À Metz, les religions s’engagent ensemble pour la paix
Rencontre interreligieuse à Metz
À Metz, le pape Léon XIV a rencontré les représentants des principales traditions religieuses présentes en France. Une rencontre placée sous le signe du dialogue, de la fraternité et de la paix. Une délégation de six personnes de notre diocèse a pris part à cette rencontre.
Avec l’« Appel de Metz », les responsables de culte français prennent trois engagements concrets : poursuivre le dialogue, former les jeunes à la connaissance mutuelle et agir ensemble pour la justice et la paix.
Pourquoi une rencontre interreligieuse aujourd’hui ?
Depuis la rencontre d’Assise, en 1986, le monde a profondément changé. Mais une conviction demeure : lorsque les sociétés sont traversées par les conflits, les peurs et les divisions, les religions ont une responsabilité particulière pour contribuer à construire la paix. C’est le point de départ de l’Appel de Metz, signé par les responsables des cultes en France à l’occasion de la rencontre avec le pape Léon XIV. Face aux changements, les guerres et les violences qui se multiplient, le droit international fragilisé, les inégalités qui se creusent et les équilibres écologiques menacés, les responsables religieux veulent être des « veilleurs », attentifs à la dignité de chaque personne et au soin de l’autre.
Créer une amitié et porter la réconciliation
Murat Cetinkaya, président de la communauté franco-turque du Val de Marne constate que «cette rencontre me conforte dans le fait que nous sommes dans le bon chemin, ce chemin de Dieu, et ça m’invite d’avancer encore plus sereinement dans cet échange inspirant pour coopérer davantage. L’appel de Metz est un événement historique. Ça m’a fait du bien d’être témoin d’un peu d’histoire car c’est vraiment l’appel auquel toutes les religions peuvent adhérer, un appel à l’ensemble de l’humanité, comme la déclaration des droits de l’homme du début du siècle dernier ».
Albert Myara, représentant de l’association interreligieuse du Val-de-Bièvre, président de la synagogue du Kremlin Bicêtre-Gentilly, observe que «les interventions du Pape et des orateurs qui sont intervenus avant lui, avaient un très bon esprit, avec beaucoup de volonté sincère de créer du lien, de créer cet espoir de paix. On pourra en tirer des leçons pour l’avenir de notre association, dont le prochain rendez-vous aura lieu le 17 novembre ».
Dialoguer sans renoncer à sa foi
Pour le pape Léon XIV, « Dialoguer ne diminue pas notre identité mais l’exprime avec simplicité et vérité en nous ouvrant à la différence de l’autre ». Le dialogue commence donc par une rencontre véritable. Il suppose de pouvoir dire ce que l’on croit, mais aussi d’écouter ce que l’autre croit. Il demande de dépasser les caricatures et les préjugés pour découvrir une personne, une histoire, une tradition.
- C’est pourquoi l’Appel de Metz insiste sur la nécessité d’une véritable « éducation au dialogue ». La paix ne se construit pas uniquement autour des grandes tables diplomatiques. Elle se prépare aussi dans les familles, les écoles, les associations, les lieux de sport et de loisirs, et dans les communautés religieuses.
Père Dominique Rameau, vicaire général et délégué épiscopal à l’interreligieux, confie : « J’ai été frappé par l’image de la transmission de l’Appel de Metz aux jeunes générations»
- Le pape Léon XIV comme les responsables religieux réunis à Metz sont catégoriques : on ne peut pas invoquer Dieu pour légitimer la violence ou la haine.
Trois engagements pour que le dialogue porte du fruit
L’intérêt de l’Appel de Metz est aussi de ne pas en rester aux bonnes intentions. Les responsables de culte prennent trois engagements concrets :
1. Poursuivre avec assiduité un dialogue exigeant entre eux.
Le dialogue doit s’inscrire dans la durée. Il ne peut se limiter aux rencontres exceptionnelles lorsque l’actualité l’impose.
2. Former les jeunes générations à la connaissance mutuelle des traditions religieuses.
Mieux connaître l’autre permet de combattre les préjugés et les peurs. Cette éducation au dialogue constitue un investissement essentiel pour l’avenir.
3. Se tenir ensemble, y compris dans l’adversité, pour œuvrer à la justice et à la paix.
Il s’agit de passer des paroles aux actes et de savoir manifester une solidarité commune lorsque la dignité humaine est menacée.
Karim Benaïssa, recteur de la mosquée de Créteil, président du Rassemblement des associations musulmanes du 94 : « Je tiens absolument à remercier Dominique Blanchet, l’évêque de Créteil, de nous avoir permis de vivre ces moments inoubliables de fraternité. C’est un jour historique pour moi, en tant que musulman et responsable d’une institution musulmane, de vivre ces moments qui viennent confirmer ce que nous faisons entre les cultes à Créteil et dans le Val-de-Marne. Je retiens du discours du Pape l’invitation à non seulement faire connaissance mais créer une amitié. Pour qu’une amitié naisse, il faut une préparation proposée non seulement aux responsables mais à tous les fidèles, et les citoyens d’une cité.
Gilbert Leonian, pasteur en retraite de l’Eglise évangélique arménienne, co-président de la « Marche pour Jésus », confie : « Depuis mon arrivée dans le Val-de-Marne en 2015, j’ai toujours apprécié le climat de proximité, d’amitié, de confiance créée autour de la cathédrale qui permet réaliser qu’en tant que chrétien, il ne faut pas s’isoler. C’est la concrétisation de notre aspiration à aller plus loin dans notre dialogue par des actes forts, concrets, qui pourront apporter à notre département un vivre-ensemble encore plus profond. Les divisions n’ont pas leur place dans la société, et nous en tant qu’hommes et femmes d’église ou de religion, nous devons être les porteurs de ce message de réconciliation. Ça me touche d’autant plus que c’est le parcours que je vis avec Murat, il est franco-turc, je suis franco-arménien, et nous avons commencé un chemin où on apprend à se connaître, une vraie amitié est née entre nous, et j’ai beaucoup aimé ce que Robert Schumann a dit, que l’unité se prépare d’abord par de petits gestes, par de petits pas, et qui vont créer l’amitié et la confiance ».
M. Igor Semo, maire de Saint-Maurice, témoigne : « Je garderai cette image forte donnée par les responsables religieux chrétiens, juifs et musulmans rassemblés autour du Pape. Elle m’a ému aux larmes. Cette image d’unité peut être donnée en exemple aux dirigeants politiques qui ont tendance à cultiver la division. C’est un message de paix et de volonté sincère de connaître l’autre. Dans le Val-de-Marne nous avons une vraie volonté d’avancer sur le terrain du dialogue interreligieux, comme en a témoigné la présence nombreuse de notre délégation. Ce moment à Metz s’inscrit dans la continuité des actions menées – je pense aux initiatives comme la création de l’association « Espérer » qui propose aux maires et aux chefs d’établissements une oeuvre d’éducation ou au pèlerinage interreligieux d’élus à Rome en août 2025 ou encore à la délégation dédiée au dialogue interreligieux mise en place à la mairie de Saint-Maurice».
Que cet appel de Metz devienne pour tous « une boussole d’espérance » et nous rappelle qu’aucune paix durable ne se construit sans l’autre, ni contre lui.
Lire le texte de l’appel de Metz
Lire le discours du Pape au Centre des Congrès Robert Schuman de Metz lundi 28 septembre 2026




