Diaconie des Roms

La diaconie des Roms est le service diocésain au service de nos frères et soeurs Roms, présents dans le Val-de-Marne et souvent « oubliés ». La diaconie veille à assurer une présence, une assistance tout cela dans la joie de l’Evangile.

Contact :

P. Dominique RAMEAU, délégué diocésain

Faut-il le rappeler la situation des Roms demeure précaire. Vu sa complexité sans doute n’y a-t-il pas de solution miracle à y apporter à court terme. Mais dans l’immédiat ils demeurent dramatiquement ballotés d’expulsion en expulsion, de campements provisoires en campements provisoires au détriment en particulier de la scolarisation de leurs enfants. Face à cette situation, les chrétiens ne peuvent rester inactifs. C’est pourquoi en 2015  notre évêque, Mgr Santier, a constitué la diaconie des Roms afin qu’elle manifeste en acte et pas seulement en parole, la solidarité de l’Église qui est à Créteil avec cette population tellement éprouvée. C’est cette solidarité que mettent en œuvre, dans la discrétion, bien des diocésains par exemple Marie-Odile Bretagnol à Rungis, Simone Blanchard et Bernadette Delizy dont il nous invite à méditer les témoignages pour nous en inspirer.

Lettre au maire de Choisy

Choisy-le-Roi, le 29 avril 2020

Monsieur le Maire,

Depuis de nombreux mois, des familles vivent dans un bidonville situé sur le territoire de la commune de Choisy-le-Roi, dans des conditions sanitaires indignes, sans eau, sans sanitaires, sans ramassage des déchets. Nous savons que vous ne l’ignorez pas, puisque, comme vous l’indiquer dans votre communiqué du 23 avril 2020, dès l’installation des premières familles vous avez souhaité leur départ, en espérant qu’un « projet porté par l’Etat » voit le jour à leur sujet. Il n’en fut rien.
Le présent confinement, lié au Covid19 accentue sérieusement leur précarité. En plus de la situation sanitaire critique, leur ravitaillement en nourriture est devenu plus problématique encore qu’en temps ordinaire.

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Témoignages

Témoignage de Marie-Odile Bretagnol

The heat wave has an impact on the lives of Roma living in a slum in Creteil. Young people try to protect themselves from high temperatures by staying in the shade. Creteil, Val-de-Marne (94), June 27, 2019.La canicule impacte la vie des roms installes dans un bidonville a Creteil. Les jeunes essaient de se proteger des fortes temperatures en se tenant à l’ombre. Creteil, Val-de-Marne (94), le 27 juin 2019.

Compagnons d’humanité

Devant mes yeux, un portrait du Christ fait de mille visages. Ils sont tous là, tous en Lui, celles et ceux que je croise chaque jour, qui demande aide, interpelle…

Je suis engagée auprès de familles Roms depuis peut être maintenant 6 ans, quand les premiers groupes se sont installées à Rungis, constituant un bidonville qui a rassemblé jusqu’à 200 personnes. Le Pape vient de nous appeler à « aller aux périphéries ». Or, on n’entend que crainte, rejets, clichés répétés.  J’apprendrai par la suite que ce peuple ne connait que le rejet et l’exclusion, depuis 1000 ans peut être, et que par leur culture, ils refusent le principe de privatiser un morceau de notre terre qui pour eux appartient à toute la création.

Six années à leur côté, avec une petite équipe, pour répondre aux besoins de scolarisation, de soins, de domiciliation, d’accès aux droits qui leur permettront d’avancer …  Partager des fêtes de famille, des anniversaires d’enfants, sans cadeaux, mais simplement la joie d’être ensemble, autour de celui qu’on fête ! Belles leçons de simplicité et de riches sentiments partagés.

Puis, témoins engagés, vivre avec eux l’exclusion que certains subissent pour la 2ème, 3ème, peut être la 4ème fois, détruisant à chaque fois les démarches engagées, les tentatives d’insertion, les débuts de scolarisation…  Pas un mot, pas un cri, pas un geste d’agressivité devant un déploiement de forces qui nous fait mal ! On voudrait comprendre : résignation ? passivité ? accoutumance à une sorte de fatalité ? Je ne sais mais une idée s’installe : notre société marche sur la tête avec ces expulsions onéreuses, aux résultats si désastreux.

 « On ne choisit pas son prochain ».

« Si tu donnes un poisson à un homme, il mangera un jour. Si tu lui apprends à pêcher, il mangera toujours »

 « Ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait … »

 Même si ces phrases habitent mon cœur, cela n’empêche pas le doute, la fatigue, la lassitude de s’installer parfois, quand on voit, après un stage qualifiant qu’il a gagné de haute lutte, un père de famille renoncer à l’emploi qui y fait suite. Choisit-il de vivre proche de siens, sans avoir à subir la régularité des rythmes de notre société ? Des questions restent sans réponse…

Ou quand pour la 3ème fois nous nous retrouvons à leurs cotés au tribunal pour défendre le droit à un toit, à un habitat décent… : le respect de droits élémentaires toujours bafoués.

J’ai appris beaucoup à leur contact ; des liens de confiance se sont créés ; le partage de leurs valeurs de la vie et de la famille, tels que la solidarité, l’aide et la défense des plus fragiles au sein de leur communauté nous sont souvent de belles leçons.

Alors, oui, avec vous « Compagnons d’humanité, faisons route ensemble »

Témoignage de Bernadette Delizy

Détruire un bidonville compromet l’avenir de nombre d’enfants. Bénévoles, chrétiens ou non, se mobilisent. Appel d’une famille à l’hôtel pour quelques nuits (115) : « Que faire, on est à une heure de l’école ? ». SOS d’une autre famille : la Mairie, pressée par le Défenseur des Droits, venait d’accepter les enfants à l’école, mais, maintenant, ils sont loin, dans un autre bidonville. D’autres sont convoqués pour des tests d’entrée en collège. Iront-ils ? L’an passé, le test était le jour de leur précédente expulsion ! Ailleurs, il y a beaucoup d’enfants, on lance du soutien scolaire dans la cabane faite pour cela, par les parents. Mais pour l’école il faut des chaussures, des vêtements propres, sans eau ! Veiller, accompagner, avec les enseignants, reste essentiel.

Témoignage de Bernadette Delizy

Lors des deux canicules estivales, près de 500 packs d’eau ont pu être apportés au bidonville de Créteil et dans trois autres lieux également sans eau. Des paroisses catholiques et protestantes se sont mobilisées : Saint-Louis et Saint-Esprit de Choisy-le-Roi, Notre-Dame du Sacré-Cœur de Maisons-Alfort et les paroisses protestantes EPUF de Créteil et Choisy-le-Roi. Des paroissiens ont assuré le transport et la distribution des bouteilles sur place, en lien avec le Collectif RomEurope94. 

Un cri du cœur, au retour…

Nous sommes partis à 4 voitures, de Choisy, avec des dons « en nature » faits en toute hâte par les paroisses catholiques et protestante de Choisy.Au fur et à mesure où les près de 100 packs d’eau étaient distribués :

–          J’ai vu la joie se répandre dans le bidonville,

–          J’ai vu la joie dans les yeux de tous et leur sourire refléter leur détente,

–          J’ai entendu leurs applaudissements, à la fin,

–          J’ai accueilli la longue accolade d’un ancien dont le visage était illuminé,

–          J’ai entendu les organisateurs de la distribution sur place dire à tous : « les packs de la dernière voiture, on les stocke là pour les donner à ceux qui sont absents et qui vont rentrer tout à l’heure. »

Avant de partir, j’ai joué un très court instant avec les enfants, les éclaboussant légèrement d’un peu d’eau de ma bouteille.Je n’avais jamais vu cela… La joie dans un bidonville, la joie sortie enfin de la torpeur. Mais, non pas « j’ai » … mais « nous avons », Nathalie, Clémentine, Eric, Gérard et moi. Et Aline avait préparé le terrain de notre arrivée, en prévenant les familles.

Oui, la joie…. Comme un appel d’air frais pour continuer à croire en un demain possible pour eux, à agir ensemble avec eux et, pour eux, continuer à nous battre contre tant de montagnes.

Témoignage de Simone Blanchard

« J’étais un étranger et vous m’avez accueilli ». « Amen, je vous le dis, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. »

Depuis le début de ma participation à l’association « D’Ici et D’ailleurs » ces phrases me portent.

Il n’est pas facile de voir des personnes vivant dans des bidonvilles, dans des maisons n’ayant que le nom et nous si nantis !!! Cette situation ne me laisse pas indifférente et me culpabilise en tant que chrétienne ; il faut faire quelque chose. Donner des vêtements, de l’argent… ne suffit pas. Les  accueillir, c’est les considérer, c’est s’intéresser à leurs problèmes, c’est essayer de les aider dans leur projets de vie. C’est aussi, et c’est ce qui est le plus difficile pour moi, respecter leur mode de vie. Alors j’essaie de voir en chacun le Christ arrivé parmi nous un soir de Noël comme un étranger dans la pauvreté.

Témoignage d’Héléna Gomes

Je m’appelle Helena Gomes, j’habite à Ivry-sur-Seine et je suis d’origine portugaise. Comme moi, les Roms bénéficient du droit de libre circulation dans les états membres de l’Union Européenne car ils sont citoyens européens. Un jour un des anciens curés d’Ivry-sur-Seine, très investi dans le collectif des Roms, m’a demandé si je pouvais trouver quelques heures de travail pour une Roms. La dame qui l’a engagée a été très satisfaite de son travail. La jeune femme Roms l’aidait dans l’entretien de chez elle, l’accompagnait dans ses sorties. Elle était à son écoute. Cette jeune femme sincère souhaitait juste travailler pour régler ses factures, être comme les autres.

Pendant quelques années à Noël, on a pu organiser des tables ouvertes dans une salle de la paroisse, pour celles et ceux qui étaient seuls durant les fêtes. Une année, je me souviens d’une très jeune maman Roms qui est venue avec son bébé à l’une de nos tables de noël. Cette jeune maman avec son petit enfant nous a tous touchés. On a revu en elle l’image de la Sainte Mère et de son enfant, Marie et Jésus. J’aurai toujours dans mon cœur la sensation que Jésus était parmi nous ce jour-là. Ces repas faisaient plaisir à voir, voir ces êtres manger tous ensemble et partager. Parce que notre société juge sans connaître l’autre, ces repas étaient des parenthèses dans les vies de chacun d’entre nous.

Parfois, on organisait des goûters partagés pour les enfants Roms. Ils repartaient avec des petits sacs de surplus de nourriture et avec le regard changé. Toutes ces activités ne demandaient que de l’organisation, ce n’était rien pour nous. Et pourtant ils nous apportaient beaucoup de bonheur.

Les enfants qui ne mangent pas à leur faim, cela me fait mal au cœur. Moi qui ne mémorise pas bien les prénoms des enfants Roms que j’ai pu rencontrer il m’arrive parfois d’entendre mon prénom dans la rue. Et leurs prénoms de ces enfants me reviennent en mémoire: Louis, George, Lena… Eux qui souvent ont été à la rue, au froid, malades, ou affamés, leur sourire pour moi c’est Dieu en eux. On ne peut pas être indifférent.

Déjà, à l’époque du Christ, beaucoup de gens autour de lui ne faisaient pas attention à ce qui était et est toujours le plus important dans la vie (cf Marc 12, 28-34).  Dans notre actualité, les choses se produisent encore. « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

Une fois qu’on arrive à voir cela, la bataille est gagnée. Tout ceci s’est produit grâce à Dominique Rameau, au collectif des Roms d’Ivry-surSeine et à quelques paroissiens de bonnes volontés.

Actus Diaconie des Roms

Un bidonville à L’Haÿ-les-Roses

Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Lc 9, 13 Un bidonville de familles Roms (environ 130 personnes dont plus de la moitié sont des enfants) est installé à la limite entre Villejuif et L’Haÿ-les-Roses. Déjà connu de Romeurope assurant suivi santé, scolarité et démarches administratives, la situation a été signalée par le P. Dominique Rameau, délégué diocésain […]