Paroles d’évêque

Communiqué de presse Monseigneur Michel Santier, évêque de Créteil

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Chers amis du Val-de-Marne,
Chers diocésains,

Je suis très choqué et bouleversé comme vous tous par l’incendie de la cathédrale Notre-Damede Paris, qui fait partie du patrimoine de l’humanité. Elle est aussi un symbole fort de l’unité et
de l’histoire de notre pays ; elle est, pour les catholiques du diocèse de Paris, de notre diocèse et
de ceux de l’Ile-de-France, un témoignage de foi depuis plus de 850 ans !

J’ai assisté en direct à l’embrasement de la cathédrale et à l’écroulement de la flèche, en sortant d’une rencontre avec le Père Benoît de Sinety, vicaire général du diocèse de Paris, rue des Ursins.
Sur le pont, les parisiens ne cessaient d’arriver, j’ai partagé leur stupeur et leurs pleurs.

Lors du 850ème anniversaire de la cathédrale Notre-Dame, le 16 novembre 2013, nous avons cheminé à pied, en RER et métro pour vivre un pèlerinage. Le recteur de l’époque, Monseigneur Patrick Jacquin, était émerveillé car les diocésains de Créteil avaient rempli la cathédrale.

Pendant les travaux de la cathédrale de Créteil, nous avons, grâce à la bienveillance du Cardinal Vingt-Trois, pu vivre à la cathédrale de Paris l’ordination de quatre prêtres pour notre diocèse, le
17 juin 2014. Beaucoup de prêtres aînés ont aussi été ordonnés dans cette cathédrale.

La cathédrale Notre-Dame de Paris est devenue la cathédrale de tous les français. Nous nous retrouvons tous en communion profonde, croyants et incroyants. J’ai reçu des témoignages de sympathie et de compassion de nos amis musulmans de la Mosquée de Créteil et de nos amis juifs, ainsi que de nos frères protestants de l’Association Biblique dont je suis membre. Je suis aussi très touché par les messages d’élus du Val-de-Marne.

Je vous invite à vous associer à la souscription nationale ou aux autres souscriptions qui vous seront proposées pour la reconstruction de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

Ce soir, nous prierons en communion avec Monseigneur Michel Aupetit, notre archevêque, avectous les prêtres, diacres et fidèles du diocèse de Paris.

Demain soir, à 18h50, à l’heure où l’incendie s’est déclenché, nous ferons sonner les cloches de notre cathédrale déployée, comme cela se fera dans toutes les cathédrales de France, en solidarité avec le diocèse de Paris.

Créteil, le 16 avril 2019

+ Michel Santier
Evêque de Créteil

Communiqué de la conférence des évêques de France

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Paris, le 15 avril 2019

INCENDIE DE NOTRE-DAME DE PARIS

 

Alors que l’incendie dramatique ravage encore la cathédrale Notre-Dame, les évêques de France expriment leur immense tristesse et assure Monseigneur Michel Aupetit, archevêque de Paris de leur proximité et de leurs prières pour son diocèse.

Ils sont bien conscients que le rayonnement de Notre-Dame de Paris dépasse le cadre de la capitale et qu’elle restera un symbole majeur de la foi catholique et un lieu où tous, croyants et incroyants, peuvent se retrouver aux moments importants de l’histoire de notre pays. 

En ce début de semaine sainte, ils invitent les catholiques à être toujours davantage les pierres vivantes de l’Eglise en vivant du mystère de la mort et de la résurrection du Christ, source de notre espérance.

COLLOQUE ‘’CELIBATAIRES EN EGLISE’’, COLLEGE DES BERNARDINS, SAMEDI 9 FEVRIER 2019

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Le célibat est une condition de vie comme une autre et n’est pas, comme le pensent certains, contre nature. En France vivent plusieurs millions de personnes célibataires et, comme chaque personne, elles sont l’objet de la sollicitude de l’Eglise.

Le célibat n’est pas une absence de relations mais une forme de relation particulière à autrui. Dans nos paroisses, nos assemblées dominicales, les personnes célibataires sont présentes ; mais les voyons-nous ? les remarquons-nous ?

Nous pouvons les solliciter pour des services comme la catéchèse aux enfants, aux jeunes ; l’aumônerie, le chant, la participation à une chorale. Ou encore pour aller visiter les personnes âgées dans les maisons de retraite, les malades à domicile ou les hôpitaux, pour leur porter la communion. Faisons-nous appel à elles parce qu’elles ont davantage de temps par rapport à des personnes mariées, les appelons-nous pour ce qu’elles font ou pour ce qu’elles sont ? Est-on reconnu pour soi-même et non pour les services que l’on peut rendre ?

Ce sont des personnes qui ont besoin d’être accueillies, écoutées, dans leurs joies, leurs peines, leurs souffrances intimes, leur solitude.

Le célibat est un trésor pour l’Eglise ; la personne célibataire, en Eglise, est signe d’espérance et de fécondité. Ces personnes ont aussi beaucoup de richesses intérieures qu’on ne peut découvrir d’emblée, et qu’elles ne peuvent révéler que par l’écoute.

L’accompagnement spirituel peut leur être proposé comme un chemin de croissance humaine et spirituelle, un lieu où peuvent se nouer leur recherche intelligente, leur vie affective, leurs relations en famille et dans le monde professionnel, leurs engagements dans la société, et leur relation avec le Christ. Cet accompagnement peut les aider à discerner elles-mêmes leurs dons, les charismes qu’elles peuvent mettre au service des autres dans la société et dans l’Eglise.

Dans l’Eglise, souvent, les vocations se vivent de manière juxtaposée et, dans ce cas, cette situation ne permet pas que les personnes célibataires puissent se révéler car elles se trouvent perdues dans l’ensemble.

Ce qui pourrait leur permettre de sortir de l’anonymat c’est de faire apparaitre la complémentarité qui existe entre les différents états de vie : les célibataires, les personnes mariées, les veufs et les veuves, mais aussi les différentes vocations qui, toutes, ont leur source dans la vocation baptismale, une vocation commune à tous : prêtres, diacres, consacrés, célibataires consacrés ou célibataires dont le célibat n’est pas choisi.

Nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit, en un seul corps, juifs ou grecs, esclaves ou hommes libres ; nous avons tous été abreuvés par un seul Esprit. (1 Cor 12, 13).

Mais comme le dit le même apôtre dans la lettre aux Ephésiens (4,7, 11-12) :

A chacun de nous la grâce a été donnée selon la mesure du don de Dieu. [...].
Les dons qu’il a faits ce sont les évangélistes, les pasteurs, les catéchètes afin de mettre les saints en état d’accomplir le ministère pour bâtir le corps du Christ.

Le concile Vatican II dans la constitution sur l’Eglise (Lumen Gentium), dans sa réflexion sur l’exercice du sacerdoce commun des baptisés, affirme au numéro 12 :

Mais le même Esprit Saint ne se borne pas à sanctifier le Peuple de Dieu par les sacrements et les ministères, à le conduire et à lui donner l’ornement des vertus, il distribue aussi parmi les fidèles de tous ordres, (et donc parmi les célibataires) «répartissant ses dons à son gré en chacun » (1 Co 12, 11), les grâces spéciales qui rendent apte et disponible pour assumer les diverses charges et offices utiles au renouvellement et au développement de l’Église, suivant ce qu’il est dit : « C’est toujours pour le bien commun que le don de l’Esprit se manifeste dans un homme » (1 Co 12, 7).

L’Eglise se construit évidemment par les sacrements : les sacrements de l’initiation chrétienne et principalement l’eucharistie ; le ministère apostolique, lui aussi, structure l’Eglise, mais si nous évêques, prêtres, diacres voulons que l’Eglise ne tombe pas dans le cléricalisme, l’Eglise est invitée à mettre en valeur les dons, les charismes, les grâces spéciales distribuées par l’Esprit Saint aux nombreux fidèles ; ces grâces spéciales qui rendent aptes et disponibles pour assumer des charges (exemple, les laïcs en mission ecclésiale), des offices (responsables diocésains, aumônerie) utiles au développement de l’Église, c’est-à-dire à l’annonce de l’Évangile à tous.

Nous voyons de plus en plus émerger le charisme de l’accompagnement, de la compassion, mais aussi de gouvernement par la présence de nombreux laïcs, et donc de célibataires, dans les divers conseils d’un diocèse, notamment le conseil épiscopal.

Si l’Eglise, si les communautés chrétiennes voient dans les célibataires des personnes qui partagent la vocation baptismale avec tous les chrétiens mais aussi des personnes ayant reçu des charismes divers et variés pour la construction de l’Église, nous pourrions mieux équilibrer un agir en Eglise parfois trop fonctionnel ou de type managérial, en partant davantage des charismes présents et à l’œuvre chez les baptisés même s’il faut se défendre d’une vision purement spirituelle de l’Eglise (L.G. n° 8) :

Cette société organisée hiérarchiquement d’une part et le corps mystique d’autre part, l’ensemble discernable aux yeux et la communauté spirituelle, l’Église terrestre et l’Église enrichie des biens célestes ne doivent pas être considérées comme deux choses, elles constituent au contraire une seule réalité complexe, faite d’un double élément humain et divin.

Dans cette vision l’Eglise-communion doit développer son attention envers les personnes célibataires et inviter les communautés chrétiennes à les accueillir, les écouter ; à faire appel à leurs dons, leurs talents pour la construction du corps qu’est l’Eglise et les inviter à discerner, développer et exercer leurs charismes.

Car ces dons, selon le concile, doivent être encouragés, reçus et accueillis avec action de grâce : (Décret sur l’apostolat des laïcs, Apostolicam actuositatem, n° 3) :

De la réception de ces charismes, même les plus simples, résulte pour chacun des croyants le droit et le devoir d’exercer ces dons dans l’Église et dans le monde, pour le bien des hommes. C’est un devoir pour les baptisés, (et parmi eux les célibataires), et un droit d’exercer le charisme même s’il revient à ceux qui ont la charge de porter l’Eglise, de porter un jugement sur l’authenticité de ces dons et sur leur usage. (cf. 1 Th 5, 12.19.21).

Célibataires en Eglise,

nous pouvons favoriser le passage de célibataires seuls à une ouverture de célibataires en Eglise en nous appuyant d’abord sur la vocation commune et fondamentale, le baptême qui est à la source de la fraternité et des charismes de l’Esprit que chacun peut mettre au service de la construction du corps du Christ.

C’est un travail d’enfantement qui est en train de se vivre en Eglise depuis le concile Vatican II.

 

+ Mgr Michel Santier
Evêque de Créteil

Voeux Monseigneur Michel Santier, 13 décembre 2018

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Monsieur le Préfet,
Messieurs les députés,
Monsieur le vice-président du Conseil départemental,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs les chefs d’établissement scolaires
Mesdames et Messieurs, acteurs du monde économique
Mesdames et Messieurs les journalistes,
Mesdames et Messieurs les Pasteurs,
Père Georges Bellières,
Monsieur le Recteur et Monsieur L’Imam de la Mosquée de Créteil
Monsieur Putrus, Imam à l’hôpital Henri-Mondor,
Mesdames et Messieurs les responsables des centres bouddhiques
Monseigneur Marie-Daniel Dadiet,
Monsieur le Vicaire Général,
Messieurs les Vicaires épiscopaux,
Monsieur, Mesdames les membres du Conseil épiscopal,

Et vous tous,

  • Prêtres, religieux et religieuses,
  • Diacres et épouses de diacre,
  • Laïcs en mission ecclésiale,
  • Responsables de Mouvements et de Services diocésains

A quelques jours des fêtes de Noël dont l’empreinte reste profonde dans notre société, au-delà des seuls milieux chrétiens, je suis heureux de prolonger la tradition de cette rencontre annuelle des voeux à la Cathédrale et de vous accueillir ici ce soir : - vous les représentants du monde politique social et associatif de notre département, - vous les représentants des diverses familles religieuses et des médias, - et vous enfin mes proches collaborateurs responsables des services diocésains, des paroisses et des principaux mouvements catholiques.

Et je me réjouis de vous voir si nombreux !

Avant de formuler mes voeux pour 2019, je voudrais revenir sur quelques faits saillants de l’année qui s’achève et particulièrement sur trois événements qui touchent de près l’Église catholique et qui ont profondément marqué l’opinion.

1. Les scandales liés aux actes de pédophilie qui ont été commis dans le cadre d’institutions catholiques nous ont blessés. Et je ne puis que reprendre ici les propos même du pape François dans sa récente Lettre au peuple de Dieu par laquelle il appelle l’ensemble des catholiques au ressaisissement et à la conversion :

« Avec honte et repentir, en tant que communauté ecclésiale, nous reconnaissons que nous n’avons pas su être là où nous le devions, que nous n’avons pas agi en temps voulu en reconnaissant l’ampleur et la gravité du dommage qui était infligé à tant de vies. Nous avons négligé et abandonné les petits. » Et plus bas il poursuit « L’ampleur et la gravité des faits exigent
que nous réagissions de manière globale et communautaire. »

Dans ce sens, le diocèse de Créteil, comme la plupart des diocèses de France a créé une cellule d’écoute auprès de laquelle toutes les personnes qui le souhaitent peuvent signaler en toute confidentialité des abus sexuels commis dans le cadre d’une institution catholique. 

Mais au-delà de ces démarches institutionnelles bien nécessaires s’impose à toute l’Église et en particulier à ses responsables un devoir de vérité. C’est pourquoi lors de la réunion de leur conférence épiscopale à Lourdes, début novembre 2018, les évêques de France ont longuement reçu et écouté des victimes sexuellement abusées par des clercs durant leur enfance et ils ont décidé la mise en place d’une Commission indépendante chargée de faire la lumière sur les abus sexuels sur mineurs commis dans des institutions catholiques depuis 1950, de comprendre les raisons qui ont favorisé la manière parfois défectueuse dont ont été traitées ces affaires et faire des préconisations.Comme beaucoup d’entre vous sans doute je souhaite que ce travail de vérité soit engagé dans toutes les institutions éducatives où des enfants et des adolescents peuvent être en danger de maltraitance.

 

2. L’année qui s’achève a été marquée par la préparation de la révision des lois de bioéthique qui devrait faire l’objet d’un débat parlementaire en 2019. Ainsi au printemps dernier les États généraux de la bioéthique ont largement mobilisé l’opinion tandis que des organismes officiels comme le Comité consultatif national d’éthique ou le Conseil d’Etat ont rendu des rapports documentés. À leur lecture, on peut avoir l’impression que les risques découlant de la légalisation de certaines des pratiques aujourd’hui en débat, en particulier de l’aide médicale à la procréation, l’emportent largement sur les avantages qui en sont attendus. Et pourtant les rapporteurs concluent généralement sur un avis favorable au motif qu’il existerait, sur ces sujets, une demande sociétale faisant consensus dans l’opinion en sorte que le législateur se devrait de les prendre en considération.

Mais le rôle du parlement peut-il se limiter à entériner les évolutions de l’opinion publique ? Ne lui appartient-il pas tout autant de veiller à la promotion du Bien commun qui suppose le respect de la dignité des personnes et des principes de notre droit. C’est cette question que les évêques de France ont voulu faire retentir dans l’espace public en publiant, au mois de septembre, un document intitulé « La dignité de la procréation ». 

Dans le même sens, j’ai proposé d’engager une réflexion de fond sur les enjeux des lois de bioéthique, avec un groupe d’élus chrétiens du Val de Marne. 

Enfin au mois de mai dernier nous avons organisé dans cette Cathédrale une soirée sur le thème de la fin de vie. Et ce soir même je vous lance chers élus : maires,
parlementaires, députés européens, une invitation à échanger sur ces questions ici même à l’évêché le 12 février prochain.

Par ces initiatives, l’Église ne cherche pas à imposer à la société les normes morales qui lui seraient directement inspirée par sa foi au Christ. Mais elle entend participer au débat public raisonnable qui est nécessaire pour éclairer ces questions qui mettent en jeu sur le très long terme notre manière d’être humain et de nous inscrire dans la chaîne des générations. Comme beaucoup d’entre vous certainement je souhaite que dans notre pays les grandes questions sociétales auxquelles l’humanité est aujourd’hui confrontée soient abordées pas les responsables des partis politiques, des groupements associatifs ou syndicaux, et des communautés religieuses dans une perspective de long terme qui porte plus loin que les seules aspirations immédiates de nos contemporains.

3. Dans les circonstances présentes saurons-nous tenir ensemble la question de la fin du mois et celle de la fin du monde comme le disent plaisamment certains journalistes. Nous le savons tous, la transition écologique est devenue l’urgence absolue. Nous sommes puissamment encouragés à nous en saisir par l’encyclique Laudato si’, où le pape François invite les hommes de bonne volonté à « s’asseoir pour penser et pour discuter avec honnêteté des conditions de vie et de survie de notre société et pour remettre en question les modèles de développement, de production et de consommation. » (François, Laudato si’, 138, 2015). En effet, le propos du Pape est celui d’une écologie intégrale : à la fois économique et sociale, car « tout est lié » comme il aime le répéter. C’est pourquoi, selon lui, « une vraie approche écologique se transforme toujours en une approche sociale, qui doit intégrer la justice dans les discussions sur l’environnement, pour
écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres. » (LS 49) Il n’y aura pas de transition écologique sans justice sociale !

Ces paroles sont fortes. Mon voeu le plus profond est qu’elles sachent atteindre le coeur des catholiques du Val de Marne afin de les engager à devenir, avec d’autres femmes et hommes de bonne volonté, les acteurs de la transformation radicale de nos conditions de vie qui s’imposent de manière tellement urgente. 

Il y va de la paix entre les hommes, les pays et les continents, comme j’ai voulu le rappeler le 11 novembre dernier, en la cathédrale de Créteil, lors de la célébration du 100e anniversaire de l’armistice.

 

Mesdames, messieurs, chers amis...

Pour se préparer à faire face à l’ensemble de ces défis, l’Eglise catholique en Val-de-Marne, a vécu d’octobre 2014 à octobre 2016 un synode diocésain qui permit à l’ensemble des baptisés : prêtres, diacres, religieux, religieuses et laïcs d’envisager ensemble comme vivre et témoigner de leur foi dans les circonstances présentes. Comme une suite de ce synode un « audit » vient d’être réalisé qui va engager dans les mois qui viennent une assez profonde transformation de l’organisation territoriale des paroisses et secteurs et des fonctionnements des services diocésains. Cela a nécessité un très lourd travail. Et je voudrais exprimer ici ma gratitude à celles et ceux qui en ont accepté la charge. Mais je voudrais en cette fin d’année rappeler les principes qui ont guidé leurs travaux.

  • Tout d’abord le principe de proximité : rien de plus nuisible pour l’Église que de se comporter comme une instance administrative coupée du terrain qui passe des consignes impersonnelles au lieu d’être la communauté du partage où chacun pourra être accueilli et écouté.
  • Ensuite le principe de synodalité : selon lequel, normalement, dans l’Église personne ne décide seul sans prendre le temps d’écouter les avis des personnes concernées par ses décisions.
  • Enfin le principe de subsidiarité qui appelle l’échelon hiérarchique supérieur à ne pas s’approprier les responsabilités et les missions qui reviennent à l’échelon
    inférieur, ce qui revient à faire confiance dans les corps intermédiaires. Même si elle ne va pas de soi, la réappropriation de ces principes est salutaire pour le gouvernement de l’Église ! Dans les circonstances présentes on peut imaginer qu’elle le serait aussi pour le gouvernement de notre pays...

 

1 - C’est l’expérience de cette proximité qu’il nous a été donné de vivre au cours d’une session exceptionnelle de rentrée qui a rassemblé à Rome pratiquement tous les prêtres en service dans le diocèse ainsi que mon conseil épiscopal. Une expérience riche de vie fraternelle et de partage, particulièrement marquée par notre rencontre chaleureuse avec le pape François au cours d’une audience privée à l’issue de laquelle il a salué, personnellement, chacun des participants. Je garde à l’esprit ses paroles d’encouragement « demandez avec insistance à l’Esprit Saint de vous guider et de vous éclairer pour qu’il vous aide, dans l’exercice de votre ministère, à rendre l’Église de Jésus-Christ aimable et aimante, selon la belle expression de la vénérable Madeleine Delbrêl. Avec cette force venue d’en haut, vous serez poussés à sortir pour vous faire toujours plus proches de tous, en particulier de ceux qui sont blessés, marginalisés, exclus. »

2 – C’est une proximité d’un autre ordre que nous avons vécue samedi dernier, 8 décembre, jour de la béatification, à Oran, des dix-neuf martyrs d’Algérie, parmi lesquels Mgr Pierre Claverie et les moines de Thibrine. Nous nous sentions concernés bien sûr parce qu’un prêtre de notre diocèse, le père Marc Lulle séjourne actuellement à Oran et qu’il a été associé par l’évêque du lieu, Mgr Jean-Paul Vesco, à l’organisation des célébrations de béatification. Mais plus profondément cette célébration nous touche parce que ces 19 martyrs son morts en raison de leur amitié profonde et dépourvue de tout prosélytisme pour le peuple algérien qu’ils n’ont pas voulu abandonner durant les années noires où sévissaient les djihadistesIls sont pour nous des exemples du type de relation que nous devons développer avec les croyants d’autres religions tellement nombreux dans notre département.

Là encore je formule le voeu que tous nous sachions bâtir des ponts plutôt que des murs et que mettions en valeur dans les traditions spirituelles ou religieuses auxquelles nous appartenons les puissances d’ouverture et d’accueil et non de fermeture et de rejet.

3 – Pour conclure, je voudrais redire ici combien je reste attaché à ce qui a été désigné par notre Synode diocésains comme la grande cause de notre diocèse :
l’initiation chrétienne des jeunes générations. Nous le savons tous, une communauté ou une société qui néglige sa jeunesse est une communauté ou une société moribonde. C’est pourquoi, dans le prolongement du Synode qui vient de se tenir à Rome sur « les jeunes, la foi, et le discernement vocationnel », j’ai décidé que d’ici juin 2019 je visiterais les principaux groupes de jeunes du diocèse avant de les rassembler le 13 octobre 2019 pour une grande fête de la jeunesse. Il est important de les comprendre et pour cela de les écouter si l’on veut les encourager
à faire des projets et à les porter.

Notre pays a commémoré, cette année, le cinquantième anniversaire de Mai 68, une époque où toute une génération a pu rêver de “refaire le monde“. Un demi siècle plus tard, la jeune génération n’a plus ce genre de rêve. Elle vit plutôt dans l’angoisse que ce monde pourrait se défaire. Et la question est alors de savoir comment empêcher que cela se produise.

Ma conviction sur ce point, nourrie de la lecture de la Bible et de Laudato Si’, est que pour empêcher le monde de se défaire il faut apprendre à l’aimer. À l’aimer comme Dieu l’aime, Lui qui selon le récit poétique de la Genèse « vit que tout cela était bon. »

À quoi on peut ajouter avec le Pape François :
« ...] il ne faut pas négliger la relation qui existe entre une formation esthétique appropriée et la préservation de l’environnement. Prêter attention à la beauté, et l’aimer, nous aide à sortir du pragmatisme utilitariste. Quand quelqu’un n’apprend pas à s’arrêter pour observer et pour évaluer ce qui est beau, il n’est pas étonnant que tout devienne pour lui objet d’usage et d’abus sans scrupule. »

C’est dans cet esprit que je vous souhaite à tous un Joyeux Noël et une bonne année 2019 pour notre pays, pour notre département, pour les villes, les cités, les quartiers, les familles.

Un Joyeux Noël à vous tous mes frères chrétiens, mes frères ukrainiens, protestants, orthodoxes, coptes.

Et vous, chers amis juifs, musulmans, bouddhistes, je vous remercie de tout coeur de vous associer à la joie de notre fête de Noël.

Joyeux Noël et bonne année à tous mes coopérateurs prêtres, diacres, laïcs, consacrés. Le monde est en feu, disait déjà Sainte Thérèse d’Avila, au 16ème siècle, ce n’est pas le moment de se laisser prendre par des futilités, mais de se recentrer sur l’essentiel, l’ouverture de l’homme à sa dimension spirituelle pour qu’advienne un monde plus humain, plus juste et que tous puissent vivre en frères dans la Paix.

+ Michel Santier
Evêque de Créteil

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