est le ministère de la Charité…
« Caritas in veritate » L’amour en vérité, les diacres sont tous appelés particulièrement à vivre la charité, à vivre l’amour du Christ pour tout homme, pour toute femme de notre monde. Vivre la charité, mais aussi rappeler à nos communautés, que sans la charité, sans l’amour, nos célébrations, nos prières, sonnent creux. « S’il me manque l'amour, je suis un métal qui résonne, une cymbale retentissante » 1 Co 13,01. Chaque diacre reçoit une mission particulière pour vivre ce ministère de la charité. Cette étole, que le diacre porte en diagonale sur l’épaule, est le signe de ce service aux plus démunis. Si le diacre la porte sur l’épaule gauche, monsieur le Maire la porte sur l’épaule droite : le même sens du service que l’on appelle « charité » ou « fraternité ».

Avec la main droite du diacre : c’est le ministère de la Parole. 
C’est un ministère bien particulier de proclamer la Parole de Dieu. Car il faut apprendre à se déposséder de cette Parole, qui ne nous appartient pas, pour pouvoir la proclamer et la vivre pour qu’elle soit entendue. Il y a aussi le service de l’homélie : Quel travail ! Ruminer la Parole, mâchouiller les textes de la liturgie pendant des jours, prier, être à l’écoute de ce que Dieu nous dit à travers cette Parole, à travers les évènements du Monde. C’est toujours un long travail, quelquefois douloureux pour notre entourage ! Et la main gauche est en face de la main droite, car lors de son homélie le diacre va pouvoir témoigner du service de la charité, de l’amour du Christ au travers ce que nous vivons les uns les autres.

Quand le diacre lève ses deux mains : c’est le ministère de la Liturgie.
Deux mains qui se joignent l’une à l’autre, comme la future voute de notre cathédrale de Créteil. Le diacre prépare l’autel pour l’Eucharistie. Lors de l’élévation le diacre porte le calice, contenant le sang du Christ présent, avec les deux mains de la Charité et de la Parole. Si le diacre reste alors muet, c’est en témoignage de ceux qui ne sont pas là, de ceux qui sont sans voix, de ceux qui n’ont pas la parole dans notre Eglise. Il porte avec ce calice, tous ceux croisés dans la semaine. « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon Sang. » 2 Co 11,25. Et c’est justement vers ceux qui sont loin de l’Eglise, ceux qui restent sur le seuil de nos églises, c’est vers eux que le diacre nous envoie à la fin de la messe… « Allez-vous en sur les places et les parvis, y chercher mes amis !… »
Et puis ce ministère de la liturgie, c’est aussi la célébration des baptêmes, des mariages et des funérailles. Toujours de très belles célébrations avec des liturgies riches de signes perceptibles si l’on prend le temps de leur donner tout leur sens. Toujours aussi une rencontre avec des femmes et des hommes, souvent loin de l’Eglise, et qui sont tout étonnés de découvrir qu’ils ont toute leur place dans la maison de Dieu ; Dieu qui les attend et leur ouvre grand ses bras…

Mais le diacre doit avoir aussi les deux pieds sur terre :
Car tout ceci ne serait possible sans le soutien de la prière, sans avoir des moments de fondation par un dialogue régulier avec le Seigneur. Et là, çà se complique… Diacre en activité… cela veut souvent dire pour nous : courir après du temps qui manque. Courir après une pendule rendue folle dont les aiguilles avancent toujours trop vite. Nous comptons sur votre soutien par la prière.

Alain SMITH,
Diacre permanent

La fraternité diaconale en Val-de-Marne

Et dans notre diocèse, quelle est la réalité du diaconat permanent. Un état des lieux en quelques chiffres.

 Quelques chiffres
- 49 diacres, dont 2 veufs et 3 célibataires, 41 épouses + 1 délégué diocésain prêtre.
- Parmi les couples, plusieurs ont des femmes chargées de mission ou qui l’ont été. C’est vrai aussi parmi les candidats.
- Sur les 41, 19 sont en retraite professionnelle et 5 ont plus de 75 ans. 30 sont donc en activité professionnelle.
- L’âge moyen de l’ordination est de 50 ans, comme en France.
- 14 candidats sont en discernement ou en formation (interdiocésaine) en septembre 2014 :

  • 2 seront en 4° année
  • 1 sera en 3° année
  • 3 seront en 2° année
  • 3 seront en 1° année
  • 5 sont en Equipe de Recherche et de Discernement (ERD) Secteurs

- 3 secteurs ont plus de 5 diacres : Saint-Maur (7), Champigny (6), Val de Bièvre (7) - 9 secteurs en ont 2 ou 3 : Ivry, St Mandé/Vincennes, Nogent-Bry-Le Perreux, Charenton-Joinville, Sucy, Réveillon, VSG-Valenton, Créteil, Fontenay.
- 4 secteurs n’ont qu’un seul diacre : Villejuif, Vitry, Créteil, Fontenay, Alfortville-MA, Orly-Villeneuve le Roi-Ablon .
- 3 secteurs n’ont aucun diacre : AGKB, Choisy-Thiais, Orly-VLR, Pléqueville (les trois derniers ont quelqu’un en formation ou en discernement). Missions
- 23 sur 49 ont une mission diocésaine (ce qui ne veut pas dire qu’ils n’ont pas de mission sur leur secteur) : 2 à l’évêché, 4 en pastorale des familles, 3 en pastorale de la santé, 1 pour la pastorale des gens du voyage, 2 au conseil de la solidarité, 2 pour le néophytat et le catéchuménat, 2 pour les relations inter-religieuses, 1 pour la pastorale des migrants, 1 pour une fédé JOC, 1 pour les pèlerinages, 1 pour une aumônerie de prison, 2 pour la solidarité, 1 pour le monde des artistes et 1 délégué adjoint et 2 pour le synode.
- Cependant, la moitié a reçu une mission sur leur secteur pastoral :

  • autour des jeunes (aumônerie étudiants, collège, JOC, sportifs, ados…)
  • autour de la famille (CPM, baptêmes, divorcés)
  • autour de la santé (SEM, handicapés…)
  • autour de la solidarité et des migrants
  • pour les milieux populaires
  • pour les recommençants et le catéchuménat

PAROLES DE …

Chacun des paragraphes qui suivent est une « parole » différente.

J'ai découvert que l'Eglise voulait signifier, en ordonnant diacres certains de ses membres, que nous sommes tous (par le baptême) envoyés au service de nos frères et plus spécialement des plus petits.

J'ai été bouleversé le jour où j'ai découvert que l'écoute, l'accueil, la disponibilité, la main tendue vers l'exclu étaient perçus comme un geste de tendresse humaine qui ouvrait à la tendresse de Dieu. Découvrir dans ce chemin d'accompagnement que celui que j'accompagne m'aide à faire un pas de plus dans la foi parce que son histoire me bouscule dans ma foi.

Participer aux journées d'action pour plus d'équité et de justice sociale est très important pour moi; d'abord en tant que travailleur retraité et militant syndical, mais aussi en tant que diacre, présence d'Eglise avec d'autres, parmi ceux qui sont là et en solidarité avec eux.

Etre appelé, c'est un don gratuit de Dieu, mais c'est la promesse que je ne serai pas seul et que, en communion avec l'Evêque, mon ministère sera de vivre la diaconie, de la faire vivre autour de moi et donc d'appeler les chrétiens à servir leurs frères et à se faire proches de tout homme.

Entre diacres existe une très forte et chaleureuse fraternité. Peut-être cela s'explique-t-il par le fait que nous soyons tous appelés au service de la charité : cette charité qui devrait être au centre de toute vie chrétienne, preuve vivante que nous brûlons d'amour pour le Christ et en Christ. Cette fraternité nous pousse à accepter l'autre tel qu'il est avec ses qualités, ses défauts, ses handicaps ...

J'ai mieux compris comment le ministère diaconal a toute sa place dans la "symphonie" que la communauté ecclésiale essaie de jouer. Chacun a à jouer sa partition, chacun représente un instrument indispensable à l'ensemble. Dans ce sens-là, le diaconat ne remplace personne : ni les prêtres, ni les laïcs.

Etre" au seuil", pour un diacre, c'est être là pour faire la passerelle entre les familles qui sont loin de l'Eglise et leur faire découvrir ou redécouvrir le vrai visage de l'Eglise ... être le frère qui va le plus loin possible avec eux, sans jamais les juger, mais leur montrant combien ils sont aimés de Dieu.

Quand j'ai été ordonné diacre, je ne me suis pas engagé à "faire des choses de plus ou de moins" qu'un laïc ou un prêtre, mais simplement à être au service de nos communautés et plus largement "au service de la vie des hommes".

Il est important que chaque femme trouve sa place après l'ordination de son mari, qu'aucun malaise ne puisse s'installer dans le couple et la famille.

C'est quoi vivre le diaconat au jour le jour ? Le service des autres, des plus petits, de ceux qui sont loin afin de les aider à s'en sortir et à grandir. Et, pour moi, les servir ne veut pas dire faire à leur place, mais être à leur côté, les écouter, les interpeller pour les aider à parler, à dire ce qui les fait vivre ou au contraire ce qui les empêche de vivre.

BIBLIOGRAPHIE… pour aller plus loin

- Philippe Warnier : Le diaconat… tout simplement, Ed. de l’Atelier, 1994 Le plus ancien, le plus accessible, écrit par un diacre.

- Alphonse Borras : Le diaconat au risque de sa nouveauté, Lessius-Cerf, 2007 Le plus complet, écrit par un canoniste théologien.

-Cahier de l’Atelier n° 491 : Les diacres, 2001 Des contributions remarquables sur des points précis.

- Etienne Grieu : Un lien si fort – Quand l’amour de Dieu se fait diaconie, Atelier, 2012. Davantage sur la diaconie de l’Eglise, à laquelle les diacres sont ordonnés.