CITES POPULAIRES : TEMOIGNAGE D'UNE SOEUR AUXILLIATRICE DE LA CHARITE DE VITRY

Que sont-elles ? Le mot « cité » s'oppose à celui de « ville ». Ce sont des zones urbaines constituées de grands ensembles d'immeubles où vivent des populations de tous horizons, bien souvent en situation de précarité.

Je ne vous parlerai pas des cités, comme en parlent les journaux... Ils parlent de « cités-ghetto », de plus en plus perçues comme des zones à l'abandon ; de fiefs de la délinquance, de la drogue... ils oublient seulement de dire les richesses de cœur des personnes qui habitent ces cités.

Je voudrais vous en parler comme d'un lieu où j'habite depuis 35 ans et où je suis heureuse de vivre, comme toutes mes sœurs des différentes communautés où je suis passée.
Mais avant de vous parler de ce que j'y ai découvert et que nous vivons, je vous présenterai les cités populaires en Val-de-Marne. Le nombre de logements sociaux va de 76 % à Bonneuil, à 1,45 % à Ormesson.                                                                                                                            

En 2013, 4059 logements sociaux ont été construits dans le Val-de-Marne... Il reste encore beaucoup à faire pour que chacun ait un logement décent. Le pourcentage dépend des Maires qui acceptent de loger des personnes à faibles revenus, alors que d'autres préfèrent ne pas s'en encombrer pour ne pas défigurer leur ville !

Notre Congrégation  Les Auxiliatrices de la Charité – est implantée à Vitry depuis 1967 et dans la cité actuelle depuis 1983. Notre tour de 16 étages, - 126 logements – environ 650 personnes -, comme beaucoup d'autres cités, est une fenêtre ouverte sur le monde... 26 nationalités se côtoient. Chaque personne rencontrée me renvoie au pays qu'elle représente et inversement chaque info radio ou télé, ce sont de vrais visages qui surgissent... C'est une famille humaine qui m'est offerte et qui m'invite à regarder chacun comme un frère.

Lorsque je suis arrivée à Vitry en 2002, je quittais une petite ville du Nord de la France où nous vivions en cités populaires, pavillonnaires et je me demandais comment créer des liens, comment entrer en dialogue dans une cité si vaste où se côtoient donc 26 nationalités et 5 religions. Eux avaient compris rapidement que j'étais la nouvelle arrivée au « 466 » et c'était eux qui me parlaient.

Pour ma part, il m'a fallu un certain temps pour que ce dialogue s'instaure, et s'installe et cela demande écoute de chacun, disponibilité et ouverture à tous.

Ce qui m'a marquée c'est cet approfondissement de la rencontre de l'autre dans un vis-à-vis. La rencontre pour être vraie doit être toujours un événement et non un hasard, pour cela il faut se donner le temps de la rencontre et non pas jouer aux gens pressés, surbookés, surtout avec certaines personnes que l'on « juge » un peu trop vite –en cela, mes sœurs m'y ont aidée.

Quand un jour on se décide à s'arrêter avec ces personnes « jugées hâtivement », on est dans l'émerveillement de ce qu'on a entendu, mais on est aussi dans la remise en question pour tout ce temps perdu à fuir alors que l'autre me dépasse en humanité et m'ouvre à Dieu et cela je l'ai vécu avec une voisine et depuis chaque matin je redis dans ma prière : « toute personne existe et vaut la peine d'être rencontrée.

Les jeunes des cités, comment entrer en dialogue avec eux ? Ceux de ma cité je les connais, ce n'est pas pour autant qu'un vrai dialogue existe ! Mais les bandes qui viennent squatter quel dialogue possible en profondeur... la tendance des médias est d'entretenir la peur et on finit par y céder. La rencontre c'est quelque chose qui s'incarne et qui englobe tout ce que nous sommes.

Cette découverte de la vraie rencontre vécu au jour le jour a fait bouger des choses en moi :

Ne pas vouloir aller trop vite... on n'a jamais fini de comprendre l'autre surtout quand il n'a ni la même culture, ni la même religion.
Se laisser imprégner par la vie de ceux qui nous entourent, être attentives en permanence à cette vie, comme un veilleur.
Accepter de « perdre du temps » pour être plus proche

Aujourd'hui, et avec 32 ans de présence dans cette cité, nous continuons de découvrir des richesses immenses qui nous ouvrent à la prière : partages de toutes sortes au moment de nos fêtes respectives ; au moment des deuils nous mesurons la générosité des pauvres ; accueil chez les uns ou les autres.

Au moment d'un Chapitre de notre Congrégation nous avons proposé à quelques voisins de nous dire comment ils lisaient notre présence dans cette cité... et ce qui nous semblait normal, était pour eux quelque chose de fondamental, de vital.

Nous avons osé au moment de la mise en route des Equipes Synodales, demander à cinq voisines musulmanes si elles acceptaient de faire une équipe avec nous. Elles étaient étonnées et fières, que notre Evêque, le Père Michel SANTIER ait proposé une telle chose ! A la deuxième rencontre elles disent : « plus qu'une rencontre et après qu'est-ce qu'on fait ? et aujourd'hui nous allons transformer ces équipes synodales en échanges interreligieux.

Il me reste une question : Comment retransmettre à l'Eglise de Créteil et au Secteur Pastoral de Vitry tant de richesses ?

En terminant, je dis Bienvenue à vous toutes et tous qui avez accepté d'être missionnaires en Val de Marne. Que le Seigneur vous aide à comprendre les nouveaux frères qu'Il vous donne et à les aimer comme Il les aime.