Semaines Sociales de France – Un appel au discernement

Retrouvez ici le texte de la tribune des Semaines Sociales de France parue le 30 septembre, à propos de la révision de la loi bioéthique.

 

Bioéthique : un appel au discernement

 » La loi de bioéthique est « une chance et même un privilège pour notre société », a déclaré la ministre de la santé Agnès Buzyn, à l’ouverture des débats parlementaires sur la révision de la loi. Par cette entrée en matière, il s’agissait sans doute d’insister sur la spécificité française que représente une telle loi, sur l’ambition de préserver une « éthique à la française », dans un monde où tous les pays ne partagent pas les mêmes principes. Ces mots, pourtant, apparaissent provocants et blessants pour ceux que certains points du texte inquiètent profondément.

Ces points ont été longuement mis en évidence au cours des longs mois de débats, que ce soit par les évêques de France ou par des associations engagées sur le terrain de la science et de la santé. Les Semaines sociales de France les avaient déjà énoncés dans le document déposé parmi les contributions aux Etats généraux. Trop brièvement résumées, en voici quelques arêtes. L’ouverture des techniques de procréation médicalement assistée aux couples de femmes et aux femmes seules suscite notamment plusieurs questions. De nombreux enfants sont privés de la présence d’un père par les aléas de la vie ; y compris du point de vue des aides publiques, cela est perçu comme un handicap qu’il faut compenser ; il serait désormais autorisé et rendu possible par des techniques médicales de mettre au monde, délibérément, des enfants sans père. Qu’en est-il de l’intérêt supérieur de l’enfant, pourtant posé comme un principe cardinal ? Il en découle des changements juridiques quant à la reconnaissance de la filiation, qui sont un bouleversement sans précédent. Deuxième sujet de préoccupation : quelle évolution pour la médecine dont le critère d’intervention ne serait plus la maladie mais une sollicitation sociétale? L’extension de son périmètre, dans un cadre budgétaire forcément contraint, risque de se faire aux dépens d’autres secteurs de la santé. Enfin, la rareté des ressources que sont les gamètes – sperme ou ovocytes – laisse craindre une marchandisation accrue du secteur de la procréation.

D’autres chapitres de la loi concernent les recherches sur les cellules souches embryonnaires ou sur les gènes, les tests de dépistage anténataux… Graves et complexes sujets qui invitent à la prudence. Ni rétrogrades ni homophobes, sans violence à l’égard de ceux qui ne partagent pas leurs convictions, nous essayons de mesurer les conséquences de ces évolutions sur la société d’aujourd’hui et celle de demain. Comme nous le faisons chaque fois que n’est pas respectée la dignité des personnes et que sont menacées la justice sociale et la protection des plus fragiles. Telle est en effet la mission que se donnent les Semaines sociales de France, inspirée de l’enseignement social de l’Eglise.

Il ne suffit pas en effet de dire oui à telle ou telle demande pour être « moderne », si n’en sont pas regardés tous les effets à court terme et à plus long terme. Au cours des débats, des points conflictuels et sans doute irréconciliables apparaissent, traduisant la diversité de la société française.

Sur la notion d’égalité, par exemple. La PMA pour toutes (et un jour la GPA ?) est, nous explique-t-on, une réponse à une discrimination envers des femmes seules ou des personnes homosexuelles désirant un enfant. La différence n’est pas en soi une inégalité, pourtant. Un autre lieu de tension s’exprime dans l’équilibre entre liberté individuelle et bien de la collectivité. Comme sur la fin de vie,

une décision personnelle de recours à la PMA , qui ne semble regarder que la personne qui la prend, modifie les rapports entre plusieurs acteurs : l’enfant, le personnel médical, l’organisation sociale. Car, ne l’oublions pas, nous sommes des êtres reliés.

Nos sociétés contemporaines semblent avoir perdu de vue la notion de limites. Quelles frontières ne

franchirons-nous pas, quels renoncements sommes-nous prêts à accepter, même si les évolutions scientifiques laissent penser que tout devient possible, y compris changer l’homme, le réparer, l’augmenter ? Si la réponse est nécessairement collective, elle doit aussi être personnelle : à chacun de nous _ loi ou pas loi _ de réfléchir à ce que nous pouvons accepter, à ce que nous devons refuser, au regard de la société que nous voulons bâtir pour les générations à venir.

Dans la mobilisation qui traverse aujourd’hui la planète, autour de sa préservation, des dangers qui menacent le vivant, animal ou végétal, il est parfois étonnant que ne soit pas davantage évoquée et réfléchie la protection de l’homme. Les réserves exprimées sur le projet de loi aujourd’hui discuté peuvent bien être jugées comme « datées », le devoir de vigilance peut, au contraire, être précurseur. »

 

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