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Pâques

La nuit, la longue nuit, commence enfin à se fissurer doucement au levant.

Illustration de Bernadette Lopez – Elles se rappelèrent les paroles qu’il avait dites. Saint Luc (24, 1-12)

Sur le chemin qui vient de Jérusalem les femmes se hâtent.

Il faut accomplir leur obligation de femmes et vite embaumer le corps, par respect pour celui qu’elles ont aimé. Pour garder intact aussi, le plus longtemps possible, tout ce qui s’est gravé au plus profond d’elles. Car la vie va continuer, pour ceux qui restent, même si pour eux cette vie s’est arrêtée ce vendredi sur une croix.

Et puis surgit l’incompréhensible.

La tombe est ouverte. Le cercueil est vide.

Elles ont beau, affolées, regarder de tout côté et s’interroger devant ce vide impénétrable, tout en elles se heurte soudain à une question qu’elles n’avaient pas imaginée :

« Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? »

Cela avait commencé par « Où est le corps de Jésus ? » pour se transformer en « Qui est-il ? »

Qui est-il pour échapper ainsi au tombeau ?

Qui est-il pour nous échapper et se laisser chercher ?

La résurrection commence par une question car Dieu ne veut jamais s’imposer.

Cette question, Jésus n’a jamais cessé de la poser à tous ceux qui le suivaient.

Et pour nous qui n’avons jamais vu la pierre roulée ni le tombeau vide, elle est toujours là pourtant, tenace et brûlante, car il est à jamais « le Vivant ».

Qui est-il ?

En un instant, ces femmes, qui avaient suivi Jésus depuis le début en Galilée jusqu’au pied de la croix, revoient tous ces chemins, tous ces villages, tous ces visages. « Celui que nous cherchons dans cette aube naissante, il était déjà là au milieu de nous quand il nous parlait et nous annonçait le Royaume !

Il était là et nous ne le savions pas ! »

Je voudrais que l’on dise qu’en cet instant ces femmes, ces femmes de la première heure, ont mis au monde, au plus intime d’elles, le premier des Évangiles :

« Alors elles se rappelèrent les paroles qu’il avait dites. »

Aussitôt, elles en ont été les premiers missionnaires. Cette Vie qui venait de les enfanter – elles ne pouvaient pas se taire – elle débordait de partout. Une naissance, c’était cela la Bonne Nouvelle !

L’Évangile de la Résurrection, il n’est pas le récit d’un événement extérieur à nous, ni la proclamation au grand jour d’une victoire. Il frappe à la porte de chacun, au plus intime, pour rejoindre son histoire, comme un souffle qui vient redonner vie. C’est à chacun d’ouvrir cette porte. Pierre lui aussi a vu les mêmes choses quand il s’est levé pour courir au tombeau. Pourtant ce jour-là, il est retourné chez lui et a refermé sa porte.

La réponse que chacun va donner ne peut pas être un « oui » formel, du bout des lèvres. S’il ouvre, ce sera pour lui une résurrection parce qu’elle fera basculer sa vie dans l’éternité.

Jacques Béchet – Diacre du diocèse de Créteil

Illustration de Bernadette Lopez – Simon-Pierre se jeta à l’eau. Saint Jean (21, 1-14)

« Christ est ressuscité ! ».

C’étaient ce qu’ils avaient crié à s’en époumoner.

Ils l’avaient vu. Il était là au milieu d’eux quand ils s’étaient retrouvés pour le repas, alors que les portes étaient verrouillées.

Mais aujourd’hui, c’est le retour du quotidien. Ils reprennent leurs filets et repartent en mer. Comme avant. Comme si tout cela n’avait été qu’un rêve, ou pire, une simple parenthèse !

La vie reprend.

La vie reprend là où ils l’avaient laissée, quand ils l’avaient suivi, laissant tout.

C’est cette vie-là qu’il est venu apporter ?

C’est pour cela qu’il s’est fait homme, qu’il a souffert sa passion, est mort et qu’il est ressuscité ?

Ressusciter ? Est-ce simplement revivre, comme avant ?

Pour Simon-Pierre et les autres, ce sera encore la nuit et ils ne vont rien prendre.

Mais Jésus se tient sur nos rivages. Nous ne savons pas que c’est lui.

Car c’est déjà le lever du jour !

Et il nous demande de l’aide.

La réponse fuse. Un mot : « Non ! »

Alors, patiemment, comme il l’avait déjà fait lorsqu’il les avait appelés, il leur demande un acte de foi : « Jetez le filet, et vous trouverez ». Mais là, il n’est plus avec eux dans la barque !

Quand Simon-Pierre comprend, il fait ce qu’il avait déjà fait dans son cœur : il se jette à l’eau.

Maintenant, nous ne sommes plus jamais seuls. L’Évangile continue de s’écrire. Dans la barque de  notre quotidien ce sera peut-être la nuit, mais, sur le rivage, quelqu’un encore nous demandera de l’aide. Puissions-nous lui répondre « Oui !»

Et nous jeter à l’eau !

Jacques Béchet-Diacre du diocèse de Créteil