Voeux Monseigneur Michel Santier, 13 décembre 2018

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Monsieur le Préfet,
Messieurs les députés,
Monsieur le vice-président du Conseil départemental,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs les chefs d’établissement scolaires
Mesdames et Messieurs, acteurs du monde économique
Mesdames et Messieurs les journalistes,
Mesdames et Messieurs les Pasteurs,
Père Georges Bellières,
Monsieur le Recteur et Monsieur L’Imam de la Mosquée de Créteil
Monsieur Putrus, Imam à l’hôpital Henri-Mondor,
Mesdames et Messieurs les responsables des centres bouddhiques
Monseigneur Marie-Daniel Dadiet,
Monsieur le Vicaire Général,
Messieurs les Vicaires épiscopaux,
Monsieur, Mesdames les membres du Conseil épiscopal,

Et vous tous,

  • Prêtres, religieux et religieuses,
  • Diacres et épouses de diacre,
  • Laïcs en mission ecclésiale,
  • Responsables de Mouvements et de Services diocésains

A quelques jours des fêtes de Noël dont l’empreinte reste profonde dans notre société, au-delà des seuls milieux chrétiens, je suis heureux de prolonger la tradition de cette rencontre annuelle des voeux à la Cathédrale et de vous accueillir ici ce soir : - vous les représentants du monde politique social et associatif de notre département, - vous les représentants des diverses familles religieuses et des médias, - et vous enfin mes proches collaborateurs responsables des services diocésains, des paroisses et des principaux mouvements catholiques.

Et je me réjouis de vous voir si nombreux !

Avant de formuler mes voeux pour 2019, je voudrais revenir sur quelques faits saillants de l’année qui s’achève et particulièrement sur trois événements qui touchent de près l’Église catholique et qui ont profondément marqué l’opinion.

1. Les scandales liés aux actes de pédophilie qui ont été commis dans le cadre d’institutions catholiques nous ont blessés. Et je ne puis que reprendre ici les propos même du pape François dans sa récente Lettre au peuple de Dieu par laquelle il appelle l’ensemble des catholiques au ressaisissement et à la conversion :

« Avec honte et repentir, en tant que communauté ecclésiale, nous reconnaissons que nous n’avons pas su être là où nous le devions, que nous n’avons pas agi en temps voulu en reconnaissant l’ampleur et la gravité du dommage qui était infligé à tant de vies. Nous avons négligé et abandonné les petits. » Et plus bas il poursuit « L’ampleur et la gravité des faits exigent
que nous réagissions de manière globale et communautaire. »

Dans ce sens, le diocèse de Créteil, comme la plupart des diocèses de France a créé une cellule d’écoute auprès de laquelle toutes les personnes qui le souhaitent peuvent signaler en toute confidentialité des abus sexuels commis dans le cadre d’une institution catholique. 

Mais au-delà de ces démarches institutionnelles bien nécessaires s’impose à toute l’Église et en particulier à ses responsables un devoir de vérité. C’est pourquoi lors de la réunion de leur conférence épiscopale à Lourdes, début novembre 2018, les évêques de France ont longuement reçu et écouté des victimes sexuellement abusées par des clercs durant leur enfance et ils ont décidé la mise en place d’une Commission indépendante chargée de faire la lumière sur les abus sexuels sur mineurs commis dans des institutions catholiques depuis 1950, de comprendre les raisons qui ont favorisé la manière parfois défectueuse dont ont été traitées ces affaires et faire des préconisations.Comme beaucoup d’entre vous sans doute je souhaite que ce travail de vérité soit engagé dans toutes les institutions éducatives où des enfants et des adolescents peuvent être en danger de maltraitance.

 

2. L’année qui s’achève a été marquée par la préparation de la révision des lois de bioéthique qui devrait faire l’objet d’un débat parlementaire en 2019. Ainsi au printemps dernier les États généraux de la bioéthique ont largement mobilisé l’opinion tandis que des organismes officiels comme le Comité consultatif national d’éthique ou le Conseil d’Etat ont rendu des rapports documentés. À leur lecture, on peut avoir l’impression que les risques découlant de la légalisation de certaines des pratiques aujourd’hui en débat, en particulier de l’aide médicale à la procréation, l’emportent largement sur les avantages qui en sont attendus. Et pourtant les rapporteurs concluent généralement sur un avis favorable au motif qu’il existerait, sur ces sujets, une demande sociétale faisant consensus dans l’opinion en sorte que le législateur se devrait de les prendre en considération.

Mais le rôle du parlement peut-il se limiter à entériner les évolutions de l’opinion publique ? Ne lui appartient-il pas tout autant de veiller à la promotion du Bien commun qui suppose le respect de la dignité des personnes et des principes de notre droit. C’est cette question que les évêques de France ont voulu faire retentir dans l’espace public en publiant, au mois de septembre, un document intitulé « La dignité de la procréation ». 

Dans le même sens, j’ai proposé d’engager une réflexion de fond sur les enjeux des lois de bioéthique, avec un groupe d’élus chrétiens du Val de Marne. 

Enfin au mois de mai dernier nous avons organisé dans cette Cathédrale une soirée sur le thème de la fin de vie. Et ce soir même je vous lance chers élus : maires,
parlementaires, députés européens, une invitation à échanger sur ces questions ici même à l’évêché le 12 février prochain.

Par ces initiatives, l’Église ne cherche pas à imposer à la société les normes morales qui lui seraient directement inspirée par sa foi au Christ. Mais elle entend participer au débat public raisonnable qui est nécessaire pour éclairer ces questions qui mettent en jeu sur le très long terme notre manière d’être humain et de nous inscrire dans la chaîne des générations. Comme beaucoup d’entre vous certainement je souhaite que dans notre pays les grandes questions sociétales auxquelles l’humanité est aujourd’hui confrontée soient abordées pas les responsables des partis politiques, des groupements associatifs ou syndicaux, et des communautés religieuses dans une perspective de long terme qui porte plus loin que les seules aspirations immédiates de nos contemporains.

3. Dans les circonstances présentes saurons-nous tenir ensemble la question de la fin du mois et celle de la fin du monde comme le disent plaisamment certains journalistes. Nous le savons tous, la transition écologique est devenue l’urgence absolue. Nous sommes puissamment encouragés à nous en saisir par l’encyclique Laudato si’, où le pape François invite les hommes de bonne volonté à « s’asseoir pour penser et pour discuter avec honnêteté des conditions de vie et de survie de notre société et pour remettre en question les modèles de développement, de production et de consommation. » (François, Laudato si’, 138, 2015). En effet, le propos du Pape est celui d’une écologie intégrale : à la fois économique et sociale, car « tout est lié » comme il aime le répéter. C’est pourquoi, selon lui, « une vraie approche écologique se transforme toujours en une approche sociale, qui doit intégrer la justice dans les discussions sur l’environnement, pour
écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres. » (LS 49) Il n’y aura pas de transition écologique sans justice sociale !

Ces paroles sont fortes. Mon voeu le plus profond est qu’elles sachent atteindre le coeur des catholiques du Val de Marne afin de les engager à devenir, avec d’autres femmes et hommes de bonne volonté, les acteurs de la transformation radicale de nos conditions de vie qui s’imposent de manière tellement urgente. 

Il y va de la paix entre les hommes, les pays et les continents, comme j’ai voulu le rappeler le 11 novembre dernier, en la cathédrale de Créteil, lors de la célébration du 100e anniversaire de l’armistice.

 

Mesdames, messieurs, chers amis...

Pour se préparer à faire face à l’ensemble de ces défis, l’Eglise catholique en Val-de-Marne, a vécu d’octobre 2014 à octobre 2016 un synode diocésain qui permit à l’ensemble des baptisés : prêtres, diacres, religieux, religieuses et laïcs d’envisager ensemble comme vivre et témoigner de leur foi dans les circonstances présentes. Comme une suite de ce synode un « audit » vient d’être réalisé qui va engager dans les mois qui viennent une assez profonde transformation de l’organisation territoriale des paroisses et secteurs et des fonctionnements des services diocésains. Cela a nécessité un très lourd travail. Et je voudrais exprimer ici ma gratitude à celles et ceux qui en ont accepté la charge. Mais je voudrais en cette fin d’année rappeler les principes qui ont guidé leurs travaux.

  • Tout d’abord le principe de proximité : rien de plus nuisible pour l’Église que de se comporter comme une instance administrative coupée du terrain qui passe des consignes impersonnelles au lieu d’être la communauté du partage où chacun pourra être accueilli et écouté.
  • Ensuite le principe de synodalité : selon lequel, normalement, dans l’Église personne ne décide seul sans prendre le temps d’écouter les avis des personnes concernées par ses décisions.
  • Enfin le principe de subsidiarité qui appelle l’échelon hiérarchique supérieur à ne pas s’approprier les responsabilités et les missions qui reviennent à l’échelon
    inférieur, ce qui revient à faire confiance dans les corps intermédiaires. Même si elle ne va pas de soi, la réappropriation de ces principes est salutaire pour le gouvernement de l’Église ! Dans les circonstances présentes on peut imaginer qu’elle le serait aussi pour le gouvernement de notre pays...

 

1 - C’est l’expérience de cette proximité qu’il nous a été donné de vivre au cours d’une session exceptionnelle de rentrée qui a rassemblé à Rome pratiquement tous les prêtres en service dans le diocèse ainsi que mon conseil épiscopal. Une expérience riche de vie fraternelle et de partage, particulièrement marquée par notre rencontre chaleureuse avec le pape François au cours d’une audience privée à l’issue de laquelle il a salué, personnellement, chacun des participants. Je garde à l’esprit ses paroles d’encouragement « demandez avec insistance à l’Esprit Saint de vous guider et de vous éclairer pour qu’il vous aide, dans l’exercice de votre ministère, à rendre l’Église de Jésus-Christ aimable et aimante, selon la belle expression de la vénérable Madeleine Delbrêl. Avec cette force venue d’en haut, vous serez poussés à sortir pour vous faire toujours plus proches de tous, en particulier de ceux qui sont blessés, marginalisés, exclus. »

2 – C’est une proximité d’un autre ordre que nous avons vécue samedi dernier, 8 décembre, jour de la béatification, à Oran, des dix-neuf martyrs d’Algérie, parmi lesquels Mgr Pierre Claverie et les moines de Thibrine. Nous nous sentions concernés bien sûr parce qu’un prêtre de notre diocèse, le père Marc Lulle séjourne actuellement à Oran et qu’il a été associé par l’évêque du lieu, Mgr Jean-Paul Vesco, à l’organisation des célébrations de béatification. Mais plus profondément cette célébration nous touche parce que ces 19 martyrs son morts en raison de leur amitié profonde et dépourvue de tout prosélytisme pour le peuple algérien qu’ils n’ont pas voulu abandonner durant les années noires où sévissaient les djihadistesIls sont pour nous des exemples du type de relation que nous devons développer avec les croyants d’autres religions tellement nombreux dans notre département.

Là encore je formule le voeu que tous nous sachions bâtir des ponts plutôt que des murs et que mettions en valeur dans les traditions spirituelles ou religieuses auxquelles nous appartenons les puissances d’ouverture et d’accueil et non de fermeture et de rejet.

3 – Pour conclure, je voudrais redire ici combien je reste attaché à ce qui a été désigné par notre Synode diocésains comme la grande cause de notre diocèse :
l’initiation chrétienne des jeunes générations. Nous le savons tous, une communauté ou une société qui néglige sa jeunesse est une communauté ou une société moribonde. C’est pourquoi, dans le prolongement du Synode qui vient de se tenir à Rome sur « les jeunes, la foi, et le discernement vocationnel », j’ai décidé que d’ici juin 2019 je visiterais les principaux groupes de jeunes du diocèse avant de les rassembler le 13 octobre 2019 pour une grande fête de la jeunesse. Il est important de les comprendre et pour cela de les écouter si l’on veut les encourager
à faire des projets et à les porter.

Notre pays a commémoré, cette année, le cinquantième anniversaire de Mai 68, une époque où toute une génération a pu rêver de “refaire le monde“. Un demi siècle plus tard, la jeune génération n’a plus ce genre de rêve. Elle vit plutôt dans l’angoisse que ce monde pourrait se défaire. Et la question est alors de savoir comment empêcher que cela se produise.

Ma conviction sur ce point, nourrie de la lecture de la Bible et de Laudato Si’, est que pour empêcher le monde de se défaire il faut apprendre à l’aimer. À l’aimer comme Dieu l’aime, Lui qui selon le récit poétique de la Genèse « vit que tout cela était bon. »

À quoi on peut ajouter avec le Pape François :
« ...] il ne faut pas négliger la relation qui existe entre une formation esthétique appropriée et la préservation de l’environnement. Prêter attention à la beauté, et l’aimer, nous aide à sortir du pragmatisme utilitariste. Quand quelqu’un n’apprend pas à s’arrêter pour observer et pour évaluer ce qui est beau, il n’est pas étonnant que tout devienne pour lui objet d’usage et d’abus sans scrupule. »

C’est dans cet esprit que je vous souhaite à tous un Joyeux Noël et une bonne année 2019 pour notre pays, pour notre département, pour les villes, les cités, les quartiers, les familles.

Un Joyeux Noël à vous tous mes frères chrétiens, mes frères ukrainiens, protestants, orthodoxes, coptes.

Et vous, chers amis juifs, musulmans, bouddhistes, je vous remercie de tout coeur de vous associer à la joie de notre fête de Noël.

Joyeux Noël et bonne année à tous mes coopérateurs prêtres, diacres, laïcs, consacrés. Le monde est en feu, disait déjà Sainte Thérèse d’Avila, au 16ème siècle, ce n’est pas le moment de se laisser prendre par des futilités, mais de se recentrer sur l’essentiel, l’ouverture de l’homme à sa dimension spirituelle pour qu’advienne un monde plus humain, plus juste et que tous puissent vivre en frères dans la Paix.

+ Michel Santier
Evêque de Créteil

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