Adapter une cathédrale à une nouvelle ecclésiologie. Le projet du diocèse de Créteil

Extrait de L’adeguamento liturgico, Atti del X Convegno liturgico internazionale, 2013, Edizioni Qiqajon, Comunita di Bose, Magnano, Italia, p.161-174.

 

Le premier « centre cathédral » de Créteil

La création du diocèse de Créteil, au lendemain du Concile Vatican II

Les années 1950-1960 sont pour la région parisienne une forte période d’urbanisation. Les banlieues composées de petites villes, de villages et de terrains déserts voient arriver une population souvent ouvrière, venue de province pour trouver du travail dans les usines en périphérie de la capitale. Pour corriger ce développement hâtif de la banlieue, l’Etat français organise sa restructuration dans un large schéma d’aménagement et crée trois nouveaux départements périphériques en redécoupant les anciens départements de la Seine et Oise et de la Seine. Dans notre pays, marqué par la séparation de l’Eglise et de l’Etat depuis 1905, l’Eglise hésite à calquer la délimitation de ses nouveaux diocèses de région parisienne sur celle des nouveaux départements mais s’y résout finalement pour une meilleure organisation. Ainsi, le diocèse de Créteil, créé le 9 octobre 1966, par le pape Paul VI, couvre tout le département du Val-de-Marne. Il fait partie de la province ecclésiastique de Paris qui réunit les huit diocèses d’Ile-de-France.

Quelle population dans ce nouveau diocèse de Créteil ?

Dès le IVe siècle, des chrétiens se sont rassemblés dans cette région de la vallée de la Marne et ont transmis le message de l’Évangile, de génération en génération. Longtemps les villes du Val-de-Marne furent de simples villages avec leur propre église qui subsiste encore de nos jours, témoignant de cet enracinement de la foi dans un environnement rural. Mais, au cours du siècle dernier, le paysage a bien changé : immeubles, hôpitaux, voies de circulation, centres commerciaux et pistes d’aéroport ont remplacé champs et fermes, chemins vicinaux et bosquets ! La population d’origine sociale très variée se répartit irrégulièrement entre les 47 communes du département : depuis les « villages » du sud-ouest : « Périgny-sur-Yerres », « Mandres-les-Roses », « Marolles-en-Brie », jusqu’aux agglomérations très urbanisées limitrophes de Paris : « Ivry-sur-Seine », « Vincennes », « Cachan ». En 1966, le département compte 1, 121 million d’habitants.

Les priorités ecclésiologiques des premières années

C’est Mgr Robert de Provenchères, premier Evêque de Créteil, qui reçoit la mission d’organiser ce nouveau diocèse, au lendemain du Concile Vatican II. Avant tout, il s’agit pour lui et son conseil épiscopal d’aider à la construction humaine de ce diocèse recomposé, dans lequel le presbyterium est formé par les prêtres issus des diocèses de Paris et de Versailles qui ont volontairement opté pour exercer leur ministère dans cette banlieue. C’est pourquoi, même s’il n’existe pas de cathédrale ancienne sur le territoire du nouveau diocèse de Créteil, la priorité de son évêque n’est pas d’en bâtir une, et de 1966 à 1987, c’est une grande église paroissiale, située à Choisy-le-Roi, qui est utilisée comme cathédrale. Cependant, dans la nouvelle ville de Créteil, Mgr de Provenchères veille à ce que chaque groupe de quartiers ait un lieu de culte catholique et qu’existe un ensemble pastoral plus important avec des locaux destinés éventuellement et ultérieurement aux services de l’évêché, au logement de l’évêque et de ses collaborateurs. Il écrit : « Une ville nouvelle naissait là et il fallait bien que naisse aussi une église afin que les chrétiens puissent se rassembler. Une église qui pourrait devenir ensuite une cathédrale, mais à l’image d’un diocèse né pauvre… C’est pourquoi, je désirais que l’église naisse d’abord dans le cœur des hommes et des femmes. »

Vers la construction du « centre cathédral »

Le débat autour de son emplacement

Pour le premier Maire de Créteil, le général Billotte, le fait que Créteil soit la ville-préfecture de ce nouveau département en fait le siège du nouvel évêché et il propose que la cathédrale soit située sur un emplacement de prestige, près du lac et face à la Préfecture. Mgr de Provenchères et ses vicaires qui souhaitent une implantation plus modeste et moins à l’écart des mouvements de population, ne sont pas favorables à cette proposition. Comme les responsables nationaux de la construction des Eglises qui, dès 1960, ont mené des réflexions sur les caractéristiques de l’architecture religieuse contemporaine en France, l’Evêque de Créteil cherche à favoriser les différents modes d’intégration urbaine, (je le cite) « pour favoriser l’annonce de l’Evangile dans les structures urbaines, la communauté chrétienne doit vivre en symbiose vitale avec le tissu social qu’elle veut évangéliser ». Le nouvel emplacement, proposé par les responsables communaux, dans un quartier proche de l’université, quoique jugé d’abord trop excentré et difficile d’accès, sera finalement accepté par Mgr de Provenchères en 1971 et les échanges avec Charles-Gustave Stoskopf, l’architecte, Grand Prix de Rome, désigné par les urbanistes de la Ville peuvent commencer.

Le cahier des charges de « La Cathédrale de l’an 1970 »

Dès mars 1970, l’Evêque et ses collaborateurs définissent un cahier des charges pour la « cathédrale » ou plus exactement soulignent-ils pour « l’organisme central du Diocèse que nous nommerons ‟ centre cathedral ” » car « Créteil, ville moderne doit avoir non une cathédrale du Moyen-âge mais la première cathédrale moderne ! ». Ce document précise que si autrefois le rassemblement autour de l’Evêque se caractérisait par de grandes assemblées en des monuments dont la splendeur voulait signifier la transcendance de Dieu, aujourd’hui ces rassemblements, devenus très occasionnels peuvent se faire dans des lieux publics utilisés pour d’autres activités de manière à montrer que « la Foi chrétienne en un Dieu transcendant est ‘incarnée’ » c’est-à-dire qu’elle se vit et se proclame au milieu des hommes ». L’objectif du bâtiment « cathédrale » sera plutôt d’être (je cite) « un centre où la vie spirituelle et apostolique de tout le Diocèse trouve sa « tête », c’est-à-dire sa source et son impulsion… dans une légitime diversité apostolique ». C’est pourquoi, ce centre cathédral devra se composer d’un lieu de culte de taille moyenne et de tout l’équipement permettant des temps de rencontre des responsables pastoraux du diocèse. Il comportera des locaux pour la paroisse et pour l’aumônerie des étudiants de l’université voisine et également un lieu de vie pour une communauté de religieuses contemplatives et les logements de l’Evêque et de ses collaborateurs. Les « Chantiers du Cardinal » œuvre fondée à Paris, en 1931, par le Cardinal Verdier pour rassembler les dons et organiser les travaux de construction d’églises dans la région parisienne sont appelés pour la construction de ce centre cathedral.

« Mise en architecture » des orientations conciliaires

Le plan masse

Situé face à l’Université de Créteil et au carrefour de voies menant au Tribunal de Grande Instance, à la Préfecture du Val de Marne, à un grand Centre Commercial, et au Centre Hospitalier Universitaire, le bâtiment dessiné par l’architecte Charles-Gustave Stoskopf est très discret. Il regroupe l’ensemble des fonctions demandées dans un bâtiment de trois niveaux et de 1700 m2 d’emprise au sol. Son plan a la forme ovale de l’Ichtus, le poisson des catacombes.

Les façades

Aucune monumentalité dans ce projet de 8 mètres de hauteur situé au pied d’un immeuble d’habitation de 50 mètres de haut. Matériaux ordinaires, toitures terrasses, façades de béton blanc, les entrées, de taille très modeste ouvrent, à l’Est, sur un large parvis, pour l’entrée principale, à l’Ouest, vers le coeur du quartier et ses parkings. La façade Sud des bureaux de l’évêché est percée de nombreuses ouvertures vers l’avenue passante tandis que la façade Nord, mur du choeur de la cathédrale comporte quatre vitraux dans une façade totalement fermée sur la voie de desserte intérieure du quartier. Aucune décoration en façade. Un clocher, métallique, sera érigé quelques années plus tard sur le parvis.

Dans la ville de Créteil, quelques rares panneaux de signalisation intitulés « Eglise Notre Dame » la signalent. L’architecte témoigne « pour la cathédrale, j’étais très approuvé par le clergé… Cette cathédrale veut œuvrer pour le christianisme dans la banlieue. Elle me fait penser à une publication d’avant-guerre : Le Christ dans la banlieue du Père Pierre Lhande». (fin de citation)

Il est en effet évident que cette cathédrale porte un manifeste dans son architecture ! Par sa modestie et par sa ressemblance avec les bâtiments de la vie quotidienne, ses bâtisseurs, l’Evêque et son équipe, les Chantiers du Cardinal et l’architecte ont cherché à témoigner dans la nouvelle ville de Créteil, d’un élément essentiel du Concile Vatican II : le Dieu des chrétiens est un Dieu proche des hommes à qui Il parle « comme à des amis » et qui invite ses disciples à partager « les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout ».

Sa façade principale figurera sur la couverture de Pierres vivantes, recueil de documents destiné à accompagner la catéchèse en France, édité en 1981. Elle deviendra le symbole de l’ecclésiologie de « l’enfouissement » en France.

Le plan de l’espace de célébration

A l’intérieur, le plan met en œuvre la réforme liturgique. La toiture terrasse portée par une imposante structure tubulaire libère l’espace au sol de tout poteau permettant à tous, Evêque, prêtres et laïcs, de faire assemblée autour de l’autel et de l’ambon. La décoration est sobre, avec un fond de chœur fait d’un carrelage sombre tandis que l’autel est éclairé par un large oculus. Quatre vitraux en dalles de verre du maitre-verrier Michel Guevel apporte une lumière colorée. Aucune sculpture dans la nef, mais simplement une petite statue de Marie dans la chapelle de semaine contigüe et ouverte en permanence dans laquelle la réserve eucharistique trouve également sa place. La cathèdre rapportée de Choisy-le-Roi, est en bois, de facture très sobre et moderne ; elle est entourée de douze sièges pour des prêtres concélébrant et deux sièges pour les diacres ou les servants d’autel. La nef a une capacité de 300 places qui peut être portée à 600 grâce à deux salles « polyvalentes » séparées par des cloisons coulissantes plaquées de métal, œuvre de Jean-Leonard Stoskopf.

L’église Notre-Dame de Créteil est inaugurée le 18 juin 1978.

Le peuple de Dieu, pierres vivantes

Avec le deuxième Evêque de Créteil, Mgr François Fretellière, l’église Notre Dame deviendra la Cathédrale du diocèse le 24 avril 1987. Son souci pastoral sera de veiller particulièrement à la formation de laïcs en responsabilité pour que, composée de toutes les vocations, l’Eglise propose la foi dans ce contexte de banlieue en sachant mettre à jour les signes du Royaume dans les réalités de ce monde. La simplicité de la cathédrale conviendra bien à cette pastorale de présence discrète au cœur du monde où chaque chrétien du diocèse sera appelé à être « compagnon d’humanité » avec les hommes et les femmes du Val de Marne.

C’est le 21 septembre 2003 qu’elle sera dédicacée par le troisième Evêque de Créteil, Mgr Daniel Labille après qu’il y ait fait créer un autel fixe et un ambon, en pierre, par le sculpteur Vincent Guiro. Cependant dans son homélie de dédicace, Mgr Labille soulignera que « L’Eglise, ce n’est pas d’abord un bâtiment de pierre ou de béton, mais des hommes qui ont répondu à l’appel de Dieu pour entendre sa Parole et en vivre, pour former un temple de pierres vivantes, un peuple que le Père confie à son Fils et à ceux qui le suivent. » Comme son prédécesseur, Mgr Labille contribuera à mieux faire connaître la figure de Madeleine Delbrel (1904-1964), laïque, assistante sociale dans la Ville d’Ivry, où elle travailla au quotidien avec les membres de la mairie communiste à qui elle ne cessera de redire que son engagement pour la dignité humaine repose totalement sur sa foi au Christ. Elle sera l’apôtre d’une Eglise faite de « gens ordinaires » dont la cathédrale reflète l’image.

Le projet architectural d’aujourd’hui s’appuie sur cette histoire ecclésiale particulière.

La cathédrale « déployée »

Des questions posées aux chrétiens du diocèse

Peu après son arrivée en 2007, Mgr Michel Santier, nouvel Evêque de Créteil pose la question de la place de la cathédrale dans la ville et dans la vie des chrétiens du diocèse, se demandant si la très grande discrétion de ce bâtiment est bien adaptée aujourd’hui à la pastorale de proposition de la Foi et si elle peut véritablement être figure d’ouverture à tous, en demeurant ainsi cachée. Il dit également son regret de ne pas pouvoir y convoquer des assemblées plus nombreuses pour des temps forts diocésains qu’il souhaiterait voir se développer… L’idée d’un projet sur la cathédrale commence à faire son chemin…

La physionomie du Val-de-Marne a changé

Depuis 1966, le pôle économique de l’Ile-de-France s’est largement développé. Les centres d’activités ou de recherche dont la notoriété dépasse les limites de leur implantation sur le département attirent davantage de population. Le département compte aujourd’hui 1,3 million d’habitants avec une grande diversité socio-économique. Le réseau dense de moyens de transport, favorise les déplacements à l’intérieur et vers l’extérieur du département. Et pour demain, le projet du Grand Paris qui restructurera l’Ile-de-France envisage le développement de nouveaux pôles de croissance dont plusieurs sont dans le Val-de-Marne. Ce département, comme les départements voisins, a également accueilli une large population venant de différents pays du monde et les croyants d’autres religions sont très nombreux. Créteil est la ville de France où la population juive est la plus importante. Dans cette société laïque, les relations entre les croyants des différentes religions sont le plus souvent paisibles. Mgr Santier, Président du Conseil pour les relations interreligieuses et les nouveaux courants religieux, de la Conférence des Evêques de France, de novembre 2005 à novembre 2011, a favorisé sur le diocèse le développement de la pastorale interreligieuse. Dans ce cadre, le 18 décembre 2008, aux cotés du grand Rabbin de Créteil, et des représentants civils de la ville et du département, il était invité, par le président de l’Union des Associations Musulmanes de Créteil, à l’inauguration de la grande mosquée Sahaba, située près du lac, et pouvant accueillir … fidèles.

Dans la continuité de ses prédécesseurs également, Mgr Santier encourage les communautés paroissiales à entretenir des relations constructives avec les responsables des communes. Lors de ses rencontres avec les autorités civiles du Val de Marne, il est fréquent qu’elles soulignent le rôle social souvent important que jouent les chrétiens pour une plus grande solidarité entre tous et un meilleur « vivre ensemble » dans le département.

De nouvelles priorités ecclésiologiques

C’est dans ce contexte de dialogue entre les personnes de cultures différentes, de religions différentes, de types d’engagement différents dans la société civile que le projet de la cathédrale va s’inscrire en se donnant pour objectif de favoriser les échanges autour de questions fondamentales pour nos contemporains.

C’est à la fin de l’année 2008 que Mgr Santier et son conseil rassemblent une équipe pour porter un projet de transformation de la cathédrale, collaborer avec les Chantiers du Cardinal et faire travailler une agence d’architecture afin d’obtenir une esquisse qui permettrait de lancer une vaste consultation diocésaine. Le cahier des charges est rapidement défini : donner plus de visibilité, plus de capacité d’accueil et plus d’ouverture à cette cathédrale tout en conservant l’emprise générale du bâtiment existant ainsi que le chœur et son mobilier liturgique, dédicacé en 2003. L’objectif de ce projet est de signifier la continuité de l’histoire diocésaine par la transformation partielle de ce bâtiment dont l’identité a marqué l’histoire de l’Eglise ainsi que l’histoire de la nouvelle ville de Créteil dont il fut, malgré sa discrétion, un bâtiment emblématique.

C’est ainsi que le terme de « déploiement » s’impose petit à petit pour ce projet d’extension, non en surface au sol mais en capacité d’accueil.

Vers le « déploiement »

Le projet pastoral

En 2009, l’agence internationale d’architectes AS.ARCHITECTURE STUDIO est choisie par l’équipe diocésaine pour ce projet et en 2010, leur esquisse est présentée aux responsables pastoraux du diocèse et aux responsables de la société civile puis à l’ensemble des chrétiens avec cette lettre de Mgr Santier : « Le monde change et, avec lui, la place de notre Église dans nos vies. Ces évolutions nous interrogent, en tant que chrétiens et citoyens sur les signes d’une Église vivante, au service du monde présent. Grâce à tous ceux qui sont engagés, dans leur diversité, auprès des hommes et des femmes du Val-de-Marne, notre diocèse, est au cœur de ces défis. Mais parmi les signes visibles de notre présence, la cathédrale devrait être naturellement le lieu d’unité, de partage, de convergence pour chacun de nous. Or, dans le diocèse de Créteil, la cathédrale, voulue, construite et embellie par mes prédécesseurs, ne parvient plus à tenir ce rôle. L’église Notre-Dame, devenue cathédrale en 1987, n’est ni assez visible dans le paysage urbain de Créteil, ni assez vaste aujourd’hui pour nos célébrations diocésaines. C’est pourquoi l’idée d’un déploiement de la cathédrale fait son chemin. En sortant de son enfouissement, la cathédrale deviendrait un signe visible de notre Église en Val-de-Marne à la fois solidaire, rassemblée et ouverte sur le monde. Aujourd’hui, le projet architectural est là. Reste à venir le soutien du plus grand nombre pour qu’il voie le jour. Avec les équipes qui travaillent sur ce projet, je reste à votre écoute. » Mgr Michel Santier, Evêque de Créteil, mai 2010.

Avec le projet pastoral et le projet architectural est annoncé le budget et son financement. Le coût global du déploiement de la cathédrale, y compris le clocher-signal et la restructuration de locaux pour la Pastorale des Jeunes, pour la paroisse et pour un vaste Espace culturel est de 9 Millions d’Euros. Il sera financé par des revenus exceptionnels (legs) pour trois millions d’Euros, un don des Chantiers du Cardinal d’un million d’Euros, des fonds propres du diocèse pour deux millions d’Euros, et une souscription nationale (qui peut devenir internationale !) pour trois millions d’Euros. Il est à noter que le diocèse de Créteil consacre environ trois millions d’Euros par an pour ses travaux de reconstruction et de rénovation d’églises diocésaines et de centres paroissiaux.

Les réactions au projet

Le coût de ces travaux, dans cette période de crise internationale est jugé inacceptable par un certain nombre de personnes qui ont dit leur opposition au projet, tandis que d’autres personnes attachées à cette cathédrale enfouie, symbole de leur identité pastorale n’ont pas accepté l’idée de la transformer. Cependant, l’esquisse que vous allez maintenant découvrir ayant reçu majoritairement un accueil positif, l’Evêque et son conseil après les validations ecclésiales nécessaires ont décidé, en mai 2011, de poursuivre ce projet et d’en faire déposer Le Permis de Construire. Ce qui vient d’être fait en Mai 2012. L’Avant Projet Détaillé a été approuvé et les architectes et bureaux d’études Structure viennent de lancer une pré-consultation pour la double coque en bois auprès d’entreprises spécialisées.

Mise en architecture du projet pastoral

Voici le projet de déploiement de la Cathédrale de Créteil dont les architectes de l’agence AS-ARCHITECTURE STUDIO sont les concepteurs.

Une première vue permet de situer la cathédrale au cœur du quartier du « Montaigut » à Créteil. Sa forme de poisson, est rapidement identifiable sur un plan !

Puis, sur ce plan d‘ensemble, on peut distinguer le parvis principal et le clocher actuel, l’évêché et la cathédrale. C’est donc dans ce périmètre existant qu’il a été demandé aux architectes d’inscrire leur projet d’agrandissement.

En plan, ils cherchent à retrouver symboliquement une croix entre les différents éléments liturgiques : l’autel et l’ambon, qu’il leur a été demandé de conserver en place, un baptistère, non existant à ce jour, qu’ils positionnent dans le bras vertical, et des espaces de réconciliation dans le bras horizontal comme sur le plan d’origine. Supprimant un patio central, reconfigurant les salles polyvalentes, ils augmentent déjà la capacité d’accueil de la nef. Mais, ne pouvant agrandir leur surface au sol et devant augmenter la capacité d’accueil et la visibilité de la cathédrale, leur idée est alors d’en agrandir le volume en s’inspirant du geste que font deux mains en prière. Rodin, déjà, utilisait ce même geste dans cette œuvre, en pierre, de 1908, d’abord intitulée « l’Arche d’Alliance », puis « La Cathédrale ».

Ils proposent alors de « déployer » la cathédrale par une double coque, dont ils cherchent la forme juste, sur leurs premiers croquis.

Ils s’arrêtent sur une forme composée d’une coque plus verticale qui ferme au Nord l’espace du chœur et vient croiser au dessus de l’autel la deuxième coque, plus bombée recouvrant des tribunes dans lesquelles pourront prendre place quatre cents personnes. Sur cette vue en coupe, apparait le plafond actuel situé à 6m de haut. Le point d’intersection des deux coques sera, lui, situé à 20m… La cathédrale de Créteil ne rivalisera ni avec celle de Paris, ni avec celle de Beauvais ! Mais pour les fidèles habitués à une hauteur modeste comme pour les passants qui ne la voyaient pas, ce sera un réel changement d’échelle ! Pourtant la cathédrale de Créteil ne pourra toujours pas accueillir les trois à quatre mille fidèles qui se rassemblent chaque année pour la messe chrismale ! Certains le regrettent ! Celle-ci aura toujours lieu, dans la cathédrale d’un jour que constitue le palais des Sports, prêté tous les ans, à cette occasion par le Maire de Créteil !

Un des soucis qui préoccupent les architectes, à juste titre, est de s’assurer que les fidèles installés dans les tribunes pourront véritablement faire « assemblée » avec ceux qui seront dans la nef, et ne se sentiront pas « spectateurs ». L’inclinaison de la tribune ainsi que le choix des matériaux et des éclairages devraient y contribuer de la même manière que dans l’église Notre-Dame de l’Arche d’Alliance, dans le XVeme arrondissement de Paris dont les architectes AS-ARCHITECTURE STUDIO sont également les concepteurs, et où, au dire des pratiquants que nous avons interrogés, les tribunes ne sont pas un frein à la constitution de l’assemblée.

La proposition d’ARCHITECTURE STUDIO comporte également un signal urbain qu’ils ont choisi de positionner dans le prolongement de la cathédrale, en s’écartant au maximum du cône de vision de l’immeuble voisin, pour dégager l’ensemble du parvis.

Leurs croquis de recherche évoquent l’échelle de Jacob, mais la première esquisse ayant été remaniée, ce sera plutôt à une flèche de cathédrale que leur projet devrait faire penser…

Une axonométrie permet de bien comprendre les nouveaux volumes à côté des volumes existants et à côté des immeubles environnants.

La vue suivante montre les proportions et la vision lointaine de la double coque et du signal dans les différentes perspectives urbaines.

Dans le quartier proche, la vue de la façade sur le grand parvis permet de saisir les proportions des volumes et les jeux des formes et des matériaux qu’apporte cette double-coque en bois dans cet environnement béton assez rectiligne.

La coupe intérieure donne le parti des architectes : ils souhaitent que le matériau bois, exprimé à l’extérieur par une vêture, soit également fortement présent à l’intérieur, sous la forme de très nombreuses et profondes poutres bois posées parallèlement. L’éclairage situé entre chaque pied de poutre venant souligner ces courbes.

La perspective intérieure, même si elle manque sérieusement de fidélité quant à la reproduction du chœur existant et qu’elle n’évoque que difficilement une assemblée participante (surtout aux liturgistes que vous êtes) a cependant remporté l’adhésion quasi générale des chrétiens du diocèse à qui elle a été présentée. L’atmosphère chaleureuse donnée par le bois et sa couleur, l’évocation d’un vitrail à la jonction des coques et l’espace général courbe qui reprend en volume ce que le plan d’origine donne déjà à vivre aujourd’hui c’est-à-dire le rassemblement de toute l’assemblée autour de l’autel ont été vivement appréciés.

Le plan de l’esquisse permet de montrer l’espace cultuel et d’évoquer l’espace culturel (hachuré) qui permettra de proposer une pastorale du dialogue, de la culture et des arts, en lien avec la vie du département. Pour compléter ces propos trop rapides concernant cet espace culturel, un colloque (auquel vous êtes d’ores et déjà invités) sur la place et le rôle que peuvent tenir les cathédrales dans les grandes cités d’aujourd’hui, et notamment dans le domaine de la culture, est organisé par le diocèse de Créteil et l’Institut Supérieur de Théologie des Arts de l’Institut Catholique de Paris. Il aura lieu Vendredi 30 Novembre 2012, dans la Cathédrale de Créteil (avant le lancement des travaux) et Samedi 1er Décembre 2012, à l’Institut Catholique de Paris. Des tracts sont à votre disposition.

Les architectes ont également traité l’environnement immédiat de la cathédrale déployée. Au pied du petit parvis, vers le hall d’accueil de l’espace culturel, sur ce qui est actuellement un espace vert quelconque et un petit parking, ils ont créé un square qui tout en mettant en valeur le volume de la double coque, offre à la population du quartier un agréable lieu de promenade. A cette échelle, c’est également la vie paroissiale de lacathédrale qui est ainsi prise en compte.

Vue de l’actuelle entrée sur ce petit parvis. Et la proposition de square qui invite à s’approcher.

Pour conclure, la nouvelle perspective de la façade principale : un appel à entrer !

Ici, la perspective sur la cathédrale actuelle.

Et là, le projet d’ARCHITECTURE STUDIO respectant l’architecture d’origine de l’évêché et de l’entrée de la cathédrale. Sur le parvis principal, au carrefour routier, la cathédrale des années 1970, modeste, à taille humaine, accueillante avec son large parvis, sera bientôt complétée d’une double coque qui, et c’est le vœu du diocèse de Créteil, suscitera des questions et l’envie d’entrer pour voir, découvrir et partager ce que vivent là les chrétiens rassemblés, en ce début de XXIeme siècle !

Tous, vous y serez les bienvenus également !

Le 28 avril 2012.

Marie-Pierre ETIENNEY

Architecte,

Laïque chargée de Mission Ecclésiale, diocèse de Créteil,