« Faire plus de place aux femmes dans la gouvernance » : interview d’Isabelle Delerive, membre du conseil épiscopal

« Faire plus de place aux femmes dans la gouvernance » 

Interview d’Isabelle Delerive, membre du conseil épiscopal du diocèse de Créteil dans un dossier de la Croix :   » Dix pistes pour une Eglise plus synodale ».

Pour la Pentecôte 2021, « La Croix » donne la parole à des catholiques français représentant un large panel d’états de vie et de sensibilités.

Isabelle Delerive

Lorsque Mgr Michel Santier (évêque de Créteil de 2007 à 2020) m’a appelée au conseil épiscopal, ma première réaction fut la surprise. Pour lui, c’était une évidence parce que nous avions beaucoup collaboré les années précédentes au service de la catéchèse. Ce fut aussi un peu déstabilisant car dans mon esprit ce conseil, c’était vraiment le saint des saints, un lieu où très peu de gens pouvaient entrer. Je savais toutefois qu’il était ouvert aux laïcs et notamment aux femmes puisque dans notre diocèse Anne Dubost fut la première femme à l’intégrer dans les années 1990.

Au début, il y a une forme d’enthousiasme puis en expérimentant ce lieu de pouvoir, j’ai acquis une certaine lucidité parce que ce n’est pas toujours simple, il peut y avoir des tensions. Je me sens aussi une responsabilité à l’égard des premières femmes qui ont fait partie de ce conseil et de celles qui y viendront.

Cela nécessite beaucoup d’exigence et de travail pour être légitime par rapport à tous ces prêtres ou diacres. Mais j’ai fait l’expérience d’un changement de regard. Je mettais un peu sur un piédestal les prêtres, diacres, et religieux tandis qu’aujourd’hui, je vois d’abord des baptisés comme moi. Ce qui m’intéresse, c’est de savoir comment je vais collaborer avec eux pour annoncer l’Évangile.

C’est par la maîtrise de mes dossiers que ma voix va porter. Lorsque j’évoque des sujets qui me concernent, je sens une véritable écoute. Peut-être que j’interviens moins sur d’autres, qui peuvent apparaître comme réservés à tel ou tel. Sur le terrain, certains se confient plus facilement à moi car je suis une femme laïque mariée. Je peux jouer le rôle d’intermédiaire et peut-être oser dire ce qui ne va pas dans le but de faire avancer les choses avec plus de liberté qu’un prêtre ou diacre par rapport à l’évêque.

Je suis très attentive à ce que font les femmes dans l’Église. Mon acte militant, c’est de vouloir prouver que, comme femme, je suis une partenaire valable et intéressante pour l’annonce de l’Évangile. Je suis là parce que j’ai acquis cette légitimité et des compétences, car il ne s’agit pas d’appeler des femmes seulement car ce sont des femmes, mais bien pour leurs compétences.

Je ne me dérobe pas et j’espère permettre à d’autres femmes de se dire c’est possible. Il faut être tenace et volontaire : selon moi, c’est en œuvrant à l’intérieur qu’on va ouvrir encore plus de portes. Cela me paraît d’une telle évidence de permettre aux femmes de bénéficier de davantage de reconnaissance et de leur faire plus de place. Se priver de tous les charismes que peuvent apporter les baptisés quelle que soit leur vocation serait une folie.

Je suis militante de la synodalité, qui n’est pas une prise de pouvoir mais une collaboration : nous avons une tellement bonne nouvelle à dire que nous avons besoin de toutes les énergies. Ensemble, nous sommes le corps du Christ.

Arnaud Belavicqua