COLLOQUE ‘’CELIBATAIRES EN EGLISE’’, COLLEGE DES BERNARDINS, SAMEDI 9 FEVRIER 2019

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Le célibat est une condition de vie comme une autre et n’est pas, comme le pensent certains, contre nature. En France vivent plusieurs millions de personnes célibataires et, comme chaque personne, elles sont l’objet de la sollicitude de l’Eglise.

Le célibat n’est pas une absence de relations mais une forme de relation particulière à autrui. Dans nos paroisses, nos assemblées dominicales, les personnes célibataires sont présentes ; mais les voyons-nous ? les remarquons-nous ?

Nous pouvons les solliciter pour des services comme la catéchèse aux enfants, aux jeunes ; l’aumônerie, le chant, la participation à une chorale. Ou encore pour aller visiter les personnes âgées dans les maisons de retraite, les malades à domicile ou les hôpitaux, pour leur porter la communion. Faisons-nous appel à elles parce qu’elles ont davantage de temps par rapport à des personnes mariées, les appelons-nous pour ce qu’elles font ou pour ce qu’elles sont ? Est-on reconnu pour soi-même et non pour les services que l’on peut rendre ?

Ce sont des personnes qui ont besoin d’être accueillies, écoutées, dans leurs joies, leurs peines, leurs souffrances intimes, leur solitude.

Le célibat est un trésor pour l’Eglise ; la personne célibataire, en Eglise, est signe d’espérance et de fécondité. Ces personnes ont aussi beaucoup de richesses intérieures qu’on ne peut découvrir d’emblée, et qu’elles ne peuvent révéler que par l’écoute.

L’accompagnement spirituel peut leur être proposé comme un chemin de croissance humaine et spirituelle, un lieu où peuvent se nouer leur recherche intelligente, leur vie affective, leurs relations en famille et dans le monde professionnel, leurs engagements dans la société, et leur relation avec le Christ. Cet accompagnement peut les aider à discerner elles-mêmes leurs dons, les charismes qu’elles peuvent mettre au service des autres dans la société et dans l’Eglise.

Dans l’Eglise, souvent, les vocations se vivent de manière juxtaposée et, dans ce cas, cette situation ne permet pas que les personnes célibataires puissent se révéler car elles se trouvent perdues dans l’ensemble.

Ce qui pourrait leur permettre de sortir de l’anonymat c’est de faire apparaitre la complémentarité qui existe entre les différents états de vie : les célibataires, les personnes mariées, les veufs et les veuves, mais aussi les différentes vocations qui, toutes, ont leur source dans la vocation baptismale, une vocation commune à tous : prêtres, diacres, consacrés, célibataires consacrés ou célibataires dont le célibat n’est pas choisi.

Nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit, en un seul corps, juifs ou grecs, esclaves ou hommes libres ; nous avons tous été abreuvés par un seul Esprit. (1 Cor 12, 13).

Mais comme le dit le même apôtre dans la lettre aux Ephésiens (4,7, 11-12) :

A chacun de nous la grâce a été donnée selon la mesure du don de Dieu. [...].
Les dons qu’il a faits ce sont les évangélistes, les pasteurs, les catéchètes afin de mettre les saints en état d’accomplir le ministère pour bâtir le corps du Christ.

Le concile Vatican II dans la constitution sur l’Eglise (Lumen Gentium), dans sa réflexion sur l’exercice du sacerdoce commun des baptisés, affirme au numéro 12 :

Mais le même Esprit Saint ne se borne pas à sanctifier le Peuple de Dieu par les sacrements et les ministères, à le conduire et à lui donner l’ornement des vertus, il distribue aussi parmi les fidèles de tous ordres, (et donc parmi les célibataires) «répartissant ses dons à son gré en chacun » (1 Co 12, 11), les grâces spéciales qui rendent apte et disponible pour assumer les diverses charges et offices utiles au renouvellement et au développement de l’Église, suivant ce qu’il est dit : « C’est toujours pour le bien commun que le don de l’Esprit se manifeste dans un homme » (1 Co 12, 7).

L’Eglise se construit évidemment par les sacrements : les sacrements de l’initiation chrétienne et principalement l’eucharistie ; le ministère apostolique, lui aussi, structure l’Eglise, mais si nous évêques, prêtres, diacres voulons que l’Eglise ne tombe pas dans le cléricalisme, l’Eglise est invitée à mettre en valeur les dons, les charismes, les grâces spéciales distribuées par l’Esprit Saint aux nombreux fidèles ; ces grâces spéciales qui rendent aptes et disponibles pour assumer des charges (exemple, les laïcs en mission ecclésiale), des offices (responsables diocésains, aumônerie) utiles au développement de l’Église, c’est-à-dire à l’annonce de l’Évangile à tous.

Nous voyons de plus en plus émerger le charisme de l’accompagnement, de la compassion, mais aussi de gouvernement par la présence de nombreux laïcs, et donc de célibataires, dans les divers conseils d’un diocèse, notamment le conseil épiscopal.

Si l’Eglise, si les communautés chrétiennes voient dans les célibataires des personnes qui partagent la vocation baptismale avec tous les chrétiens mais aussi des personnes ayant reçu des charismes divers et variés pour la construction de l’Église, nous pourrions mieux équilibrer un agir en Eglise parfois trop fonctionnel ou de type managérial, en partant davantage des charismes présents et à l’œuvre chez les baptisés même s’il faut se défendre d’une vision purement spirituelle de l’Eglise (L.G. n° 8) :

Cette société organisée hiérarchiquement d’une part et le corps mystique d’autre part, l’ensemble discernable aux yeux et la communauté spirituelle, l’Église terrestre et l’Église enrichie des biens célestes ne doivent pas être considérées comme deux choses, elles constituent au contraire une seule réalité complexe, faite d’un double élément humain et divin.

Dans cette vision l’Eglise-communion doit développer son attention envers les personnes célibataires et inviter les communautés chrétiennes à les accueillir, les écouter ; à faire appel à leurs dons, leurs talents pour la construction du corps qu’est l’Eglise et les inviter à discerner, développer et exercer leurs charismes.

Car ces dons, selon le concile, doivent être encouragés, reçus et accueillis avec action de grâce : (Décret sur l’apostolat des laïcs, Apostolicam actuositatem, n° 3) :

De la réception de ces charismes, même les plus simples, résulte pour chacun des croyants le droit et le devoir d’exercer ces dons dans l’Église et dans le monde, pour le bien des hommes. C’est un devoir pour les baptisés, (et parmi eux les célibataires), et un droit d’exercer le charisme même s’il revient à ceux qui ont la charge de porter l’Eglise, de porter un jugement sur l’authenticité de ces dons et sur leur usage. (cf. 1 Th 5, 12.19.21).

Célibataires en Eglise,

nous pouvons favoriser le passage de célibataires seuls à une ouverture de célibataires en Eglise en nous appuyant d’abord sur la vocation commune et fondamentale, le baptême qui est à la source de la fraternité et des charismes de l’Esprit que chacun peut mettre au service de la construction du corps du Christ.

C’est un travail d’enfantement qui est en train de se vivre en Eglise depuis le concile Vatican II.

 

+ Mgr Michel Santier
Evêque de Créteil